La Cowansvilloise Pauline Talbot juge important de raconter son histoire pour prévenir d’autres arnaques.
La Cowansvilloise Pauline Talbot juge important de raconter son histoire pour prévenir d’autres arnaques.

Victime d’une arnaque amoureuse, elle raconte son histoire

Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est
À 70 ans passés, Pauline Talbot a vécu une expérience qu’elle n’est pas près d’oublier. Tombée éperdument amoureuse d’un inconnu sur le Web, la dame a mis quatre mois pour prendre conscience qu’elle était victime d’une arnaque. Et bien qu’elle considère aujourd’hui cette aventure comme une «leçon de vie», elle sort de l’ombre pour éviter que d’autres personnes tombent dans le même panneau.

Il ne s’est passé que quelques jours entre le jour où la Cowansvilloise a reçu son premier téléphone cellulaire et l’arrivée du message racoleur qui allait chambouler son quotidien. Le 3 octobre 2019, un homme a lancé sa perche par un simple «Bonjour jolie dame». Il n’en fallait pas plus pour que Pauline Talbot passe de la curiosité à la fébrilité. Elle a beau être voyante, elle n’a rien vu venir. «J’étais célibataire depuis plus de 15 ans. J’ai été séduite par ses belles paroles. Il y avait longtemps qu’on ne m’avait pas parlé comme ça. Même si tes enfants ou tes petits-enfants te disent que tu es belle, ce n’est pas comme quand ça vient d’un homme. Je me sentais valorisée», raconte-t-elle.

Avec le recul, elle admet que la solitude est en grande partie responsable de son solide et rapide attachement à un certain Sébastien Cognet, résidant du village d’Afa en Corse. Comble de hasard, cette femme instruite et cultivée avait déjà un intérêt pour cette île et sa musique. «Ça m’a interpellée...»


« Mes enfants trouvaient que j’avais changé, que je prenais plus soin de moi. Avant cette histoire, j’avais décroché de la vie. »
Pauline Talbot

Au cours des mois qui ont suivi, Mme Talbot et son correspondant ont ainsi développé une relation intense où les mots «chérie» et «amour» ont mis peu de temps à poindre. À la fin décembre, les échanges empreints de poésie et de romantisme prenaient déjà des allures de promesses éternelles. Un premier rendez-vous en personne avait même été fixé au Québec pour le 14 février suivant.

Ensemble, ils parlaient de mariage, même si la dame ne connaissait son soupirant qu’à travers quelques (fausses) photos échangées et deux ou trois conversations téléphoniques. L’accent français de son interlocuteur confirmait sa nationalité, croyait-elle.

«Mes enfants trouvaient que j’avais changé, que je prenais plus soin de moi. Avant cette histoire, j’avais décroché de la vie.»

La rencontre de Saint-Valentin n’a bien sûr jamais eu lieu. Au début de février 2020, après que Mme Talbot l'eut confronté sur son identité et voyant qu’il n’arriverait pas à tirer profit de cette relation, «Sébastien» a cessé de correspondre avec elle. Au fil des mois, la dame avait pourtant décelé quelques feux rouges qu’elle avait préféré ignorer. L’homme tenait notamment à ce qu’elle garde leur relation secrète. «J’avais des doutes, mais mon coeur ne voulait pas s’y attarder. Parfois, j’avais l’impression qu’il écrivait à d’autres personnes en même temps, mais il me disait que non...»

Trop heureuse de ce tournant dans sa vie, elle n’a pourtant pu s’empêcher de se confier à quelques membres de sa famille immédiate, qui se sont inquiétés. À raison.

Pas d’argent en jeu

«J’ai été victime d’une arnaque amoureuse. Heureusement, il n’a pas essayé de me soutirer de l’argent, mais ça s’en venait», glisse-t-elle. Tout était mis en place, selon elle, pour séduire, créer une dépendance affective, pour ensuite abuser d’elle financièrement. Parfois, il était en effet question d’important héritage, de résidences, de proposition d’affaires dans les messages échangés. Lentement, Sébastien assurait son emprise.

D’où le ton principalement enjôleur, intime, parfois sexuel. C’est d’ailleurs de tout cela que Pauline Talbot s’ennuie encore aujourd’hui. «Ça m’a montré que tout n’est pas fini, même à un certain âge. J’aimerais maintenant que ça m’arrive pour vrai.»

C’est tout cela qu’elle révèle sans pudeur dans La Proie, le livre qu’elle vient de publier à compte d’auteure, en quantité limitée. En fait, il s’agit plutôt d’un recueil de plus de 360 pages contenant l’ensemble des échanges enflammés qui ont meublé cette relation — «mais j’ai coupé beaucoup de mots d’amour» —, agrémentés de nombreux poèmes et de bouts de réflexion.

Car aussi personnel qu’il soit, ce pan de sa vie ne sera pas tu, dit-elle. «Je n’ai rien à faire du jugement des autres. Si mon histoire peut servir à d’autres, c’est l’important. Bien des personnes se font prendre, des hommes autant que des femmes, mais ils le cachent, surtout lorsqu’ils essuient des pertes financières. Moi, je voulais montrer jusqu’où ça pouvait aller comme relation. Et ça m’a aidée. C’est un livre d’espoir.»

Et si vous voulez tout savoir, Pauline Talbot dit avoir réussi à joindre au téléphone l’imposteur derrière son beau Sébastien. «Il était Africain et il avait 29 ans. Il m’a avoué qu’il correspondait avec plusieurs personnes et que c’était son gagne-pain.»

À la fin de son ouvrage, elle fait mention de l’organisme ScamHaters United qui, dit-elle, peut donner un coup de pouce pour vérifier l’identité de tels correspondants, en cas de doute. Une personne avertie en vaut deux.