La médication permet à Mélissa Mailloux de vaquer à ses occupations sans anicroche, mis à part quelques petits bémols.

Vivre avec la sclérose en plaques

Dans la fleur de l'âge, Mélissa Mailloux incarne le dynamisme. Pas un instant, on ne pourrait soupçonner que sa santé est fragilisée. Et pourtant, la sclérose en plaques affecte au quotidien la vétérinaire de Granby. En ce mois de sensibilisation à cette maladie dégénérative, à la fois sournoise, complexe et méconnue, la femme de 29 ans a décidé de lever le voile sur son histoire pour briser les tabous.
Peur et incompréhension. C'est l'amalgame de sentiments qui a assailli Mélissa Mailloux lorsqu'elle a encaissé le brutal diagnostic de la sclérose en plaques, il y a un peu plus d'un an. 
« Quand tu es dans la vingtaine, que tu es active et que tu as plein de projets en tête, ta vie bascule quand tu apprends que tu es atteinte d'une maladie dégénérative. Ça frappe, confie-t-elle. Mais après le choc, il faut se relever, regarder en avant et avancer. Il n'est pas question que je baisse les bras. »
La sclérose en plaques affecte le système nerveux. La maladie se développe et se manifeste de différentes façons selon les individus. La jeune vétérinaire a d'abord éprouvé des vertiges, des nausées ainsi que des étourdissements. Lorsqu'elle s'est présentée à l'urgence, le personnel médical a conclu à une labyrinthite, soit une inflammation de l'oreille interne. Un peu de repos et tout devait rentrer dans l'ordre quelques jours plus tard.
L'apparition de nouveaux symptômes peu de temps après sa sortie de l'hôpital, entre autres des engourdissements, de la douleur du côté gauche, de l'incontinence et de la fatigue, a toutefois fait sonner l'alarme. Cette fois, les indices jumelés à une batterie de tests ont mené les spécialistes à un verdict sans équivoque : une forme très agressive de sclérose en plaques s'enracinait en elle.
Apprivoiser la maladie
Diplômée en médecine vétérinaire depuis à peine quelques mois lorsque le diagnostic est tombé, Mélissa Mailloux a décidé qu'elle ne changerait pas un iota de son plan de carrière. « Ça fait 28 ans que je suis entourée d'animaux. J'ai une ferme laitière avec mes frères et mon père. Et là, je venais d'atteindre mon objectif en terminant des études extrêmement difficiles. Ma vie professionnelle était lancée. J'aurais pu choisir de me tourner vers quelque chose de moins exigeant physiquement. Mais, j'ai décidé de garder le cap avec ma passion. »
Apprivoiser la maladie ne s'est toutefois pas fait sans heurts. La jeune femme a jusqu'ici dû surmonter quelques deuils tout en apprenant à « vivre au jour le jour ». « Quand tu as la sclérose en plaques, tu peux te réveiller un matin et avoir un sens en moins parce que la maladie a atteint une nouvelle partie de ton cerveau. Si tu te mets à chercher tous les problèmes de santé possibles sur Internet, tu peux facilement devenir hypocondriaque. Au début, j'en voulais à la terre entière pour ce qui m'arrive. La poussière est retombée et j'ai accepté d'écouter les limites que mon corps m'impose. »
La médication lui permet de vaquer à ses occupations sans anicroche, mis à part quelques petits bémols. « Ça m'arrive d'avoir un peu de difficulté à me concentrer, à faire plusieurs choses en même temps. Un peu comme les gars, lance-t-elle en jetant un regard complice à son conjoint Olivier, également vétérinaire. Je suis aussi très fatiguée en fin de journée, mais ce n'est pas dramatique. Je suis convaincue que ma maladie passe inaperçue pour des gens qui ne me connaissent pas. »
La prise de substances pharmaceutiques l'oblige à mettre sur la glace son projet de fonder une famille. Du moins pour le moment. « C'est difficile quand presque tous tes amis ont des enfants. Les gens me demandent pourquoi je n'en ai pas encore à mon âge. Tu as beau te faire une carapace, ça vient te chercher, concède-t-elle, des trémolos dans la voix. Mais je suis une fille positive. Je ne veux pas m'apitoyer sur mon sort. Je carbure aux petites réussites. »
Lourd secret
Selon la spécialiste de la médecine animale, bien des gens atteints de sclérose en plaques n'osent pas dévoiler leur maladie, notamment à leur employeur, craignant d'être dénigrés.
« Malheureusement, c'est une maladie qui est très tabou. C'est souvent un lourd secret. Les personnes ont peur de se retrouver sans travail s'ils en parlent parce que ça vient avec des limitations à divers degrés. Pourtant, ça n'empêche pas les gens d'être compétents et productifs dans la plupart des cas. Il faut que le message soit clair. Ceux qui ont la sclérose, tenons-nous debout ! , lance-t-elle. C'est la meilleure façon d'éviter d'être étiquetés dans la société. »
Question de sensibiliser les gens à propos de cette maladie qui s'est incrustée dans sa vie, Mélissa a accepté de devenir la porte-parole de la Marche de l'espoir, chapeautée par la section estrienne de la Société canadienne de la sclérose en plaques. L'événement aura lieu le 28 mai à Sherbrooke. « Tant mieux si, à ma façon, je peux contribuer à rajeunir le visage de la sclérose en plaques. Je veux aussi inciter les gens à soutenir la cause parce que la recherche doit avancer pour que la maladie recule », image-t-elle.