Eloy Campeau, 11 ans, montre une technique d’immobilisation pratiquée sur son instructeur Kiril Goussev, de l’école de jiu-jitsu brésilien Gracie Barra de Granby.

Vaincre l’intimidation par le jiu-jitsu

Il n’y a pas si longtemps, Eloy Campeau refusait d’aller à l’école.

« Ça ne me tentait pas d’y aller, raconte le garçon de 11 ans. Des personnes voulaient se battre. »

« Il ne voulait même pas embarquer dans l’autobus », indique sa mère, Nathalie Godin. Eloy a subi de l’intimidation depuis sa 2e année. Il a reçu beaucoup de coups. Il répliquait quand il avait trop de rage, mais souvent, il ne faisait que se faire tabasser. Il est rentré souvent à la maison en pleurant. »

La situation a changé depuis qu’Eloy suit des cours d’un art martial brésilien d’origine japonaise enseigné par... un Bulgare. Le jiu-jitsu brésilien enseigné à l’école Gracie Barra, à Granby, se distingue de son ancêtre nippon en privilégiant la défense et les coups portés alors qu’on est dos au sol.

Une discipline créée à l’origine pour un enfant handicapé et « développée pour les plus faibles », explique l’instructeur Kiril Goussev, rencontré cette semaine avec son jeune élève à son dojo matelassé de la rue Mountain. « À dos, on a beaucoup plus de moyens de se défendre que debout. »

Bref, le jiu-jitsu brésilien consiste à amener l’adversaire au sol et le maîtriser. Ses techniques sont efficaces même lorsqu’un enfant se mesure à un adulte, comme l’ont démontré Eloy et Kiril lors du passage de La Voix de l’Est.

Projections et protection au sol, immobiliser son opposant, se relever en évitant les coups: en quelques mois, l’élève de l’école Parkview a acquis des aptitudes qui lui ont permis de se protéger, mais surtout d’augmenter sa confiance en lui.

« C’est le jour et la nuit, dit Mme Godin. Il est moins opposant ou agressif, plus souriant et discipliné. Il a des amis, a plus confiance en lui et prend la parole à l’école, ce qu’il ne faisait pas avant. »

Réplique

Surtout, l’intimidation a cessé le jour où Eloy a agrippé un élève qui l’achalait à l’école, l’a projeté au sol et l’a immobilisé en criant « tu arrêtes! ». Le coquin n’a plus recommencé. Parce qu’un intimidateur ne cherche pas à se battre, rappelle M. Goussev, mais bien l’attention et le pouvoir.

« Il faut démontrer qu’on n’a pas peur des bullies », dit l’instructeur élancé. Un langage corporel assuré et une voix ferme peuvent faire le travail; sinon, le coach de jiu-jitsu brésilien suggère trois étapes, tel qu’il l’enseigne lors de séminaires anti-intimidation offerts par son club dans les écoles.

« On ignore d’abord l’intimidateur, mais si ça ne fonctionne pas, on se défend. On ne vise pas à blesser, mais à maîtriser, à le calmer et lui faire comprendre qu’il ne peut rien faire. Ensuite, on cherche un adulte si on voit que d’autres personnes se font intimider. »

L’école Gracie Barra, qui tient une journée portes ouvertes le samedi 31 août, offre dans ses séminaires des exercices pratiques, des jeux de situation ainsi qu’un volet échange et information. Les élèves de tous âges, dès trois ans, sont admis.

Comme Eloy Campeau, qui pratique maintenant le jiu-jitsu plusieurs fois par semaine et rêve à la ceinture noire. Il a aussi contaminé sa famille; son père et sa sœur sont venus grossir les rangs de l’école d’art martial.

« Là, je me vide de la mauvaise énergie et je me remplis de la bonne », dit-il.