« On se sent tous un peu responsables. On se demande toujours si on avait pu faire quelque chose de plus, remarquer des choses (...) », affirme Roger Noiseux, ancien employé de la MMA

Vague de soulagement à Farnham

L’acquittement des trois anciens employés de la Montreal Maine & Atlantic Railway a suscité des réactions de joie vendredi après-midi à Farnham. Les trois hommes sont très connus dans la municipalité, principal point d’ancrage de l’ancienne entreprise ferroviaire.

Roger Noiseux n’a jamais douté de l’issue de ce procès. L’acquittement du Farnhamien Thomas Harding ne faisait aucun doute dans l’esprit de celui qui occupait le poste de superviseur de l’entretien des rails de la MMA au moment de la tragédie. Il était persuadé que les jurés reconnaîtraient son innocence.

« C’est tout un soulagement », a-t-il lancé d’emblée lorsque joint en fin d’après-midi, vendredi. « J’ai parlé à des policiers. Ils m’ont expliqué ce qu’est la négligence criminelle. Que c’était vraiment difficile à prouver, que ça devait ne faire aucun doute. Je connais Thomas. C’est un gars qui travaille bien, qui est consciencieux. Ce n’est pas un criminel. Ces gars-là ont vécu un vrai calvaire pendant quatre ans. »

M. Noiseux a pris connaissance de l’acquittement de M. Harding et de ses deux autres collègues quelques minutes après le verdict. Tous les employés de l’époque de la MMA gardent en eux une profonde cicatrice de l’accident,
a-t-il dit. 

« On se sent tous un peu responsables. On se demande toujours si on avait pu faire quelque chose de plus, remarquer des choses. On travaillait dans des conditions difficiles. Mais jamais on n’a pensé qu’une telle catastrophe pourrait arriver. On ne pourra jamais oublier qu’il y a eu tous ces morts. On aura toujours une pensée pour les gens de Lac-Mégantic. » 

Vent de soulagement

Les citoyens de Farnham sondés par La Voix de l’Est se sont tous montrés soulagés et heureux du dénouement. La première, à qui le journal a appris la nouvelle, a même poussé un cri de joie. « Je suis très contente !, a lancé Françoise, les larmes aux yeux. Je trouvais que ça n’avait pas d’allure d’accuser ces gens-là, surtout Thomas Harding. Je suis certaine que beaucoup de gens vont être contents. »

« On est soulagé, a commenté pour sa part Sonia. On connait bien Thomas Harding, on ne trouvait pas que c’était lui le coupable. C’est un accident. »

La notion d’accident est souvent revenue dans les commentaires, et l’entreprise a fréquemment été pointée du doigt. « C’est la grosse compagnie qui devrait être poursuivie, pas les employés, croit Marcel. Ils ont seulement fait leur travail. »

« Je trouve que le verdict est correct. C’est la compagnie qui a eu de la négligence, reproche Joanie. Thomas Harding a déjà une sentence, celle de vivre avec la tragédie. »

André s’est fait plus nuancé. Originaire de Lac-Mégantic, il connaît quelques-unes des victimes. « La plupart des gens savent que la compagnie est le vrai coupable. Je pense que Thomas Harding avait une part de responsabilité, mais elle n’est pas grande. Il ne méritait pas 10 ans de prison. Et il y a Transport Canada, qui a permis à la compagnie de n’avoir qu’un conducteur par train. »

Sa conjointe était de son côté très heureuse de la décision du jury. « C’est vrai ? Je suis assez contente ! C’est une erreur humaine », a ainsi fait valoir Myriam.

Sollicité par La Voix de l’Est de réagir à la nouvelle, l’assistant du directeur général de la Central Maine & Quebec Railway — l’ancienne Montreal Maine & Atlantic Railway — n’a pas souhaité commenter.