Claude Fournier, Gilles Lefrançois, André Dufour et Marie-José Raymond ont célébré le talent du tailleur granbyen, Jean Gamache (au centre).

Vibrant hommage à Jean Gamache

Pluie d'hommages pour le tailleur granbyen Jean Gamache. Une cinquantaine de ses fidèles clients, portant tous pour l'occasion une création Gamache, ont souligné avec chaleur son départ à la retraite jeudi soir au centre-ville de Montréal.
Parmi le groupe : des avocats, des financiers, dont André Bérard, ex-chef de la direction de la Banque Nationale, ainsi que le couple formé par Claude Fournier et Marie-José Raymond. Ce duo a référé le couturier à nombre de ses connaissances. 
Ne pouvant être présents, d'autres clients et amis, tels que Lucien Bouchard, Guy Fournier, Paul Arcand, Louise Deschâtelets­, Régis Labeaume et même l'ex-premier ministre français, Alain Juppé­, ont témoigné leur attachement à Jean Gamache par le biais d'une vidéo ou d'un courriel. 
Mme Deschâtelets a connu M. Gamache au début des années 1980 par l'entremise de son ex-conjoint, Guy Fournier. « J'ai changé quelques fois d'homme par la suite. Il y a un adage qui dit "Qui prend mari prend pays". Dans mon cas, c'est plus "Qui prend Louise Deschâtelets comme compagne prend aussi Jean Gamache comme couturier". C'est ainsi que vous avez habillé les quelques hommes qui sont passés dans ma vie », a-t-elle lancé. 
Deuil
« Votre retraite me laisse complètement désemparé. Qui pourra maintenant habiller avec autant de doigté ce corps incroyable qui est le mien ? Je sais que vous l'avez constaté comme moi, l'avenir est aux petits gros, dont je suis le prototype... », a écrit avec humour le maire de Québec, Régis Labeaume.
« Je porte encore du Gamache. Sachez que j'userai ces complets jusqu'à ce qu'ils deviennent transparents au lieu de m'en procurer ailleurs. Quel deuil pour nous les clients, mais quelle belle retraite vous attend », a-t-il ajouté. 
Même enthousiasme de la part de tous ceux rencontrés par La Voix de l'Est lors d'un cocktail organisé par André Dufour et Vincent Frenette, du cabinet Borden Ladner­ Gervais. Jean Gamache y a habillé six avocats. « On n'a jamais fait un cocktail pour un fournisseur. Mais ça a été un tel bonheur d'interagir avecM. Gamache », a affirmé M. Dufour. 
Jean Gamache accrochera son ruban à mesurer dans deux semaines, tirant un trait sur une fascinante carrière qui s'est déroulée­ sur près de 60 ans.
La relation qu'il a entretenue avec certains clients s'est ainsi étirée sur plusieurs décennies. C'est entre autres le cas de Gilles Lefrançois, fondateur et ex-président d'Innergex. Ce dernier estime avoir acheté plus de 25 complets au tailleur. « Il faut que ce soit du Jean Gamache, sinon ça ne rentre pas chez nous », a-t-il laissé tomber dans un sourire.
Passion
« Ce qu'il y a d'exceptionnel avec M. Gamache, c'est qu'il n'a aucun intérêt pour l'argent. Il aurait pu faire une fortune colossale, mais il carburait au contact client et à la satisfaction du travail bien fait », a commenté l'ex-banquier André Bérard. 
L'animateur Paul Arcand a pour sa part souligné la passion, mais surtout la « joie de vivre », qui anime Jean Gamache, troisième génération de tailleur dans sa famille. « Moi qui suis un peu grognon, je vous envie parfois d'être aussi heureux­ que ça », a-t-il déclaré.
L'ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, a aussi tenu à manifester « l'estime et même l'affection et l'admiration » qu'il a pour M. Gamache. Partageant un goût commun pour la musique, M. Bouchard a convié le tailleur à assister à un concert de Kent Nagano dans sa loge de la Maison symphonique.
Autant de témoignages qui ont comblé le futur retraité de 72 ans. « Dans mes meilleurs rêves, je n'aurais jamais pensé attirer autant d'hommes et de femmes ici », a-t-il dit avec émotion. Jean Gamache a lui-même rendu hommage à sa « muse », complice et conjointe, Diane Martel, qui l'accompagne­ depuis plus de 40 ans. 
D'ici la fermeture de sa boutique de la rue Principale le 1er juin, Jean Gamache a encore quelques commandes à compléter, plusieurs souhaitant avoir un dernier complet, voire une dernière chemise de cet artisan à l'énergie contagieuse.