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Le «succès» chinois a fait l’objet de reportages dans des revues médicales réputées, ainsi que d’autres avis d’experts, ce qui ajoute de la crédibilité à la thèse voulant que la Chine a bien contrôlé son épidémie.
Le «succès» chinois a fait l’objet de reportages dans des revues médicales réputées, ainsi que d’autres avis d’experts, ce qui ajoute de la crédibilité à la thèse voulant que la Chine a bien contrôlé son épidémie.

La Chine a-t-elle vraiment l’épidémie sous parfait contrôle?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’affirmation : «À l’heure où la planète entière est aux prises avec la troisième vague de COVID-19, tout semble être au beau fixe en Chine. Le site Worldometer ne compile qu’une poignée de nouvelles infections par jour et encore moins de décès. Sauf que nous savons tous que le gouvernement chinois est loin d’être transparent, alors est-ce que ces chiffres reflètent vraiment la situation réelle en Chine?» demande Charles Rodrigue, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

LES FAITS

La Chine a beau avoir été le ground zero de la pandémie, elle semble effectivement n’avoir connu qu’une seule vague de COVID-19, de décembre 2019 à février 2020 grosso modo. Depuis plus d’un an, le pays ne rapporte qu’une dizaine ou une vingtaine de nouveaux cas par jour, hormis une toute petite «vaguelette» à 100-150 cas par jour en janvier dernier. Compte tenu de la taille de la population chinoise, autant dire que ce n’est rien du tout.

Et quand on connaît l’historique de «transparence» du régime chinois, il est entièrement normal de se méfier de ces statistiques. Après tout, les médias d’État et les politiciens de ce pays ont agité toutes sortes de fausses théories sur l’origine du coronavirus — qu’il serait venu de l’extérieur de la Chine sur de la viande surgelée, ou encore que l’armée américaine l’aurait sciemment implanté dans l’Empire du Milieu —, avec toujours comme point commun de dévier les blâmes pour le début de la pandémie. Il n’y a donc aucune raison de croire à ces chiffres avant de les avoir croisés avec d’autres sources.

Sauf que justement, quand on le fait, il apparaît qu’ils tiennent la route. Il ne s’agit que du nombre de cas détectés, qui est toujours très en dessous du nombre réel, mais l’idée générale que la Chine est parvenue à juguler rapidement l’épidémie sur son territoire et à la maintenir strictement sous contrôle par la suite est attestée par plusieurs autres «points de données», comme on dit.

Il existe au moins trois «études de sérologie» qui ont analysé le sang de gens dans la ville de Wuhan, là où le virus est apparu en premier et où le plus de gens devraient l’avoir attrapé, à la recherche d’anticorps contre la COVID-19. Cette méthode «échappe» beaucoup moins de cas que les tests PCR passés sur une base volontaire et donne donc une idée beaucoup plus juste de l’ampleur de l’épidémie. Parues dans Nature – Medicine, The Lancet et le JAMA – Network Open, toutes trois arrivent à peu près à la même conclusion : autour de 5 % seulement de la population de Wuhan a des anticorps contre la COVID-19.

En outre, l’étude de The Lancet a fait des suivis jusqu’en décembre 2020 et n’a pas trouvé d’augmentation des anticorps, signe que le virus n’a pas ou seulement très peu circulé à Wuhan après la première vague. Celle de Nature – Medicine a montré que la prévalence diminuait à mesure qu’on s’éloignait de Wuhan, ce qui confirme que dans cette ville où la proportion de gens infectés est la plus élevée en Chine. Et celle du JAMA – Network Open a détecté très principalement un type d’anticorps (immunoglobuline G, ou IgG) qui dure plus longtemps que les autres, et très peu d’une autre sorte d’anticorps (les IgM) qui disparaît assez rapidement après une infection. Comme les prélèvements sanguins ont été faits entre la fin mars et mai 2020, cela suggère qu’il y a eu très peu de transmission à Wuhan après la première vague (décembre 2019 à février 2020).

Certes, si 5 % des 11 millions de personnes qui vivent à Wuhan ont des anticorps, cela signifie qu’environ 550 000 personnes ont été infectées, ce qui est un bon 10 fois plus que le chiffre «officiel» de 50 000 cas confirmés pour cette ville — et même jusqu’à 15 fois si l’on ne considère que les résultats de The Lancet, qui sont un peu plus élevés (6,9 %). Le nombre de nouveaux cas chinois que l’on peut voir un peu partout sur le Web (Worldometer, Our World in Data, etc.) est donc très clairement et très largement sous-estimé.

Mais on ne peut pas en déduire que le régime chinois «cache» des cas : c’est simplement que cet indicateur (le nombre de cas confirmés par tests PCR) est toujours très en-dessous du nombre réel d’infection. Aux États-Unis, par exemple, des travaux publiés dans Nature – Communications ont conclu que le nombre de cas «officiel» sous-estime la propagation réelle par un facteur entre 3 et 20 (!). Les statistiques chinoises tombent au beau milieu de cette fourchette, ce qui suggère qu’ils n’ont pas été trafiqués.

Mentionnons également que le «succès» chinois a fait l’objet de reportages dans des revues médicales réputées comme le British Medical Journal et The Lancet, ainsi que d’autres avis d’experts, ce qui ajoute de la crédibilité à la thèse voulant que la Chine a bien contrôlé son épidémie. La sévérité des confinements — dans certaines villes, un seul membre de chaque ménage était autorisé à sortir pour faire des emplettes une fois à tous les deux ou trois jours — et la forte adhésion aux consignes sanitaires y auraient beaucoup contribué, selon ces articles.

VERDICT

Plutôt vrai. Les chiffres officiels chinois sous-estiment nettement le niveau réel de la contagion, mais pas davantage que dans d’autres pays plus transparents. Et les enquêtes de sérologie sur les niveaux d’anticorps dans la population de Wuhan concordent tout à fait avec l’idée que la Chine a rapidement jugulé l’épidémie sur son territoire et l’a par la suite maintenue sous contrôle.

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