Daniel Lacombe, propriétaire de la Casa du spaghetti à Granby
Daniel Lacombe, propriétaire de la Casa du spaghetti à Granby

Une sensation de déjà-vu pour les propriétaires de restos et de bars

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Les entrepreneurs sont reconnus pour leur fougue et leur audace. La seconde fermeture des salles à manger et des bars, engendrée par le passage en zone rouge de l’Estrie, a poussé certains d’entre eux à dépasser leurs limites, même s’ils avouent que la situation dans laquelle ils sont plongés est loin d’être évidente.

« Ce serait de vivre dans le déni de penser qu’on ne tomberait pas en zone rouge », lance tout de go Martin Gagnon, propriétaire de l’Attelier Archibald à Granby. Mais le restaurateur refuse de baisser les bras devant cette nouvelle qui l’a « frappé », lundi. « On a le choix de pleurer sur notre sort ou de continuer à créer malgré tout », croit-il.

Carburant aux projets, le restaurateur a voulu prendre les devants avant de se laisser surprendre une deuxième fois par la fermeture des salles à manger. Ainsi, il lance dès jeudi une boîte hebdomadaire incluant trois repas concoctés par un chef réputé différent toutes les semaines. Le premier ? Danny St Pierre. En tout, sept commerces locaux collaborent à l’élaboration de ces repas pour deux personnes. « On va se changer les idées comme ça ! »

Devoir mettre à pied tout le personnel travaillant en salle à manger est sans aucun doute ce qui l’attriste le plus. L’écho est le même du côté de Daniel Lacombe, propriétaire de la Casa du spaghetti à Granby, qui n’a pas beaucoup dormi en apprenant que l’Estrie passait au palier d’alerte maximale.

Le propriétaire ne gardera que cinq employés en poste sur les 25. « Pour certains, ce n’est pas facile de ne pas avoir de paie. C’est du stress pour tout le monde. »

Même si le restaurant de la rue Principale accueillait 50 % moins de clients, M. Lacombe est d’avis qu’il est tout de même plus rentable d’avoir des clients en salle à manger que de faire des commandes pour emporter. Il a aussi choisi de réduire ses heures d’ouverture pour être en service du jeudi au dimanche soir.

Comme tous les restaurateurs sondés, M. Lacombe compte sur l’aide au loyer et salariale pour pouvoir passer à travers cette période trouble.

Martin Gagnon, propriétaire de l’Attelier Archibald à Granby

Cédrik Duhamel, copropriétaire des Rôtisseries Duhamel et du Esmond, avait espoir que la région puisse éviter de passer au rouge. Loin de se laisser abattre, lui et ses partenaires avaient déjà entrepris une démarche pour lancer le service de commandes en ligne. Dès jeudi, il sera donc possible de faire des transactions via leur site web esmond.ca.

Les commandes pourront être récupérées au restaurant, mais un service de livraison sera aussi offert, a-t-il fait savoir. « On va beaucoup se baser sur le modèle du Duhamel. Ce n’est pas de l’inconnu pour nous. »

M. Duhamel ne cache toutefois pas qu’il préfère nettement avoir des clients dans son resto que d’avoir à faire de la livraison. « L’alcool, c’est 50 % de notre chiffre d’affaires au Esmond », calcule-t-il.

La gérante du bar Le Rustique, Guylaine Ouellet, était «attristée» par la fermeture des bars. Elle dit avoir l’impression de payer pour le comportement des autres, alors que toutes les mesures sont respectées à l’intérieur du bar qu’elle gère depuis sept ans.

« Notre dizaine d’employés mis à pied est en pleurs et ils ne savent pas combien de temps tout ça va durer. »

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«NOUS SOMMES BIEN RODÉS»

Les établissements d’hébergement touristique n’ont jamais été à l’arrêt depuis le début de la pandémie. Marie-Joëlle Bourdeau, directrice des ventes et marketing à l’Hôtel le Castel de Granby, avance toutefois qu’il y a une « forte baisse » d’achalandage.

« On reçoit une clientèle d’affaires qui a le droit de se déplacer entre les régions pour le travail. Mais pour le tourisme d’agrément, depuis septembre, c’est très faible », constate-t-elle. La fréquence de nettoyage a été augmentée et les mesures sanitaires sont bien respectées par les clients et employés, dit-elle.

« On est bien rodés. C’est une habitude qu’on a prise depuis le mois de mars, alors c’est notre nouvelle réalité. »

Il faut savoir qu’il est possible de louer une unité dans un établissement d’hébergement touristique situé dans une région en zone rouge. Mais le gouvernement du Québec rappelle « que les déplacements vers les régions qui sont sous alerte maximale [zone rouge] sont fortement déconseillés. De plus, seules des personnes résidant à la même adresse peuvent partager une unité d’hébergement ».

Et pour ce qui est des hébergements ouverts, les rassemblements y sont interdits, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs, et les restaurants des lieux doivent fermer leur salle à manger.