Reconnu coupable des meurtres de Nancy Beaulieu et Martin Bélair, Giuseppe de Leto a été condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Une seule peine maximale pour Giuseppe de Leto

Contrairement à son complice, l’auteur d’un double meurtre commis à Acton Vale en 2015 ne risque pas de purger de peines maximales consécutives.

La Couronne a déclaré mardi qu’elle ne requiert pas cette disposition au dossier de Giuseppe de Leto, reconnu coupable par jury, le 20 mars, de deux accusations de meurtre prémédité et de deux de complot pour meurtre.

En compagnie de son complice Francis Yergeau, l’homme de 37 ans a mis fin aux jours de Nancy Beaulieu et de Martin Bélair, un couple qui gérait un bar de danseuses nues à Saint-Hyacinthe.

Leur plan visait à extorquer ensuite de l’argent au copropriétaire du bar en prétextant que M. Bélair leur devait une forte somme.

Profil

La preuve déposée au procès de M. de Leto n’était pas favorable à l’application de peines maximales consécutives, a indiqué Me Marie-Claude Morin, de la Couronne. L’accusé a donc été condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

« La preuve retenue n’implique pas M. de Leto comme le tueur ou l’auteur réel, a-t-elle précisé à sa sortie de la salle d’audience. C’est ce qui distingue ce dossier. Je n’ai pas non plus son profil psychologique et nous savons que ce n’était ni un crime raciste ou sexiste, mais motivé par l’appât du gain. »

Elle a ajouté que l’accusé n’avait pas d’antécédents violents.

« Je pense que les proches des victimes comprennent, a dit Me Morin. Ils ont pris le temps de m’écouter et c’est surtout le verdict de culpabilité qui était important pour eux. »

Facteurs

À la défense, Me Marc Labelle a estimé lui aussi que cette décision respecte la jurisprudence récente. « Je ne vois pas pourquoi on aurait pu demander 10 ans de plus que le tueur de la mosquée de Québec », a-t-il indiqué à La Voix de l’Est. [NDLR : Alexandre Bissonnette a été condamné à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans.]

« Avant d’utiliser cette disposition-là [des peines maximales consécutives], il faut vraiment avoir des facteurs aggravants particuliers et pas de signe de réhabilitation. »

Contrairement au procès de Francis Yergeau, trouvé lui aussi coupable de deux meurtres prémédités en décembre dernier, la preuve au procès de Giuseppe de Leto était « exclusivement circonstancielle », a souligné Me Labelle.

M. Yergeau avait fait des aveux lors de son interrogatoire policier, ce qui n’a pas été le cas de son complice. Il est toujours en attente de sa peine.

Me Labelle a par ailleurs rappelé qu’une sentence de prison n’implique pas que l’accusé obtienne automatiquement sa libération après 25 ans. Statistiquement, seuls 15 % de tels détenus retrouvent leur liberté après cette période.

Stress

Les proches des victimes ne partagent pas sa satisfaction.

« Je ne suis pas d’accord, j’aurais préféré qu’il ait 50 ans, a indiqué la mère de Nancy Beaulieu, Hélène Deshaies. Mais je ne peux rien y faire. De toute façon, je ne serai probablement plus là quand il demandera une libération conditionnelle. »

Sa fille Véronique, de son côté, compte bien se faire éventuellement entendre par la Commission des libérations conditionnelles. D’ici là, elle a dit « vivre bien » avec la décision de la poursuite de ne pas demander davantage qu’une peine de prison à vie.

Ex-conjointe de Martin Bélair, Chantal Levert a elle aussi dit comprendre la décision de la poursuite, bien qu’elle la juge « décevante ».

« C’est sûr que j’aurais préféré que ça soit 50 ans, a-t-elle dit. Dans 25 ans, ça sera un autre stress s’il veut sortir. »

Mme Levert est néanmoins « satisfaite de voir la lumière au bout du tunnel » après tant d’années d’attente et de procédures judiciaires.

« L’important, c’est que justice soit rendue et qu’il passe du temps en dedans. »