D'une superficie de 21,1 hectares, la réserve naturelle Claude-Tétrault se trouve au coeur de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford. L'ensemble de la tourbière compte 200 hectares.

Une réserve naturelle de 21 hectares créée à Saint-Joachim

La conservation de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford est en marche. Une superficie de 21,1 hectares vient de se voir octroyer le statut de réserve naturelle. Les discussions se poursuivent pour convaincre une douzaine d'autres propriétaires de protéger les 180 hectares restants de la tourbière.
«Ces services écologiques profitent à toute la collectivité. Tout ça grâce à des sphaignes (mousse qui recouvre les tourbières)», explique le géographe et botaniste Daniel Cyr.
La réserve naturelle portera of­ficiellement le nom de Claude Tétrault, en hommage à l'environnementaliste emporté en décembre 2007 par le cancer. « Il m'a invité quelques fois pour visiter la tourbière, mais avec mon entreprise, ça n'adonnait pas bien. J'ai pu la visiter il y a deux ans. J'ai vu toute sa richesse et j'ai compris pourquoi on devait la protéger. Mon seul regret est de ne pas l'avoir visitée avec Claude », a raconté le maire René Beauregard lors du point de presse lundi annonçant la création de la réserve naturelle. « Il s'est beaucoup donné pour notre région. Il l'a fait avec énergie. »
Homme engagé, déterminé, têtu, diront certains, M. Tétrault a mené plusieurs combats dans les années 1990 et 2000. Il s'est surtout fait connaître pour avoir empêché l'agrandissement du site d'enfouissement de la compagnie F & M Bessette à Sainte-Anne-de-la-Rochelle. Gilbert Comtois, aux côtés de qui il a mené cette lutte, se rappelle la passion qui l'animait dans ses actions. 
« Le propriétaire du site voulait acheter toutes les terres alentour et agrandir le dépotoir en amenant des déchets d'un peu partout. Claude espionnait les camions qui venaient. Il faisait ça jour et nuit. Il avait un scan et écoutait les conversations des chauffeurs. Les déchets arrivaient de Montréal­, des États-Unis. Il y avait aussi des déchets bio­médicaux. On ne savait pas exactement­ ce qui était enfoui. »
Cette surveillance des activités au dépotoir a permis à M. Tétrault de présenter un dossier complet au ministre de l'Environnement de l'époque, Pierre Paradis, a dit M. Comtois. « Le ministre n'était pas content. Ce ne sont pas les informations que le ministère lui avait données », explique-t-il.
L'agrandissement a finalement été abandonné après un rapport défavorable du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.
Pour M. Comtois, il ne fait aucun doute que l'acharnement de M. Tétrault a fait dérailler le projet. « Quand il s'attaquait à un dossier, il ne le lâchait pas. Jamais. C'était un pitbull. »
Services écologiques
Le but de protéger les tourbières est multiple, signale Daniel Cyr. Le géographe et botaniste, membre de la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes du territoire de la Haute-Yamaska (SÉTHY), rappelle que les tourbières filtrent non seulement l'eau avant qu'elle atteigne la nappe phréatique, mais qu'elles gèrent son cycle en la retenant lors de fortes averses, prévenant les débordements de rivières et de lacs.
« Ces services écologiques profitent à toute la collectivité. Tout ça grâce à des sphaignes (mousse qui recouvre les tourbières) », explique-t-il. « En plus, ça capte le carbone. C'est le végétal le plus efficace­ pour retenir le carbone. »
Les tourbières abritent également un vaste écosystème composé d'une grande variété d'espèces animales et végétales, ajoute le biologiste Alain Mochon. « Elles sont essentielles à la biodiversité. »
La création de la réserve naturelle Claude-Tétrault est le point de départ d'un grand projet, pense François Leduc, directeur général de la Fondation SÉTHY. Il faut maintenant convaincre les propriétaires des autres terrains se trouvant dans la tourbière de faire des gestes pour assurer la conservation du site. « On les rencontre et on leur parle des options de conservation. On est là pour les accompagner là-dedans. »