En matière de produits laitiers et de cancers, il vaut mieux se fier aux méta-analyses.
En matière de produits laitiers et de cancers, il vaut mieux se fier aux méta-analyses.

Vérification faite: le lait augmente le risque de cancer du sein, vraiment?

L'affirmation: «Il y a une étude parue récemment qui fait le régal de mes amis végétaliens, au sujet du lait qui augmenterait le risque de cancer du sein. J’ai lu le résumé qu’en a fait la chaîne télé CTV News [bit.ly/32Vnlcf], mais ça ne me semble pas très fouillé. Est-ce qu’on peut croire cette étude?», demande Alexandre Généreux, de Gatineau. 

LES FAITS

À la décharge de CTV, plusieurs autres médias en ont parlé, et d’une manière plus sensationnaliste encore. Le Huffington Post Canada a parlé d’une «augmentation dramatique» juste en buvant un verre de lait par jour [bit.ly/2TxbWuY] et le Journal de Montréal ouvrait son texte en disant que «boire ne serait-ce qu’un quart de tasse de lait par jour» accroît le risque «considérablement» [bit.ly/32PNeKt].

Maintenant, il y a effectivement eu, au départ, une étude publiée à la fin de février dans l’International Journal of Epidemiology [IJE, bit.ly/2uWh0kk], et elle concluait bel et bien à une augmentation de 50 % du risque de cancer du sein chez les femmes qui boivent le plus de lait (par rapport à celles qui en boivent le moins). Rien à redire là-dessus, c’est tout à fait vrai. Le hic, cependant, c’est qu’en science, une étude, c’est «juste une étude», comme on dit. Certains travaux peuvent être particulièrement solides et déterminants, mais la règle générale est qu’on ne peut pas conclure grand-chose sur la base d’une seule étude — il faut regarder l’ensemble de la littérature scientifique et voir si les résultats concordent.

Or dans le cas du lien entre les produits laitiers et le cancer du sein, ça ne concorde pas du tout, justement. «Pour l’instant, quand on regarde l’ensemble des études, il semble y avoir peut-être un lien, mais ce serait un effet plutôt protecteur des produits laitiers contre le cancer du sein. Mais c’est sûr que le nombre d’études est encore limité : c’est un lien qui est suggéré, mais pas encore convaincant», dit Caroline Diorio, chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval qui a fait paraître l’an dernier une étude montrant que les produits laitiers faibles en gras réduisent le risque de cancer du sein [bit.ly/2PJFULi].

Les revues de littérature et les méta-analyses (qui regroupent les données de plusieurs études afin de dégager une tendance générale) publiées récemment vont dans le même sens. En 2018, l’American Institute for Cancer Research a résumé les résultats scientifiques sur cette question [bit.ly/2Tm6ewV, p. 29 à 32], montrant que dans l’ensemble les produits laitiers semblent avoir un effet protecteur, mais qu’il est assez faible et que les preuves sont «limitées». Le même genre d’exercice publié dans la revue Medicine en 2019 [bit.ly/3alQJuG] a trouvé que sur 15 études recensées, 12 penchaient du côté d’un effet protecteur — mais au total, le lien n’était pas significatif d’un point de vue statistique.

Bref, l’article paru en février est un peu «tout seul dans son coin», pour ainsi dire : il indique une hausse du risque alors que la plupart des résultats scientifiques suggèrent au contraire que les produits laitiers protègent (un peu, mais quand même) contre le cancer du sein, ou à tout le moins ne l’empirent pas.

Il faut dire, comme le souligne Mme Diorio, que cet article a d’importantes limites. L’alimentation des participantes n’a été mesurée qu’au cours des 6 premiers mois de l’étude, mais le suivi a duré près de 8 ans en moyenne. «Mais on change entre-temps, signale-t-elle. Les habitudes alimentaires peuvent se modifier, les facteurs de risque peuvent changer, des femmes peuvent devenir ménopausées, etc. [...En outre, dans cet échantillon, celles qui consommaient plus de produits laitiers étaient aussi, en moyenne, plus obèses, prenaient plus d’alcool, etc. Alors je veux bien croire que les auteurs ont fait des ajustements statistiques pour en tenir compte, mais si ces variables-là ne sont pas bien mesurées à la base, l’ajustement ne peut pas être parfait. En bout de ligne, il est bien possible que l’association qu’ils ont trouvée n’est pas due aux produits laitiers.»

LE VERDICT

Apparemment faux, dans l’état actuel des connaissances. Il y a bien une étude récente qui suggère que le lait accroît le risque de cancer du sein, mais ce n’est qu’une seule étude et ses résultats sont contredits par le plus clair de la littérature scientifique.

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