Marie-Pier Arès a participé à un voyage humanitaire, à Haïti. Elle a réussi à sortir du pays de justesse, dimanche dernier.

Une Waterloise dans le chaos de Port-au-Prince

Un voyage humanitaire qui devait se passer sans anicroche a pris une tournure beaucoup plus stressante pour la Waterloise Marie-Pier Arès. Avec un groupe de Québécois ayant le cœur sur la main, elle a posé le pied à Haïti le 3 février pour repeindre une école. Ce n’est qu’in extremis qu’elle a pu revenir au Québec une semaine plus tard, en pleine révolte haïtienne.

Des rumeurs de manifestations circulaient déjà à l’arrivée des 16 Québécois, dont quatre sont reliés à la Fondation des Anges d’Alex. Alors que le groupe devait dormir à Port-au-Prince avant de se déplacer vers Torbeck, où le travail humanitaire allait être effectué, ils ont immédiatement été amenés dans la commune pour éviter les violences attendues le lendemain.

« Là-bas, ils savent 24 h à l’avance qu’il y aura une manifestation, raconte vendredi la Waterloise au téléphone, sur la route qui la ramène à la maison. Habituellement, ça dure 24 h, après ça la poussière redescend, les débris sont ramassés et c’est terminé. »

Du village, ils apprennent que la manifestation antigouvernementale n’a pas eu lieu, puis qu’elle se tiendra plutôt le jeudi 7 février. Encore là, aucun problème pour le vol du retour, qui doit se faire le dimanche suivant.

« Comme on est à six heures de Port-au-Prince, on ne le sent pas trop dans le petit village, tout va bien. C’est un beau village, les gens sont magnifiques. [...] C’était prévu que le samedi on dorme à Port-au-Prince pour repartir dimanche. Plus ça avançait, plus on nous disait qu’on ne pouvait pas prendre la route. »

Le samedi, c’est plutôt dans un hôtel près de Torbeck que le groupe est logé. Les routes sont impraticables et dangereuses. Des gens sortent les passagers des autobus, brûlent les véhicules, lancent des objets et, parfois, ces violences mènent à des drames.

Recherche de solution

Comme il ne sera pas possible de rallier Port-au-Prince par la voie terrestre, les discussions et les réflexions se poursuivent toute la nuit pour les responsables de la fondation afin de trouver une solution, raconte Mme Arès.

« Le dimanche matin, on a un meeting. On nous annonce que ça ne sera pas possible. Il a fallu prendre des décisions super vite. Le problème n’est pas de prendre le vol à Port-au-Prince, c’est de s’y rendre. Les gens sont vraiment en furie. Toute la gang pleure, on est stressé. J’étais sûr qu’on allait laisser notre peau ici. »

Ces manifestations ne se déroulent pas uniquement dans la capitale, mais aussi dans les autres grandes villes de la Perle des Antilles. Comme les routes sont impraticables, il reste la voie des airs à partir du petit aéroport des Cayes, aussi touchée par les violences. C’est vers cette option qu’ils se tournent, à quelques minutes d’avis.

« Finalement, on pouvait nous rapatrier à Port-au-Prince avec trois avions. Ça nous coûtait 9000 $ américains au total. Le premier des trois vols décollait une heure plus tard. »

Elle devra assumer une facture de 600 $ pour le vol entre Les Cayes et Port-au-Prince puisqu’elle n’avait pas d’assurance pour un tel imprévu.

Les voyageurs humanitaires ont réussi à rejoindre l'aéroport de Port-au-Prince après plusieurs péripéties.

Le stress à son comble

« On est embarqué dans la valise d’un pick-up. Même les Haïtiens qui nous conduisaient au petit aéroport des Cayes étaient vraiment stressés, ils avaient hâte d’arriver et ils avaient surtout hâte de revenir à Torbeck parce qu’ils savaient ce qui s’en venait. »

Par chance, aucune embuscade ne leur a été tendue sur la route. Quelques heures plus tard, tout le monde était réuni dans un aéroport secondaire de Port-au-Prince. Cependant, le niveau de stress n’était toujours pas tombé puisqu’il fallait rejoindre l’aéroport principal d’où décollaient les avions d’Air Transat.

« Il a fallu traverser la ville. Ça brûlait de partout. On était en plein dedans, confie Marie-Pier Arès. Dès qu’on a mis les pieds dans l’aéroport, on se savait en sécurité. »

Le groupe a réussi à se rendre sans encombre et tout le monde est rentré sain et sauf. Dans l’aéroport, la sécurité était à son maximum, ce qui permettait aux avions d’atterrir et de décoller.

« Je suis encore dans l’émotion. Ça a changé ma vie. Ça bouleverse beaucoup, mais à travers tout ça, les Haïtiens forment tellement un beau peuple. Ce qui se passe en ce moment, c’est essentiel pour eux. Ils n’ont plus de conditions de vie. Ils sont tellement pauvres, mais ce sont des gens riches de cœur. »

La situation n’est pas rose pour les villageois loin des grands centres, même s’ils ne participent pas aux manifestations. « À Torbeck, la route est coupée. Ils n’ont plus accès aux ressources, ils ne peuvent plus aller au marché, constate à distance Mme Arès. Déjà que c’était difficile d’avoir de la nourriture. Ils vivent sur leurs réserves et ne savent pas quand ça va se terminer. »


«  J’étais sûr qu’on allait laisser notre peau ici.  »
Marie-Pier Arès

Elle s’était rendue à Torbeck pour donner un coup de fraicheur à l’école de la commune. Malgré tout ce qui s’est passé à la fin du voyage, elle garde de magnifiques souvenirs.

« Je vais y retourner. J’ai passé une semaine merveilleuse, c’était enrichissant. Il faut voir le juste milieu. Mais oui, j’ai eu la peur de ma vie. J’étais sûre de ne pas revenir. [...] On a été chanceux d’être rapatriés à temps. »

Le mouvement antigouvernemental s’est formé le 7 février pour protester contre l’absence d’amélioration des conditions de vie des Haïtiens. Ceux-ci rejettent la faute sur le président Jovenel Moïse.

De son côté, le Canada recommande à ses citoyens d’éviter tout voyage en Haïti. Plus d’une centaine de touristes québécois sont toujours bloqués dans le pays insulaire, dont 25 élèves du secondaire de Victoriaville.