Le conseiller municipal et président du comité des finances, Jocelyn Dupuis, s’est prononcé contre le budget qu’il a présenté. Il a aussi démissionné de la présidence de ce comité.

Ville de Granby: le budget de la dissension

L’adoption du budget de l’année 2020 de la Ville de Granby a donné lieu à une situation inédite lundi soir. Le conseiller municipal et président du comité des finances, Jocelyn Dupuis, s’est prononcé contre le budget qu’il a présenté. Il a aussi démissionné de la présidence de ce comité.

« Je ne suis plus l’homme de la situation », a laissé tomber M. Dupuis, avec dépit, à l’issue de l’adoption des prévisions budgétaires. 

Un peu plus tôt, il avait présenté les grandes lignes du budget, non sans avoir d’entrée de jeu indiqué son désaccord. « Ce budget 2020 n’est pas la recommandation du comité des finances, mais bel et bien l’orientation que la majorité de mes collègues conseillers et conseillères ont résolu de suivre », a-t-il fait valoir lors de la présentation du budget aux médias, quelques heures avant la séance du conseil municipal.    

Seule la conseillère Julie Bourdon­ a joint sa voix à celle de Jocelyn Dupuis, lors de la tenue d’un vote sur l’adoption du budget. 

Au cœur du différend : une hausse des taxes foncières de 2 %, entérinée par une majorité d’élus. 

Jocelyn Dupuis était plutôt en faveur d’un gel de taxes en 2020, question d’offrir une « pause » aux contribuables.

Cette pause avait d’ailleurs été annoncée en mai dernier, lors du dépôt des résultats financiers de l’année 2018, où un surplus d’exercice de 12,1 millions de dollars avait été enregistré. Mais cet engagement était prématuré, ont affirmé certains élus lundi soir.   

Décision responsable

Jocelyn Dupuis a entre autres fait valoir, pour justifier le gel qu’il recommandait, qu’il reste encore près de 4 millions de dollars sur les 12,1 millions comptabilisés dans le surplus l’an dernier. 

Il estime en outre que les contribuables ont fait leur part au cours des dernières années. La valeur de la maison moyenne a augmenté de
24 000 $ et les taxes foncières ont grimpé de 12 % en cinq ans, soit depuis l’adoption du cadre financier de la Ville, a-t-il avancé.

« Nous avons engendré pour 120 millions de dollars en programme triennal d’immobilisation en cinq ans. Nous avons généré plus de 27 millions en surplus financier en quatre ans. [...] Ce sont des statistiques qui démontrent que les citoyens ont fait leur part les cinq dernières années », estime M. Dupuis. 

Il souligne par ailleurs que le dépôt d’un nouveau rôle d’évaluation foncière est prévu en 2021. 

Julie Bourdon a pour sa part reconnu que la Ville a plusieurs défis à surmonter et projets à réaliser. Mais, selon l’élue, elle a « l’argent pour le faire ». « Je ne suis pas d’accord à ce qu’on continue à mettre une charge supplémentaire sur les citoyens en payant des projets comptant », a-t-elle avancé. 

A contrario, Stéphane Giard a affirmé que la hausse du taux de taxes de 2 %, qui rapportera 1,4 M $ de plus dans les coffres de la Ville, est une « décision responsable ». 

« C’est pour des raisons mathématiques et pour éviter que dans deux, trois ans, on soit obligé de charger du trois, du quatre ou du cinq pour cent pour rattraper le temps perdu et aussi pour pallier l’augmentation exorbitante des appels d’offres présentement », a-t-il fait valoir. 

« Il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers et continuer à avancer. Mais ça prend des sous », a renchéri Alain Lacasse.  

Jean-Luc Nappert a abondé dans le même sens. Il a souligné que plusieurs défis se dessinent à l’horizon, notamment en matière environnementale. « Il y aura des choix à faire dans les prochaines années », a-t-il dit en évoquant les investissements à réaliser notamment dans la modernisation des installations d’eau potable. 

Éric Duchesneau a de son côté relevé qu’il est impossible de « faire des miracles ». « On réduit les dépenses et on emprunte plus », a-t-il affirmé. D’où la pertinence d’ajouter cette somme de 1,4 M$ aux revenus de la Ville, selon lui.  

Réflexion

Selon Jocelyn Dupuis, le budget adopté lundi en est un de « réflexion ». « Réflexion sur notre processus, sur l’évolution que nous devrions faire côté financier, sur la façon de trouver de nouvelles sources de revenus. Ce budget est sans aucun doute un budget de réflexion, mais j’aurais préféré qu’il le soit sans l’apport financier des citoyens », a-t-il dit. 

Selon le maire suppléant Robert Riel, les élus discuteront lors de la prochaine réunion préparatoire de qui sera appelé à succéder à Jocelyn Dupuis à la présidence du comité des finances.

Un citoyen, Richard Dubé, a profité de la période de questions pour « remercier » Jocelyn Dupuis et Julie Bourdon de leur opposition au budget. « Augmenter les taxes, c’est toujours la façon la plus facile. Mais administrer une ville de façon rigoureuse, ça, ce n’est pas un cadeau », a-t-il laissé tomber.   

Le maire, Pascal Bonin, est absent de l’hôtel de ville pour une période indéterminée pour des raisons de santé. Le conseiller Robert Vincent était également absent.

BUDGET 2020 DE LA VILLE DE GRANBY: LES TRAVAUX À L'AGENDA

La hausse des taxes foncières de 2 %, prévue au budget 2020 adopté lundi soir par une majorité d’élus, se traduira par une augmentation annuelle de 40 $ pour le propriétaire d’une maison moyenne évaluée à 244 000 $ à Granby.  

« Si la valeur de votre maison est inférieure à 244 000 $, la hausse va être inférieure à 40 $. Par contre, si la valeur de votre maison est supérieure à 244 000 $, la hausse sera plus élevée que 40 $ », a précisé le conseiller municipal et président du comité des finances, Jocelyn Dupuis.  

Un taux de 0,8465 $ par tranche de 100 $ d’évaluation s’appliquera ainsi pour les résidences en 2020. La hausse est aussi de 2 % pour les commerces et industries, alors que le taux atteindra 2,1326 $ par tranche de 100 $ d’évaluation. Les taxes de services (eau, épuration, matières résiduelles, etc.) demeureront toutefois inchangées.  

La Ville de Granby a par ailleurs adopté un budget de 105,8 millions de dollars, en baisse de 2 %, comparativement à 2019. Une situation qui s’explique principalement par une importante subvention, celle qui provient du Programme de la taxe sur l’essence et de la contribution du Québec (TECQ), qui tarde à être confirmée. « Normalement, on attend qu’elle soit accordée avant de la budgéter », souligne la trésorière de la Ville, Sylvie Chouinard. 

Selon elle, la TECQ, d’environ 9 millions de dollars, permettra de financer une partie de la première phase des travaux de réaménagement du centre-ville, dont les coûts sont estimés à 12,7 millions.

Le délai observé pour la confirmation de cette subvention ne compromet toutefois pas son octroi, assure le DG de la Ville, Michel Pinault. « C’est une nouvelle condition du programme. On doit avoir fait notre reddition de comptes et avoir l’audit des travaux 2019 pour avoir la nouvelle subvention », note Mme Chouinard. 

Les dépenses de fonctionnement ont pour leur part augmenté de 4,9 %, une hausse plus importante qu’au cours des dernières années. « N’eut été de dépenses majeures cette année pour le déneigement et la mise en opération du nouveau centre aquatique, on aurait une variation de 2,38 % », relève la trésorière.  

Réflexion

Les élus ont par ailleurs adopté un programme triennal d’immobilisation de 19,2 millions de dollars en 2020, auquel s’ajoute le projet du centre-ville. Avec une enveloppe de 3 750 000 $, la phase deux de la réfection de la rue Saint-Hubert Nord est un des projets importants qui sera réalisé. 

Un budget de 1,5 million a été prévu pour la réfection des chaussées. Le réaménagement de l’intersection des rues Simonds, Cowie et Saint-Jacques est aussi à l’ordre du jour l’an prochain. La somme de 920 000 $ y sera consacrée.   

Tel que relevé lors d’une précédente séance du conseil municipal, 1 million de dollars sera alloué à la construction des nouvelles installations du marché public. Sinon, d’autres projets sont à l’agenda, dont la démolition de la piscine Miner (500 000 $), le retour du programme de rénovation résidentielle (500 000 $), le remplacement des fenêtres au centre culturel France Arbour (425 000 $) et le remplacement des clôtures au stade Napoléon-Fontaine (100 000 $). 

D’autres projets importants sont aussi à l’étude, mais ils sont tributaires de l’octroi de subventions, dont la révision du système d’approvisionnement d’eau brute, au coût de 6,1 millions. 

Au 31 décembre 2019, la dette de la Ville devrait atteindre 88,4 millions de dollars. Les ratios d’endettement (sur la richesse foncière uniformisée et sur les revenus) continuent à respecter la politique de la gestion de la dette que la Ville s’est donnée, a-t-il été précisé. Le budget détaillé pourra être consulté sur le site Internet de la Ville. Même chose pour la carte des travaux prévus en 2020.