Justin Trudeau a irrité des anglophones en décidant de répondre en français seulement à des questions posées en anglais lors d'une séance de discussion ouverte à Sherbrooke, mardi.

Unilinguisme de Trudeau: le Commissaire aux langues officielles enquête

Le Commissaire aux langues officielles a reçu depuis deux jours onze plaintes liées à la décision de Justin Trudeau de répondre uniquement en français à des questions posées en anglais, mardi, lors de son passage dans les Cantons-de-l'Est. Le gardien des langues officielles a par ailleurs reçu jeudi trois plaintes en sens inverse - parce que le premier ministre avait répondu en anglais seulement à deux questions posées en français en Ontario, la semaine dernière.
M. Trudeau a irrité certains anglophones en décidant de répondre en français seulement à des questions posées en anglais lors d'une séance de discussion ouverte à Sherbrooke, mardi, dans le cadre de sa « tournée citoyenne ». L'une de ces questions portait justement sur l'accès de la minorité anglophone au Québec à des soins en santé mentale dans sa langue.
Le premier ministre a ensuite plaidé qu'il avait voulu parler français parce qu'il se trouvait au Québec, tout comme il avait répondu en anglais, vendredi dernier, à une dame qui lui avait posé des questions en français à Peterborough, en Ontario. Cette décision n'avait alors pas soulevé de vagues, mais depuis, trois plaintes ont été déposées au bureau du Commissaire aux langues officielles.
Mercredi, alors que les critiques des anglophones se multipliaient sur les médias sociaux, M. Trudeau a admis qu'il aurait pu répondre « en partie en anglais » à la citoyenne de Sherbrooke qui lui avait posé deux questions en anglais. Il a plaidé que ce genre de séances de discussion ouverte exigent justement que les réponses aux préoccupations des citoyens soient claires.
Le porte-parole du Commissaire aux langues officielles, Nelson Kalil, a indiqué jeudi que le bureau mènera une enquête sur ces 14 plaintes afin de déterminer si le premier ministre a enfreint la Loi sur les langues officielles. Comme le commissaire ne peut mener une enquête sur un individu en particulier, c'est le Bureau du conseil privé - le « ministère du premier ministre » - qui est ici visé. Selon M. Kalil, l'enquête pourrait prendre de trois à six mois.
Couillard et Lisée réagissent
« Les prochaines fois, je vais m'assurer d'amener un peu plus de bilinguisme », promettait M. Trudeau mercredi, ce qui n'a pas convaincu un organisme de défense des droits des anglophones. Le Quebec Community Groups Network réclame plutôt des excuses et une rencontre avec le premier ministre. « Nous sommes consternés, déçus et particulièrement ébranlés du fait que le premier ministre a fait la sourde oreille », a indiqué Geoffrey Chambers, vice-président de l'organisme.
Interrogé sur cette affaire jeudi, au Sommet de Davos, en Suisse, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, s'est bien gardé de faire la leçon à Justin Trudeau. Il a cependant rappelé sa propre ligne de conduite en la matière: « C'est vrai qu'au Québec, on parle le français, c'est notre langue commune », a-t-il dit. « Lorsque les Québécois de langue anglaise m'interpellent, je leur réponds dans leur langue, et ça va continuer de cette façon. »
Le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, est parfaitement de cet avis. « Dans une assemblée (à Sherbrooke) où la prédominance du français avait été très largement respectée, (M. Trudeau) avait tout à fait le droit de répondre en anglais », a soutenu le chef péquiste, en conférence de presse à Montréal.
« Comme ministre de la métropole, j'ai répondu à des questions en anglais, j'en réponds à toutes les conférences de presse, j'ai fait des événements en anglais seulement avec la communauté anglophone. Pour nous, Québécois, et hommes politiques et femmes politiques québécois, le français est la langue officielle et commune - et il nous arrive d'être courtois. »
Selon M. Lisée, le premier ministre Trudeau démontre qu'»il n'a simplement jamais correctement réfléchi sur les questions d'identité », qu'il « n'a pas les pieds solidement plantés sur une compréhension de la réalité linguistique et identitaire du Canada ». Le chef péquiste a cité les déclarations de M. Trudeau sur l'unilinguisme anglais de la capitale nationale et sur la loi 101, ou encore son idée d'un Canada qui serait le « premier pays postnational au monde », « sans identité centrale ».
M. Lisée a répondu en anglais à la même question posée dans cette langue.