Si vous êtes en santé et qu’il vous arrive quelquefois de croiser dans la rue quelqu’un d’un peu plus près, ne paniquez pas! Un temps de contact très court, et le fait que les malades ne sont pas censés sortir de chez eux, font que le risque que vous courez est minime. Évitez autant que possible les lieux les plus achalandés, et bonne promenade!
Si vous êtes en santé et qu’il vous arrive quelquefois de croiser dans la rue quelqu’un d’un peu plus près, ne paniquez pas! Un temps de contact très court, et le fait que les malades ne sont pas censés sortir de chez eux, font que le risque que vous courez est minime. Évitez autant que possible les lieux les plus achalandés, et bonne promenade!

Attraper la COVID-19 dans l’air?

Plusieurs lecteurs s’inquiètent d’attraper le virus dans l’air, parce qu’il leur arrive de croiser des gens à moins de deux mètres de distance, ou que l’échangeur d’air des voisins diffuse vers chez eux. Alors qu’est-ce qui est sécuritaire?

Respirez un bon coup, on vous explique tout ça! Pour toutes les infections respiratoires comme la COVID-19, l’influenza ou la tuberculose, c’est dans les parties infectées du corps des malades —la gorge ou les poumons, par exemple — que l’on retrouve les plus grandes concentrations du micro-organisme qui cause la maladie, car c’est là qu’il se reproduit. Comme le corps se défend, il cherche à l’en expulser par diverses sécrétions : toux, éternuement, crachat, vomi… tout cela contient l’agent infectieux en quantité, et est donc susceptible de transmettre la maladie à une autre personne.

Toux et éternuements propagent un cocktail de particules dans l’air, qu’on classe en deux grandes catégories en fonction de leur taille. Les «grosses» gouttelettes de mucus, dont le diamètre dépasse la dizaine de micromètres, sont assez lourdes pour tomber au sol ou sur les objets environnants peu après avoir été expulsées. Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui a compilé les études sur les modes de transmission des maladies respiratoires, les gouttelettes ne sont pas diffusées à plus d’un mètre de la personne qui tousse ou éternue.

Les plus petites particules, elles, restent en suspension dans l’air où elles forment des aérosols – littéralement, un mélange dans l’air. «Sitôt vaporisées dans l’air, qui est bien plus sec que l’intérieur de notre corps, ces particules se dessèchent et forment ce que l’on appelle des noyaux de gouttelettes», explique Caroline Duchaine, directrice du laboratoire de recherche sur les bioaérosols à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Les microorganismes survivent mal sans eau et seule une toute petite proportion des virus restent actifs dans ces bioaérosols, qui peuvent voyager sur de grandes distances, puisqu’ils restent dans l’air.

«On pourrait croire intuitivement que des maladies respiratoires hautement infectieuses voyagent facilement par la voie des airs, mais ce n’est vraiment pas le cas», insiste Caroline Duchaine. Parmi ces maladies, certaines se propagent presque exclusivement par les gouttelettes, d’autres, comme la légionellose ou la tuberculose, forment des aérosols suffisamment stables pour pouvoir transmettre l’agent infectieux.

Plusieurs études ont déjà établi que la COVID-19, comme l’influenza, est d’abord et avant tout transmise par les gouttelettes, même si des cas de transmission par des aérosols ne sont pas exclus. Les preuves sont déjà assez solides et résultent de deux types d’études.

D’une part, certains chercheurs ont regardé de grands groupes de malades et analysé par des études épidémiologiques comment le virus se propage dans la population. Une compilation réalisée début mars par l’OMS en Chine sur 75 465 patients n’a pas trouvé de preuve que l’épidémie ait pu se propager par des aérosols.

D’autre part, plusieurs équipes de chercheurs ont analysé l’air dans les chambres de malades pour voir si on pouvait y retrouver des aérosols contenant le virus. À Singapour, par exemple, des chercheurs ont recherché des traces de l’ARN du virus dans l’air et sur les surfaces des chambres où étaient isolées trois personnes infectées ainsi que sur le matériel médical utilisé pour les soigner et sur le sol de la chambre et de l’antichambre. Ils n’ont retrouvé aucune trace du virus dans l’air, alors qu’il était bien présent sur les surfaces fréquemment touchées par les malades, y compris sur la cuvette des toilettes. La désinfection avec des produits courants a toutefois suffi à éliminer le virus des surfaces. D’autres chercheurs de Hong Kong sont arrivés aux mêmes conclusions.

S’il n’y a pas de traces du virus dans l’air de la chambre d’un malade en confinement, il y a vraiment très très peu de chances qu’il y en ait ailleurs. «On ne peut pas exclure complètement qu’il puisse y avoir une transmission du virus par des aérosols, par exemple dans un avion ou via un échangeur d’air dans un immeuble, mais je crois que vous avez largement plus de chances de gagner à la 6/49 que d’attraper le virus de cette manière!» indique Caroline Duchaine. Si vous avez peur que l’air de chez vous soit contaminé, vous pouvez aussi aérer régulièrement, ce qui vous permettra en outre de garder une bonne qualité de l’air intérieur.

Pour plus de sécurité, et parce que ce n’est pas une grande contrainte supplémentaire, le Québec a décidé d’imposer une distance de 2 mètres entre les individus, qui nous donne de meilleures chances de couper rapidement court à toute contagion par les gouttelettes, et à nous éloigner des sources potentielles d’aérosols. Il faut respecter cette consigne, que Caroline Duchaine trouve justifiée. Si vous êtes malade ou à risque parce que vous rentrez de voyage, restez chez vous, c’est la loi. Mais si vous êtes en santé et qu’il vous arrive quelquefois de croiser dans la rue quelqu’un d’un peu plus près, ne paniquez pas! Un temps de contact très court, et le fait que les malades ne sont pas censés sortir de chez eux, font que le risque que vous courez est minime. Évitez autant que possible les lieux les plus achalandés, et bonne promenade!