Vérification faite: les lieux de culte sont-ils vraiment «à risque» pour la COVID-19?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’AFFIRMATION: «Les lieux de culte ont toujours appliqué des protocoles sanitaires solides lors de leurs rassemblements, et malgré tout ils se sont vu imposer une limite sévère de 25 personnes en zones rouges. Quand le directeur de la Santé publique, Dr Horacio Arruda, a tenté d’expliquer pourquoi, il y a quelques semaines, il a indiqué qu’il semble y avoir plus de propagations dans les lieux de culte au Québec «selon la littérature scientifique». Mais il n’a pas nommé ses sources. Alors est-ce vrai? Y a-t-il vraiment une littérature qui montre que les lieux de culte qui respectent les protocoles sanitaires sont plus à risque?» demande Pierre Goudreault, de La Pocatière.

LES FAITS

Si l’on se fie au verbatim de ce point de presse, Dr Arruda a effectivement invoqué la «littérature» pour justifier la limite de 25 personnes dans les lieux de culte, mais il semblait parler de la littérature scientifique en général, pas forcément d’études portant sur le Québec. La citation exacte est celle-ci :

«Dans la littérature, on reconnaît très bien que les cérémonies religieuses sont des génératrices de cas, beaucoup plus que les théâtres, ou etc., là, compte tenu du fait que durant la cérémonie il peut y avoir des rapprochements, des communions. Et aussi, dans une église, c'est un lieu de social de rencontre, et souvent, en parallèle avec la cérémonie comme telle, il y a des contacts entre les individus. Ce qui est très différent d'aller dans un spectacle, par exemple, à la Maison symphonique, où on s'installe, on voit le spectacle, on enlève notre masque, on est à deux mètres de distance et on ressort.

Cela dit, c’est un fait incontestable que l’on trouve dans cette littérature scientifique plusieurs cas d’éclosion de COVID-19 bien documentés qui étaient associés à des services religieux, notamment aux États-Unis, en Corée du Sud et à Singapour.

Je n’ai par ailleurs pas trouvé d’études dûment publiées sur des cas semblables qui seraient survenus au Québec. Mais au Ministère de la Santé, on m’indique qu’«entre le 23 août et le 26 octobre dernier, on dénombre 10 éclosions pour activités religieuses ou rites de passages ayant généré 63 cas de personnes infectées à la COVID-19 dans la province. Les éclosions dans ces milieux sont surtout situées dans la région de Montréal».

Ajoutons à cela que les médias du Canada anglais ont rapporté de nombreuses éclosions apparemment liées à des lieux de culte, notamment en Colombie-Britannique, en Alberta et en Ontario (voir ici et ici).

Évidemment, il est très difficile de vérifier si chacune de ces communautés de fidèles appliquaient rigoureusement toutes les directives de santé publique. Toutefois, le fait que ces éclosions soient survenues fréquemment au Canada et ailleurs dans le monde suggère qu’il y a quelque chose dans la nature même des cérémonies religieuses qui les rend propices à la contagion. Elles regroupent toutes des nombres relativement importants de gens dans des endroits fermés Et même si les fidèles y sont plus espacés qu’avant, ces cérémonies sont aussi des lieux de socialisation, ce qui pourrait bien favoriser la transmission des virus respiratoires, comme le soupçonnait Dr Arruda.

VERDICT

Vrai. Bien des cas d’éclosion dans des lieux de culte et/ou lors de services religieux ont été documentés dans la littérature scientifique et dans les médias de par le monde. Le Québec lui-même en compte une dizaine depuis la fin d’août. Il est difficile de savoir si les consignes sanitaires étaient respectées partout, mais le nombre des éclosions et le fait qu’elles surviennent un peu partout suggèrent que la nature même des célébrations religieuses implique un certain niveau de risque.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

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