Martine Aird, ambulancière pour Dessercom à Acton Vale, déplore « l’inaction » du gouvernement libéral concernant l’abolition des horaires de faction dans la région.

Une tragédie évitée de peu

Le dossier de l’abolition des horaires de faction fait à nouveau surface dans la région. La Voix de l’Est a appris que deux ambulanciers ont récemment frôlé la catastrophe. Leur véhicule d’urgence a fait une sortie de route en plein quartier résidentiel, alors qu’ils étaient en direction de l’hôpital de Granby avec un patient à bord, après que le conducteur se soit endormi au volant.

« Va-t-on attendre qu’il y ait des morts avant d’abolir les 7/14 ? On est là pour assurer la sécurité des patients, pas pour mettre leur vie et la nôtre en danger. [...] Il faut que ça bouge. Le ministre de la Santé doit se réveiller. On ne peut plus tolérer l’inacceptable », déplore l’ambulancière Martine Aird, qui fut impliquée dans l’accident.

Propres aux régions rurales et communément appelés les « 7/14 », les horaires de faction obligent les ambulanciers à demeurer sur le qui-vive à la maison 24 sur 24 durant une semaine entière. Suivent sept jours de congé. Dès qu’un appel d’urgence entre, les paramédicaux, qui résident à moins de cinq minutes du quartier général, doivent s’y rendre le plus rapidement possible pour partir avec un partenaire.

Lorsque l’accident est survenu, Martine Aird et son collègue, qui travaillent pour l’entreprise Dessercom établie à Acton Vale, menaient un marathon de 24 h de travail, amorcé samedi dernier à 8 h. « Même si on a eu quelques pauses durant la journée, on n’a pas pu dormir vraiment », précise la représentante syndicale.

Feu roulant
Ainsi, en soirée, les ambulanciers ont eu un appel à 18 h 21. L’intervention s’est terminée à 20 h 04 au centre hospitalier de Granby (CHG). Ensuite, pas de répit. Les paramédicaux sont repartis vers Lac-Brome. Le patient a été transporté à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins de Cowansville. Il était alors près de minuit. Après être passés faire le plein de matériel à Granby, notamment de l’oxygène, les coéquipiers ont dû partir en direction de Roxton Falls vers 1 h 30 dimanche matin. La sortie de route est survenue vers 3 h sur le chemin du retour vers le CHG. « J’étais avec le patient à l’arrière. Heureusement, son état était stable. Un moment donné, ça s’est mis à brasser pas mal dans l’ambulance. On était à environ 10 minutes de l’hôpital. Je pensais que mon collègue avait voulu éviter un chevreuil ou quelque chose du genre », se remémore Martine Aird.

Selon l’ambulancière, le pire a été évité. « Ça aurait pu être une tragédie. L’ambulance a arrêté sur le terrain d’une résidence après avoir passé une bande de ciment. On aurait pu faire des tonneaux, frapper quelqu’un qui marchait sur le bord de la route ou une auto qui venait en sens inverse. Mon collègue est très responsable. Sa concentration a lâché tout d’un coup. S’il avait su qu’il allait potentiellement s’endormir au volant, jamais il n’aurait conduit. Continuer avec des horaires comme on a, c’est impensable », clame-t-elle. Malgré l’accident, le duo a pu reprendre la route après une vérification sommaire des dommages sur le véhicule. Le patient s’en est sorti indemne et a pu être transporté au CHG. Or, malgré l’accident, le tandem d’ambulanciers a dû rester en poste jusqu’à 8 h.

Longue haleine
Après plusieurs décennies à réclamer l’abolition des horaires de faction, une mesure qui devait initialement être temporaire, des services ambulanciers de la région ont obtenu gain de cause. Après Cowansville à la fin de 2017, l’abolition de ce type de quart de travail s’est récemment concrétisée à Waterloo. Toutefois, leurs collègues de Farnham, Acton Vale et Bedford sont toujours assujettis aux « 7/14 ».

Selon le Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie-CSN (SPPM-CSN), les horaires de faction allongent indument le temps de réponse des ambulanciers. En ce sens, La Voix de l’Est rapportait le 9 juin qu’un ambulancier, en route pour rejoindre son coéquipier à la caserne à Farnham, est demeuré coincé dans le trafic en raison du passage d’un train. Ce qu’a vivement déploré le SPPM-CSN.

Les horaires de faction engendrent également une panoplie d’irritants dans le quotidien des paramédicaux. « Même si je suis en congé, je ne dors jamais bien parce que je suis habituée à rester toujours alerte au cas où il y aurait un appel d’urgence. Et je ne peux jamais entreprendre quoi que ce soit quand je travaille parce que je peux devoir partir à tout moment, fait valoir Martine Aird. C’est très difficile physiquement et [psychologiquement]. »

Le président de la section Granby de la FTPQ, Jean Papineau, réitère que le maintien des horaires de faction compromet la sécurité de la population.

« IL Y A URGENCE D'AGIR »

Le maintien des horaires de faction compromet la sécurité de la population. Le récent accident à Granby impliquant deux ambulanciers, dont le quartier général est à Acton Vale, en est une preuve éloquente, clame Jean Papineau, président de la section Granby de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec (FTPQ). 

« La fatigue finit toujours par rattraper les paramédics. Avec les 7/14, ce sont des “shifts” qui n’en finissent plus. Les risques d’erreurs ou d’accidents de la route sont bien réels, malgré le professionnalisme des ambulanciers. En 2018, on ne peut plus justifier des horaires de travail comme ça », fait valoir M. Papineau.

Propres aux régions rurales et communément appelés les « 7/14 », les horaires de faction obligent les ambulanciers à demeurer sur le qui-vive à la maison 24 h sur 24 durant une semaine entière. Suivent sept jours de congé. Dès qu’un appel d’urgence entre, les paramédicaux — qui résident à moins de cinq minutes du quartier général — doivent s’y rendre le plus rapidement possible pour partir avec un partenaire.

Selon l’ambulancier, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, doit arrêter de faire la sourde oreille. « On a aboli les horaires de faction à Cowansville et à Waterloo. Mais, comment peut-on justifier que ça continue à Acton Vale ou ailleurs dans la région, alors que le territoire à couvrir est énorme. Est-ce que le gouvernement souhaite avoir un service ambulancier à deux vitesses ? Ce n’est pas parce que tu habites dans une région rurale plutôt qu’en milieu urbain que ta santé est moins importante. [...] Les 7/14 doivent être abolis. Il y a urgence d’agir », déplore le président de la FTPQ.

De plus, M. Papineau concède que le maintien des horaires de faction a une importante incidence sur le recrutement d’ambulanciers. « Quand une personne peut avoir un horaire [régulier] plutôt que de faire du 7/14, dit-il, le choix n’est pas trop difficile. »