Il est incontestable que le virus de la COVID-19 a subi des mutations génétiques depuis qu’il a «fait le saut» vers l’espèce humaine, quelque part autour de novembre dernier.
Il est incontestable que le virus de la COVID-19 a subi des mutations génétiques depuis qu’il a «fait le saut» vers l’espèce humaine, quelque part autour de novembre dernier.

Vérification faite: le virus de la COVID-19 devient-il vraiment moins virulent?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’AFFIRMATION: «Oui, le nombre de cas augmente actuellement. Or j’ai vu circuler une hypothèse qui pourrait très bien l’expliquer, mais que personne ne semble avoir d’intérêt économique ou politique à valider. Il se pourrait, selon cette hypothèse, que le virus ait muté pour devenir moins sévère, mais plus contagieux. C’est d’autant plus probable que les coronavirus sont connus pour muter rapidement. Alors qu’en est-il?» demande Michel Bellemare, de Québec.

Et il est vrai que cette idée circule, car d’autres lecteurs que M. Bellemare me l’ont soumise. Alors voyons voir…

LES FAITS

Il est incontestable que le virus de la COVID-19 a subi des mutations génétiques depuis qu’il a «fait le saut» vers l’espèce humaine, quelque part autour de novembre dernier. Et il a effectivement été suggéré par certains chercheurs sérieux que l’une de ces mutations en particulier, la dénommée D614G, pourrait rendre le coronavirus plus contagieux — et possiblement moins virulent.

Cependant, la plupart des virologistes et épidémiologistes s’entendent pour dire que, pour l’instant du moins, cette idée n’est pas vraiment supportée par les faits et les données. «Seulement quelques études ont été publiées à ce sujet jusqu’à maintenant, dit Jason Kindrachuk, virologue de l’Université du Manitoba et titulaire d’une chaire de recherche sur la pathogenèse des virus émergents. L’une de ces études a démontré que, dans une culture de cellules in vitro, cette variante permettait au virus de s’accrocher plus facilement à nos cellules. Et on a une étude sur des animaux qui a regardé si cette variante rendait la maladie plus ou moins sévère, mais elle n’a pas vraiment montré de différence. Alors ça fait de la biologie moléculaire très intéressante, mais on ne sait pas si ça s’applique aux humains dans la vraie vie, hors des éprouvettes.»

Certains travaux concluent qu’au moins dans certaines parties du monde, la COVID-19 semble devenir moins mortelle, notamment cet estimé sur le cas de l’Angleterre. Mais il s’agit d’une approximation et pour chaque étude qui penche de ce côté, on peut facilement en trouver une autre qui montre le contraire. Par exemple, dans le magazine d’affaires médicales STAT, des chercheurs de l’Université Yale ont comparé les taux de mortalité du printemps dernier aux États-Unis avec celui de la forte éclosion qu’a connue l’Arizona deux à trois mois plus tard, en juillet. Mais ils n’ont pas trouvé d’écart significatif — autour de 0,65 % de mortalité au printemps dans l’ensemble des États-Unis, contre 0,63 % en Arizona en juillet.

Ces chercheurs ont aussi comparé la mortalité chez les patients hospitalisés à New York au printemps et en Arizona en juillet mais, là non plus, ils n’ont rien vu de bien convaincant (34 % vs 31 %, respectivement).

Alors il n’est pas clair du tout que les taux de mortalité diminuent vraiment. Et même si c’était le cas, cela ne voudrait pas forcément dire que c’est le virus lui-même qui change. On sait par exemple que le coronavirus a infecté beaucoup plus de jeunes cet été qu’au printemps dernier. En avril, d’après des chiffres de la Santé publique, les 20-39 ans représentaient 23 % de toutes les infections confirmées au Québec; en août, c’était 41 %. Et comme la COVID-19 est nettement moins sévère chez les jeunes que chez les aînés, ça peut réduire le taux de mortalité.

Il est également possible que l’on se soit amélioré pour traiter la maladie. Par exemple, illustre M. Kindrachuk, «on a ajouté récemment les corticostéroïdes pour traiter [les patients dans un état critique]. Juste ça, ça peut faire baisser la mortalité. (…) On s’améliore aussi à protéger les patients les plus vulnérables, pour qu’ils soient moins exposés à la COVID-19, et ça aussi ça va faire baisser les taux de décès».

VERDICT

Cela semble plutôt faux pour l’instant. Il y a bien quelques résultats et expertises qui suggèrent qu’il est possible que la COVID-19 devienne plus bénigne, mais il y en a bien d’autres qui montrent le contraire. Dans l’ensemble, on n’a vraiment pas ce qu’il faut pour conclure que la mortalité diminue — et même si elle le faisait, cela pourrait s’expliquer par d’autres choses que la sévérité du virus lui-même.

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