Près de 120 tortues molles à épines nouvellement nées ont été relâchées à Pike River lundi, suivies d’une vingtaine d’autres mardi.

Une véritable pouponnière pour les tortues menacées

Le lac Champlain accueille de nouveaux arrivants cette semaine : des dizaines de tortues molles à épines, fraîchement sorties de leur œuf après une incubation au Zoo de Granby, ont été relâchées à Pike River lundi et mardi. Cette campagne répétée chaque année depuis 2009 vise à réhabiliter l’espèce menacée — un projet qui devrait porter ses fruits sous peu.

« La tortue molle à épines est considérée comme une espèce en voie de disparition au Canada, et au Québec, c’est une espèce menacée, d’où nos efforts pour sauver cette espèce-là ! », explique d’emblée Isabelle Devost, coordonnatrice à la conservation au Zoo de Granby.

Depuis 2009, l’équipe de rétablissement de la tortue molle à épines récolte délicatement les œufs à Pike River — le seul site de ponte au Québec, insiste Mme Devost —, pour ensuite les faire incuber au Zoo de Granby jusqu’à leur éclosion. Dès que les petits reptiles se libèrent de leur coquille, ils sont remis à l’eau au site de ponte dans les 24 à 48 heures.

Jusqu’à présent, les membres de l’équipe de rétablissement de la tortue molle à épines ont relâché ainsi plus d’un millier de tortues à Pike River, auxquels s’ajoutent les 120 nouveau-nés libérés lundi et la vingtaine de plus mardi.

« Nous devrions avoir des éclosions jusqu’à la semaine prochaine. Il en reste environ la moitié à éclore, puisque nous avions 260 œufs en incubateur cette année », précise la coordonnatrice.

Ni crocs ni crues
Mais pourquoi ne pas laisser simplement les œufs sur place pour que la nature fasse son travail ? Parce que cette espèce menacée, dont la seule population connue au Québec se situe dans la région du lac Champlain, est progressivement poussée vers la disparition par l’être humain et la météo.

« L’activité humaine favorise la prolifération de la faune urbaine, comme les ratons laveurs ou les mouffettes, qui sont des prédateurs importants [pour les œufs et les nouveau-nés] », détaille Mme Devost.

Elle ajoute que les inondations qui surviennent « aux deux ou trois ans » réduisent elles aussi les naissances.

Conséquence : le taux d’éclosion est de 28 % en nature, contre 83 % par incubation au Zoo.

Quant à savoir si les effets de ce petit coup de pouce donné à l’espèce se font ressentir, il faudra encore faire preuve d’un peu de patience, mais les observations sur le terrain semblent de bon augure.

« Dans les prochaines années, on va commencer à voir l’impact des travaux qui ont commencé il y a presque 10 ans », prévoit Isabelle Devost, en rappelant que la maturité sexuelle des femelles apparaît vers 10 à 12 ans et vers 8 à 10 ans pour le mâle. Il faut donc attendre encore quelques saisons de reproduction pour voir si les naissances vont augmenter.

Cela étant dit, des individus de différentes tranches d’âge ont été observés au courant des dernières années, donnant bon espoir que l’opération sera un succès.

Autre avantage
En plus d’augmenter considérablement le taux d’éclosion, le séjour des tortues au Zoo de Granby donne aussi l’opportunité aux scientifiques d’installer des petits émetteurs à certains individus pour pouvoir les étudier une fois relâchés.

« La tortue molle à épines est quand même une espèce qui est très cryptique, qui se camoufle très bien dans son environnement. Les jeunes vont s’enfouir dans la vase, donc ils sont très difficiles à repérer autrement qu’en utilisant [les émetteurs] », souligne Mme Devost.

Les appareils ont ainsi permis d’en apprendre davantage sur les comportements et le type d’habitat préféré par les populations juvéniles, des informations qui seront utiles pour protéger davantage l’espèce menacée.