Après avoir planté ses premières vignes en 1982 et construit un bâtiment où allait naître un économusée en 2000, Charles-Henri de Coussergues convie les amateurs de vin à un « troisième rendez-vous ».

Vignoble de l'Orpailleur: une expérience rehaussée

Depuis sa toute première bouteille de vin vendue en 1985, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts pour Charles-Henri de Coussergues, vigneron et copropriétaire du Vignoble de l’Orpailleur. Mais chose certaine, « cet intérêt que les gens ont eu pour le vin ne s’est jamais arrêté », dit-il. C’est dans l’esprit de vouloir entretenir une relation de proximité avec ses clients que le vigneron aguerri a dévoilé les nouveaux espaces de sa propriété de Dunham, berceau de la viticulture au Québec.

Après avoir planté ses premières vignes en 1982 et construit un bâtiment qui allait accueillir un économusée en 2000, Charles-Henri de Coussergues convie les amateurs de vin à un « troisième rendez-vous ».

« Pour nous, aujourd’hui, c’est la troisième étape de notre histoire en œnotourisme. Il y a eu la création du vignoble [...], la vente du vin en décembre 1985 et la première récolte en septembre. En décembre, j’appelais des voisins pour qu’ils viennent m’aider. De bouche à oreille, ça s’était su qu’il y avait des originaux qui plantaient de la vigne. C’était un rêve qui se concrétisait de recevoir à la ferme et les gens me posaient tellement de questions […] », se remémore-t-il.

Véritable pionnier de la Route des vins, l’entrepreneur affectionne particulièrement l’échange avec le client, celui à qui le dernier mot revient. L’idée de chérir cette relation n’est pas fortuite pour le copropriétaire, puisque le vignoble reçoit entre 20 000 et 30 000 visiteurs par année.

Les nouveaux espaces dévoilés mercredi répondent justement à cette mission.

Le bâtiment d’accueil a été repensé, rénové et réaménagé.

À l’entrée, un plan figure sur le mur de façon à ce que les visiteurs identifient les points d’intérêts du site. Le contenu de l’économusée a également été enrichi et déplacé près de l’entrée du vignoble.

« La Société du réseau Économusée regroupe des artisans producteurs qui veulent faire connaître leur métier. On a travaillé avec la Société et ils nous ont aidés à développer le projet », explique la directrice aux communications et marketing, Édith Ducharme, en soulignant que le vignoble est membre de la Société depuis 18 ans.

La « salle 85 », faisant référence à la première année d’embouteillage du vigneron, laisse place à cet économusée illustrant l’histoire de la viticulture et les méthodes de culture.

La « salle 85 », baptisée ainsi en souvenir de l’année de la toute première cuvée du vignoble, laisse place à cet économusée illustrant l’histoire de la viticulture et les méthodes de culture.

On peut notamment comprendre comment la nature cohabite avec la viticulture.

À ce sujet, 90 nichoirs ont été installés sur le terrain. Des hirondelles et des merles bleus viennent y faire leur nid au printemps.

Ces oiseaux se nourrissent d'insectes. « Ça nous évite d’utiliser des pesticides », relève Charles-Henri de Coussergues.

Éducatif et interactif

Malgré les nombreux préjugés dont ont été victimes les vins du Québec, le vigneron confirme que leur réputation s’améliore grandement. Pour faire comprendre toute la richesse des cépages, Charles-Henri de Coussergues continue d’investir dans son vignoble pour attirer les touristes et démythifier le monde de la viticulture.

 « Même si nos vins sont vendus à la SAQ, je vais toujours investir ici pour faire vivre une expérience. C’est la chance qu’on a versus les vins de pays étrangers », explique-t-il.

La vaste pièce centrale de dégustation a été repensée afin que les gens aient davantage d’espace pour profiter du moment. On y trouve notamment un comptoir long de 41 pieds.

Évidemment, souligne la directrice aux communications et marketing, il ne fallait pas passer à côté des « vedettes » du vignoble… les vins ! Ils jouissent maintenant d’une place de choix sur différents étalages, à la vue de tous.

Les visiteurs se laisseront sans doute surprendre par l’espace lounge où des panneaux informatifs sur les méthodes de vinification ont été installés. 

Il est possible d’en apprendre davantage sur La Part des Anges et le Vin de glace, dont le Canada est le plus grand producteur.

« Le Vin de glace c’est ce qui nous a fait sortir du Québec. Ça peut paraître étrange, mais pour avoir de la crédibilité au Québec, tu dois aller la chercher ailleurs », explique Charles-Henri de Coussergues en faisant référence aux médailles d’or que ce vin liquoreux a récolté en Chine et à Paris, notamment.

« C’était une belle bête à concours », lance-t-il.

Pour ce qui est de La Part des Anges, il faut dire qu’il attire l’œil des curieux. Cet assemblage de moût et d’eau de vie est transféré dans des dames-jeannes à l’extérieur des bâtiments où commence alors un long vieillissement fait d’alternance de froids rigoureux, de douceurs printanières et de chaleurs estivales.

Charles-Henri de Coussergues a voulu voir ce que le froid pourrait apporter à ce liquide et expérimenter la notion du temps, puisqu’une longue maturation s’opère durant 24 saisons.

« On a beaucoup de questions là-dessus, puisque c’est une méthode de vinification particulière », indique Édith Ducharme.

Toujours dans l’objectif de s’immiscer dans le milieu du vin, une quinzaine de tire-bouchons tout droit sortis de la collection personnelle de Charles-Henri Coussergues sont exposés. 

Hervé Durand, copropriétaire et propriétaire du Mas des Tourelles en France, a pour sa part fourni des vestiges d’amphores antiques, issus de fouilles sur sa propriété près de Nîmes.

Plus loin, le salon des cépages a été conçu pour mettre en valeur l’emblème du vignoble. On y découvre les différents cépages cultivés au vignoble et on y aborde les variétés cultivées au Québec.

Un endroit visant à attiser les sens des visiteurs a également été pensé. Dès la fin de l’année 2019, un « orgue de senteurs » permettra d’identifier les arômes que l’on retrouve dans le nez des vins : une première au Québec.

« On peut faire un lien avec les arômes, la pomme par exemple, et le vin », indique le vigneron en insistant sur le volet éducatif de l’exercice.

Finalement, les pièces rénovées sont toutes accessibles pour des personnes à mobilité réduite, y compris les salles de bains.

Une aide financière du ministère du Tourisme et de Tourisme Cantons-de-l’Est a permis l’aboutissement de ce projet qui aura nécessité deux ans de travail et de réflexion. L’investissement est estimé à 400 000 $.

Par ailleurs, Édith Ducharme a annoncé que le sentier extérieur sera lui aussi bonifié prochainement. De l’information sur la protection des vignes en hiver sera entre autres ajoutée.