Christine Progneaux, instigatrice du projet d’atelier de mini-maisons à Saint-Joachim-de-Shefford

Voir grand pour les mini-maisons

D’ici peu, des mini-maisons sur mesure seront produites à Saint-Joachim-de-Shefford. La construction de l’atelier à partir duquel elles seront bâties est bien avancée, rue de l’Asaret. Christine Progneaux est l’instigatrice de ce projet unique au village.

La Joachimienne croit dur comme fer dans ce nouveau type d’habitat. Elle a fait incorporer son entreprise Minid-Maisons sur mesure — « nid comme dans nid d’oiseaux », tient-elle à souligner — cette année et s’est associée avec les entrepreneurs locaux de Construction C44, Samuel St-Pierre et Jacob Pruneau.

Ces derniers seront responsables de construire les futures mini-maisons. Le partenariat avec Christine Progneaux prévoit également que C44 loue la moitié de l’atelier, ce dernier s’étirant sur 3600 pieds carrés.

Les mini-maisons auront une surface d’environ 300 pieds carrés, et Mme Progneaux prévoit que les coûts de celles-ci varieront entre 50 000 $ et 100 000 $, dépendamment du niveau d’équipements présents.

Mme Progneaux est actuellement la seule investisseuse dans l’entreprise. « Tout est à mes frais », dit-elle, alors qu’elle s’est portée acquéreuse du terrain et de l’édifice.

Vers un CHSLD nouveau genre

Derrière ce projet concret, il y a une idée qui tient à cœur à celle qui a été trois ans bénévole à la Maison au diapason: proposer des logements adaptés aux adultes handicapés, afin de leur éviter un séjour en CHSLD.

« Mon rêve, c’est un CHSLD de campagne, fait de plusieurs petites unités d’habitation, avec un bâtiment central pour les services, et les infirmières iraient aider les gens handicapés directement dans leur mini-maison, et cela s’intégrerait dans un écovillage. Ça n’existe pas ailleurs », explique-t-elle, espérant que d’autres personnes, ailleurs au Québec, s’inspireront de cette idée.

Les mini-maisons seraient un maillon de la chaîne menant à ce rêve qu’elle caresse depuis 15 ans. C’est le décès d’une amie atteinte de la sclérose en plaques, à l’âge de 48 ans, qui l’a fait réfléchir.

« À la suite de son décès, j’ai eu un flash : il fallait offrir à ces personnes handicapées un type de résidence adaptée. Ma copine s’est retrouvée en résidence pour personnes âgées à cause de son handicap, elle a travaillé fort pour trouver un appart à elle, puis elle s’est finalement retrouvée à la rue, et elle en est morte », raconte-t-elle.

Celle qui a été agente immobilière à Montréal pendant dix ans regrette que le Québec ne propose pas ce type d’habitations adaptées aux jeunes adultes handicapés, ce que fait pourtant l’Ontario, selon elle. « Un jeune accidenté aujourd’hui a deux choix, dit-elle. Rester en résidence pour personnes âgées ou en CHSLD. »

Ces mini-maisons adaptées aux personnes à mobilité réduite pourraient également permettre de vivre une convalescence à domicile, après un accident, par exemple. Mme Progneaux explique qu’un grave accident impliquant un couple de personnes âgées, ami de ses parents, a également contribué à sa réflexion.

« On amènerait chez les gens la mini-maison, équipée pour répondre à leur handicap », imagine-t-elle.

Confiance et petite production

Si la construction de l’atelier va bon train, pas question pour Mme Progneaux de courir malgré tout.

« À 56 ans, je suis un peu à la retraite et je n’ai pas envie de rusher », dit celle qui sera prochainement grand-maman de son deuxième petit-enfant. La première mini-maison devrait sortir de l’atelier cet automne, ou au printemps prochain.

« La première mini-maison sera produite à mon compte pour pouvoir la présenter dans le cadre d’événements portes ouvertes », indique-t-elle, prévoyant ensuite la louer pour permettre aux gens de se familiariser avec ce nouveau type d’habitat. Ses dimensions devraient être de 8,5 pieds de large par 24 pieds de long.

Partenaires inspirants

L’essentiel n’est pas de produire à tout prix, mais plutôt de s’entourer de gens inspirants qui croient en son projet.

« L’ambiance de notre équipe est extraordinaire, dit-elle. Ce n’est pas la recherche de l’argent qui nous motive, on prend le temps de faire les choses, on n’est pas là pour faire de la grosse production. »

Jacob Pruneau, gestionnaire de projets de C44, a accepté d’embarquer, car « ça concordait avec mes valeurs ». Celui qui fait actuellement le tour de la Gaspésie avec sa blonde et ses deux enfants, à bord d’un autobus scolaire qu’il a entièrement réaménagé, rencontre de nombreuses personnes « essoufflées par notre mode de vie consumériste. Beaucoup de gens sont tannés et prêts à vivre autrement ».

Il arpente aussi les villages à la recherche de défricheurs prêts « à aller en sens inverse, et à se désynchroniser d’une façon de vivre où l’argent et la consommation » priment sur le reste. « Mon but est de rassembler une gang qui va travailler ensemble pour rendre service à la communauté et souhaitant aller vers plus d’autonomie », dit-il.

À Saint-Joachim, Mme Progneaux est d’ailleurs très heureuse de la réponse des professionnels de la construction. « Je craignais de subir la pénurie de la main-d’œuvre, mais j’ai plusieurs personnes du domaine de la construction qui veulent travailler avec nous », dit-elle.

C’est notamment le cas du technicien en architecture qui a dessiné les plans de l’atelier et qui travaillera sur ceux des futures mini-maisons, Benoit Desrosiers, arrivé depuis peu au village.

« On travaille dans la confiance, ajoute l’instigatrice du projet, faisant notamment allusion au fait que plusieurs travaux réalisés il y a plusieurs mois ne lui ont pas encore été facturés. C’est merveilleux de travailler comme ça dans un village. »

Le principe de « donner au suivant » s’inscrit dans la philosophie de ce projet, qui prévoit notamment d’y intégrer de l’insertion sociale. Dans cet esprit, elle met gratuitement à la disposition des Joachimiens douze copies du livre La grande révolution des mini-maisons, au dépanneur du village. L’intérêt est là, les douze exemplaires étant régulièrement empruntés.

Selon Mme Progneaux, nombreux sont ceux qui sont prêts à faire le pas vers d’autres façons de se loger : « Beaucoup de gens aimeraient changer de train de vie. »

FARNHAM ADAPTE SA RÉGLEMENTATION

Si des ensembles résidentiels de mini-maisons commencent à se construire aux quatre coins de la province, aucune municipalité de la MRC de La Haute-Yamaska n’a encore modifié sa réglementation municipale pour permettre la construire de ces habitats plus petits, selon Carlo Cazzaro, directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire à cette MRC.

Dans Brome-Missisquoi, cependant, la Ville de Farnham est allée de l’avant puisqu’un projet de
54 terrains accueillant des «micro-habitations» est actuellement en cours sur la rue Welch, piloté par l’entrepreneur Maisons confort design.

Le premier volet de ce projet immobilier, qui en comporte deux, sera terminé cet été. Une quinzaine de propriétaires occupent déjà ces micro-maisons, selon la Ville de Farnham.