Selon Simon Blouin, directeur général chez Corporation Ski & Golf Mont-Orford, toutes les conditions sont pour l’instant réunies pour un début de saison de ski « extraordinaire ».

Vers un début de saison «extraordinaire»

Malgré les aléas de Dame Nature qui menacent d’augmenter dans les prochaines années, les jours sont plutôt beaux dans le monde du ski. Il semblerait que de plus en plus d’Estriens adoptent les sports de glisse, et que les efforts de séduction des visiteurs étrangers portent leurs fruits dans la région.

« On a toujours un 10 à 15 % d’augmentation de nos abonnés chaque année, et ç’a encore été le cas cette année », dit Simon Blouin, directeur général de la Corporation Ski & Golf Mont-Orford.

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Bromont ouvre les portes de son chalet avec vue à 360 degrés

La carte L’ESTGO, une toute nouvelle carte qui permet d’avoir un accès à prix réduit (à partir de 49 $ par billet journalier adulte en prévente) dans n’importe quelle des quatre grandes montagnes de l’Estrie, soit Owl’s Head, Mont-Orford, Bromont et Sutton, a d’autant plus été un accomplissement remarquable, selon M. Blouin. « On pense que ça va attirer du monde des États-Unis et de l’Ontario, mais aussi du Grand Montréal. Juste avec les salons qu’on a faits à Toronto et à Ottawa, on peut dire qu’on a doublé les chiffres qu’on faisait normalement grâce à ces laissez-passer-là. Il y a eu beaucoup d’investissements dernièrement dans les Cantons-de-l’Est, c’est un très bon timing », se réjouit-il.

Chez Tourisme Cantons-de-l’Est, on indique que les ventes de la carte L’ESTGO représentent déjà l’équivalent de 6000 journées de ski. « C’est la carte idéale pour les courts séjours dans la région, note Danie Béliveau, responsable des relations de presse chez Tourisme Cantons-de-l’Est. On cible beaucoup l’Est ontarien et la Nouvelle-Angleterre. Les gens prennent de moins en moins de longues vacances et se tournent plutôt vers de petits séjours d’une semaine, accessibles en voiture. »

Grâce à ses équipements d’enneigement artificiel, la station de ski du Mont-Orford a pu lancer sa saison vendredi, avec deux pistes ouvertes. Il s’agit d’une ouverture plus hâtive qu’en moyenne, note Simon Blouin, directeur général chez Corporation Ski & Golf Mont-Orford.

Ouvertures progressives

La station Mont-Orford a officiellement ouvert ses portes vendredi, à l’instar de celle d’Owl’s Head. Pour M. Blouin, une ouverture en novembre est toujours une bonne nouvelle pour la montagne. « Un 29 novembre, c’est meilleur que la moyenne. L’année dernière, on avait ouvert plus tôt, mais habituellement, c’est plutôt entre le début et la mi-décembre. Jusqu’à maintenant, tout s’enligne pour un début de saison extraordinaire », indique-t-il.

La montagne demeurera pour l’instant fermée en semaine, mais rouvrira les 6, 7 et 8 décembre si les conditions se maintiennent. Le nouveau chalet, toujours en construction, devrait être prêt à recevoir les visiteurs pour le premier week-end des vacances de Noël.

Le directeur ventes et marketing d’Owl’s Head, François Leduc, indique que la journée de samedi s’est très bien déroulée à la montagne de Mansonville, avec un achalandage satisfaisant.

La remontée « chaises bleues » était en marche pour mener à l’unique piste ouverte, la Shady Lady. « L’équipe d’enneigement travaille en ce moment sur la Lower Standard. On prévoit l’ouvrir le week-end prochain en plus d’autres pistes, si on est capables. C’est une ouverture progressive. Ce qui a fait la difficulté, c’est les températures chaudes qu’on a eues de lundi à jeudi. On se croise les doigts pour qu’il continue de faire froid. »

« Ce sont les mordus qui sont ici en fin de semaine. Les abonnées qui avaient hâte de sortir leurs skis, de tester leur équipement et de s’échauffer un peu », remarque M. Leduc.

S’adapter

La Corporation Ski & Golf Mont-Orford sait bien que le réchauffement climatique risque de causer plusieurs mauvaises surprises dans le futur. Selon environnement Canada, l’accumulation de neige saisonnière a diminué de 5 % à 10 % par décennie depuis 1981 sur la majeure partie du pays, de même que le nombre de jours de couverture de neige par saison.

M. Blouin identifie deux stratégies principales pour se préparer à la persistance de ces diminutions. « Premièrement, on a investi 4 M$ dans l’équipement d’enneigement dans les dernières années, indique-t-il, précisant que la montagne peut faire fonctionner 70 canons a neige à plein régime. On est maintenant plus efficaces et on a une meilleure qualité de neige. Par exemple, cette année, on rajoute six pistes qui n’avaient pas d’enneigement. Deuxièmement, on investit aussi beaucoup dans le « quatre saisons » et l’événementiel. Le nouveau chalet va permettre d’accueillir des festivals et des concerts. Ça générera d’autres revenus qui vont nous sécuriser l’hiver ».

Des efforts sont également mis dans la gestion du terrain qui, lorsque faite intelligemment, peut diminuer les besoins en neige.

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Le ski hors-piste, aussi appelé randonnée alpine lorsque pratiqué en station, gagne en popularité chaque année. La complexité de gérer une telle offre n’empêche cependant pas plusieurs montagnes de la région de se prêter au sport.

Le ski hors-piste poursuit sa montée 

 Les intervenants du milieu du sport alpin s’entendent pour le dire : le ski hors-piste, ce sport actif consistant à gravir soi-même la montagne avant de la dévaler, est la tendance à surveiller depuis quelques années. Tellement que les stations de ski locales tentent de sortir de plus en plus des sentiers battus, tandis que plusieurs projets en nature gagnent du terrain.

Au Mont-Orford, la fréquentation liée au ski hors-piste, aussi appelé randonnée alpine en station, croît d’environ 30 % chaque année, estime le directeur général de la Corporation Ski & Golf Mont-Orford, Simon Blouin. 

La montagne, qui offrait déjà quatre sentiers d’ascension accessibles de jour ainsi qu’en dehors des heures d’opération, ajoute cette année deux nouveaux sentiers en forêt sur le mont Alfred-Desrochers et deux corridors d’ascension en bordure de piste. Certaines pistes sont également désignées pour l’ascension avant ou après les heures d’ouverture. 

« On demande vraiment aux gens de respecter les règlements et les horaires indiqués sur notre site internet pour éviter les accidents et la perturbation du travail des équipes d’entretien », note M. Blouin, insistant sur la complexité de gérer une telle offre. 

C’est d’ailleurs pour cette raison que, tandis que Sutton et Bromont se sont eux aussi adaptés à la demande, l’offre de ski hors-piste est pour le moment inexistante à Owl’s Head. L’établissement est toutefois en grande réflexion, indique le directeur des ventes et marketing François Leduc, qui confirme que la demande est grandissante, mais qu’il faudra s’adapter aux critères des assureurs avant.

Réellement hors des pistes

Selon Pierre-Olivier Bédard, président du Conseil d’administration d’Estski, un média en ligne à but non lucratif entièrement spécialisé dans le ski hors-piste, les stations sont l’endroit idéal — et son fortement conseillés — pour s’initier à la discipline, mais les mordus voudront rapidement faire monter la difficulté d’un cran.  

Entrent en jeu les montagnes plus sauvages, qui offrent des versants enneigés non damés, souvent un peu plus reculés. La région de l’Estrie en compte deux qui sont affiliés à la Fédération québécoise de montagne et de l’escalade (FQME) : Ski Eldorado, qui aménage graduellement les sommets entre Notre-Dame-des-Bois et Chartierville grâce à ses bénévoles, et le mont Hereford, géré par l’organisation Circuits frontières.

Il existe aussi des oasis accessibles en excursions clandestines, « mais en général, les gens n’aiment pas trop les dévoiler », indique M. Bédard, qui insiste sur la mission d’Estski, visant justement à rassembler la communauté et les astuces au même endroit. 

« Moins cher »

Pourquoi ce sport a-t-il tant gagné en popularité? « Pour ma part, j’ai été amené à faire du ski hors-piste il y a dix ans parce que j’avais envie de faire du terrain qui n’était pas disponible en station et de skier une meilleure qualité de neige, explique M. Bédard, qui s’aventure aujourd’hui dans la poudreuse un peu partout en Amérique du Nord. Ça coûte aussi vraiment moins cher. Oui, c’est dispendieux au départ, mais ensuite, une journée de ski de montagne est beaucoup moins coûteuse qu’une journée en chaise », note M. Bédard, qui explique qu’un ensemble de départ compte des skis assez larges — les splitboards existent également pour les planchistes —, des fixations et des bottes spécialisées ainsi que des peaux d’ascension, pour un total d’environ 2300 $ au minimum pour un ensemble neuf. 

« C’est à peu près le seul segment en croissance dans l’industrie du ski », note-t-il. 

Lors d’une expédition, la prudence est de mise, dit-il. « On ne peut pas juste partir un matin tout seul. Il faut avoir des gens formés avec soi. Je recommande toujours de faire des formations de secourisme et d’avalanche », explique-t-il, précisant toutefois que les avalanches sont peu probables en Estrie, surtout dans les montagnes boisées.

M. Bédard conseille également fortement l’adhésion à la FQME, qui offre notamment une assurance accident-invalidité pour la pratique du ski de montagne, ainsi que pour le transport médical d’urgence partout au Canada en plus d’une assurance responsabilité civile liée à ce sport.