Michèle Desmarais prépare le poisson pour le souper avec Gregoria, la mère de sa famille d’accueil.

Voir le monde autrement grâce à la coopération internationale

En prenant sa retraite en décembre dernier, la Bromontoise Michèle Desmarais ne se doutait pas de l’aventure qui l’attendait. C’est en voyant une photo dans La Voix de l’Est sur le stage d’initiation à la coopération internationale au Guatemala organisé par Solidarité Montérégie Amérique Centrale (SMAC) que l’idée d’y participer lui est venue en tête. En février, elle a pris part à ce stage d’immersion d’une durée de trois semaines. Une expérience, dit-elle, qui a changé sa vision du monde.

« J’ai mis la photo que j’ai vue dans le journal de côté pendant quatre mois. Quand j’ai appelé pour me renseigner sur le stage, je ne pensais pas qu’il y aurait de la place, car ça faisait quatre mois que c’était annoncé, mais la dame m’a dit qu’une place se libérait », explique-t-elle pour illustrer l’heureuse coïncidence.

Deux jours plus tard, elle plongeait déjà dans l’aventure avec cinq autres personnes. « On a eu quatre jours de préparation pour s’initier à l’histoire du pays, la culture et les enjeux de société, explique Mme Desmarais. On a aussi fait des jeux de rôles pour savoir comment on réagit à certaines situations. »

Visites enrichissantes

Cinq jours ont été consacrés à l’apprentissage de l’espagnol dans une famille à San Pedro, entrecoupés de quelques visites touristiques.

Les stagiaires ont également rencontré le Comité Campesino del Altiplano, une organisation de défense des droits humains qui encourage le développement des communautés paysannes afin d’améliorer leur niveau de vie.

Le comité les a présentés à des femmes propriétaires d’une entreprise de tomates biologiques cultivées en serre. « Nous avons été témoins de la fierté contagieuse de ces femmes qui peuvent se réaliser en dehors du rôle traditionnel et acquérir plus d’autonomie », souligne l’ancienne secrétaire à la commission scolaire Eastern Townships.

Puis, ils se sont rendus vers une entreprise de pisciculture et de jardins de plantes médicinales.

SMAC encourage financièrement les paysans et assure un suivi de leurs projets tout en laissant l’initiative aux Guatémaltèques. « Ils sont très reconnaissants de cette aide », a remarqué Mme Desmarais.

Le groupe s’est ensuite dirigé vers trois écoles, où il a été très bien reçu. « La première école primaire qu’on a visitée, les enfants se sont rassemblés dans un gymnase extérieur et ils nous ont chanté l’hymne guatémaltèque », se rappelle Mme Desmarais. La reconnaissance de ces élèves est sans borne puisque SMAC a contribué à l’installation d’un puits et d’un système de filtration d’eau.

Enfin, à La Esmeralda, une communauté agraire, Mme Desmarais a partagé la vie quotidienne de l’une des familles qui a réussi à acquérir une parcelle de terre alors que l’accès à la terre est l’un des principaux défis pour les paysans.

Elle a aidé Cornelio, un agriculteur qui cultive le marañon, un fruit au goût de cajou. Elle a lavé des vêtements dans la rivière ou encore cuisiné des tortillas avec sa famille d’accueil, qui cultive le maïs sur sa parcelle de terre.

Les Guatémaltèques cuisinent beaucoup à l’extérieur sur un four à bois. SMAC contribue d’ailleurs actuellement à la construction d’une cuisine extérieure pour l’école primaire à La Esmeralda.

Des femmes propriétaires d’une entreprise de tomates biologiques cultivées en serre

Contexte difficile

Outre la langue, ce qui a marqué Mme Desmarais, c’est le maigre salaire que touchent les Guatémaltèques malgré les nombreuses heures de travail qu’ils font — parfois jusqu’à 12 heures par jour.

« Ils n’ont pas le choix [de travailler autant], mais il y a beaucoup d’entraide et de solidarité », souligne la dame qui a contacté La Voix de l’Est.

Cette dernière a vécu dans une famille analphabète et a ainsi constaté que l’accès à l’éducation est difficile et réservé aux nantis.

« Les compagnies ne paient pas de taxes, donc le gouvernement n’a pas d’argent pour aider le peuple. Il y a peu de budget pour la santé et l’éducation », poursuit-elle.

Les gens sont cependant fiers et travaillants. « Tout ce qu’ils veulent, c’est qu’on parle de leur réalité et de sentir qu’on est solidaires avec eux. »

Mme Desmarais soulève que plusieurs organisations internationales interviennent au Guatemala pour pallier la négligence du gouvernement qui est corrompu et lié aux grands propriétaires, dit-elle.

« Les paysans constituent une grande majorité. Ils doivent travailler pour des grands propriétaires terriens qui appartiennent à six grandes familles. Les autres paysans sont exploités et la règle du salaire minimum n’est pas respectée », explique Mme Desmarais.

Par conséquent, elle a rencontré plusieurs familles dont l’un des leurs est parti s’exiler illégalement aux États-Unis.

De retour de voyage, Mme Desmarais est avide d’en savoir encore plus sur ce pays.

SMAC S’IMPLIQUE DEPUIS 20 ANS

Solidarité Montérégie Amérique Centrale (SMAC) s’implique au Guatemala depuis 1988. La santé, l’éducation et l’accès à l’eau potable font partie des objectifs de l’organisme. Dans ce pays d’Amérique centrale, l’accès à l’eau potable est un véritable enjeu, surtout en région rurale. En collaboration avec son partenaire guatémaltèque, l’Asociacion de Desarollo Integral (A.D.I.), SMAC a jusqu’à présent creusé onze puits de surface et cinq puits artésiens. Parallèlement à ce projet, des installations sanitaires et des champs d’épuration ont été aménagés. « S’ils n’ont pas de toilettes adéquates, ça pollue l’eau », précise Denis Roy, président de SMAC.

SMAC vise aussi à sensibiliser les Québécois sur la réalité du Guatemala. Pour ce faire, les bénévoles de l’organisme ont mis sur pied il y a dix ans le stage d’initiation à la coopération internationale.

Toute personne âgée de 18 ans et plus peut soumettre sa candidature pour le stage, qui est organisé une fois par année. Selon Michèle Desmarais, le coût du voyage s’élève à 3000 $ pour trois semaines. Le montant est admissible à une déduction d’impôt d’environ 1200 $. D’ailleurs, l’organisme aimerait passer à deux stages par année dans un futur rapproché. Pour plus de détails, on peut consulter le site internet www.smacsolidarite.org ou la page Facebook SMAC — Solidarité Montérégie Amérique Centrale. 

À partir du 7 février, Michèle Desmarais a pris part à un stage d’immersion d’une durée de trois semaines au Guatemala. Une expérience qui a changé sa vision sur le monde.