Le tronçon de voie ferrée entre Montréal et Sherbrooke appartenant à CMQR est à vendre.

Vente de la CMQR: l’ACFEM interpelle Ottawa

L’annonce d’une possible vente de la compagnie de chemin de fer Central Maine & Quebec Railway (CMQR) met les municipalités et organisations qui portent le projet de liaison ferroviaire entre Montréal et Sherbrooke sur le qui-vive. Les membres de l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie Montérégie (ACFEM) demandent au gouvernement fédéral d’imposer une série de conditions à cette éventuelle transaction.

« On comprend bien qu’une vente d’entreprise privée peut survenir à tout moment. Mais, l’annonce de la vente de CMQR, détenue par Fortress Investment, laisse planer encore plusieurs interrogations. On ne veut pas rester Gros-Jean comme devant ici. On a un projet porteur. Je suis convaincu que notre initiative est un modèle unique de collaboration entre municipalités, MRC et entreprises privées », a indiqué en entrevue le maire de Bromont, Louis Villeneuve, président de l’ACFEM.

Le maire de Bromont et président de l’ACFEM, Louis Villeneuve

Selon ce dernier, l’intervention d’Ottawa est incontournable dans le dossier. « On demande au gouvernement fédéral, qui a compétence sur le chemin de fer, d’exiger au nouvel acquéreur qu’il investisse pour réparer la voie ferrée pour la rendre sécuritaire, développer des centres de transbordement pour le transport de marchandises et permettre un train de passagers. En faisant ça, le premier ministre Justin Trudeau et son équipe vont démontrer qu’ils s’engagent envers les régions de l’Estrie et de la Montérégie. »

Instrumentalisation ?

L’initiative de l’Alliance, qui prévoit des investissements massifs pour améliorer les infrastructures ferroviaires, a-t-elle été instrumentalisée par la société américaine ? Le président de l’ACFEM croit que non. « Fortress Investment achète à bas prix et maximise son investissement lors de la revente. Mais je ne pense pas que l’entreprise se base sur notre projet pour faire monter les enchères », a fait valoir Louis Villeneuve. 

Rappelons que Fortress Investment a acquis en 2014 la compagnie Montreal Maine & Atlantic Railway (MMA), en faillite après avoir été au coeur de la tragédie de Lac-Mégantic. La société de portefeuille américaine a ainsi créé la CMQR, qui se charge des opérations de la voie ferrée. Au cours des dernières années, l’entreprise a investi pour remettre une partie du réseau de chemin de fer en état. Selon Radio-Canada, les propriétaires veulent vendre leur filiale ferroviaire « au moins » 100 M $. « Je qualifierais le marché de très fort. C’est un marché de vendeurs, il y a donc beaucoup d’intérêt (...) notre espoir est de vendre d’ici la fin de l’année. Nous avons dit par le passé que nous pensions pouvoir obtenir 100 M $ ou plus et je m’en tiendrai à ces chiffres », a indiqué à la société d’État le PDG de Fortress Transportation and infrastructure Investors LTD, Joseph P. Adams.

Le projet de l’ACFEM s’articule autour de trois grands thèmes. Premièrement, la mise à niveau de la totalité de la voie ferrée. Deuxièmement, l’amélioration de la fluidité du transport de marchandises. Et finalement, la mise en service d’un train de passagers entre Montréal et Sherbrooke. L’initiative globale coûterait près de 300 millions de dollars. L’appui des deux paliers de gouvernement est toujours attendu. Le plus récent rapport sur l’actualisation et la bonification des infrastructures logistiques ferroviaires entre les deux villes, produit par Bluejay Advisors en avril, prévoit des investissements de 124 millions de dollars pour déplacer la gare de Farnham, de 91 millions pour la mise à niveau du chemin de fer et de 10 millions pour la construction d’une gare multimodale pour Sherbrooke et Magog. La participation des villes a été estimée à 21,5 millions.