Jean Houle, le président du Club de quad 3 et 4 rours de l’Estrie
Jean Houle, le président du Club de quad 3 et 4 rours de l’Estrie

Une première piste durable de quad pourrait voir le jour le long de l’A10

Lorsque mère Nature tire la couverture blanche de l’hiver sur le Québec, les amateurs de véhicules tout-terrains peuvent prendre d’assaut les centaines de kilomètres de sentiers qui ouvrent pour la saison froide. L’été, toutefois, bon nombre d’entre eux sont fermés puisqu’ils peuvent être dangereux. C’est le cas de la piste qui borde l’autoroute 10, entre Granby et Ange-Gardien. Mais cela pourrait être chose du passé, puisqu’une première piste durable de quad pourrait voir le jour.

Après sept ans de négociation entre le ministère des Transports (MTQ), le Club de 3 et 4 roues de l’Estrie et la Fédération québécoise des Clubs Quads (FQCQ), la première phase de la construction d’un sentier durable, pensé à la manière des « interprovinciales » qui relient plusieurs Clubs de quad de la province, a débuté au mois de février 2019.

Le tout s’est amorcé avec la sécurisation du sentier pour en faire la première piste adjacente à une autoroute au Québec.

L’enveloppe budgétaire initiale de 300 000 $ sera finalement d’environ 500 000 $ pour la première phase des travaux. Ceux-ci couvrent le tronçon qui se trouve en Montérégie au nord de l’A10 à partir du kilomètre 55 à Ange-Gardien jusqu’au kilomètre 62. Ils devraient être terminés pour l’automne.

La moitié des coûts est assumée par le MTQ, alors que l’autre est partagée entre le Club de 3 et 4 roues de l’Estrie et la FQCQ.

Normes à respecter

« C’était un secteur très magané », affirme Jean Houle, président du Club de quad 3 et 4 roues de l’Estrie.

« Il y a deux ans, c’était surtout des activités illégales qui se donnaient là. Donc, quand on arrivait pour passer là en hiver, ce n’était pas évident », se souvient-il. Quand vient le temps de surfacer l’hiver, c’est vraiment plus facile maintenant. On n’a plus à remplir les trous qui ont été faits pendant l’été. »

Les ponts de bois qui permettaient de passer au-dessus de certains ruisseaux ont été remplacés par des ponceaux, une solution plus durable et facile d’entretien.

Par contre, contrairement à un sentier en pleine forêt, il y a davantage de normes à respecter lorsqu’on construit un sentier à proximité d’une autoroute.

Une clôture viendra donc séparer la piste et l’autoroute pour empêcher les quadistes d’y embarquer avant de leur donner le feu vert. Jean Houle espère qu’elle sera construite avant la fin de l’été, mais admet qu’ils « sont en train de compter leurs sous ».

« Au niveau des critères de construction, il faut suivre des devis bien précis et respecter des normes. C’est quand même très différent que de faire des sentiers en plein bois, où nous ne sommes pas assujettis à autant de normes. Tu ne verras pas beaucoup de glissières en plein bois », précise-t-il.

« À mi-chemin »

« Nous sommes à peu près à mi-chemin du projet de sentier durable », indique le président du Club de 3 et 4 roues de l’Estrie, puisque pour en faire une piste durable, elle doit être accessible lorsque la rivière Yamaska reprend ses droits le printemps venu, ce qui nécessite la construction d’un ponceau.

Une demande de subvention a été faite pour les travaux de la phase 2, qui permettront de rejoindre la route 139 à partir du km 62 jusqu’au km 68, sur le territoire de l’Estrie. Les négociations sont toujours en cours, puisqu’il s’agit d’une expérience nouvelle.

« La phase 1 est importante, car elle va servir d’exemple pour le futur », indique M. Houle.

Pour joindre la 139, la construction d’une passerelle d’une voie qui traverserait la rivière Yamaska est donc essentielle. « La deuxième étape est beaucoup plus compliquée et on ne parle pas du même coût », indique Jean Houle, précisant qu’il faut prévoir environ 1,6 million de dollars pour la levée de terre de cette étape.

L’objectif ultime est de permettre aux quadistes de se rendre jusqu’à la sortie 118 pour rejoindre le Club de Quad des Frontières-Estrie à Magog, afin d’augmenter la superficie de kilomètres accessibles durant l’été, qui est actuellement d’environ 30 kilomètres.

Ce faisant, estime le président du Club 3 et 4 roues de l’Estrie, le projet aurait des retombées économiques dans la région, mousserait l’offre touristique et redonnerait une bouffée d’air aux différents Clubs de Quads de la province qui battent de l’aile.

« En Montérégie, l’offre est très limitée durant l’été et tu n’as pas le choix de voyager, déplore Jean Houle. C’est difficile de développer, considérant que le quad se pratique plus durant l’été... »

Pire avec les années

Il n’y a pas que les quadistes qui demandent que la piste soit accessible tout au long de l’année. Les agriculteurs dont les terres bordent le secteur sont exaspérés des dommages que les adeptes intrépides font sur leur terrain en tentant de rejoindre illégalement la piste durant la période estivale. La fréquence des incidents est en augmentation dans les dernières années.

« Ils ne sont plus capables de passer sur le terrain de l’autoroute et c’est rendu qu’ils coupent les broches et passent partout dans les champs », rapporte un agriculteur qui a voulu garder l’anonymat. Ce dernier affirme être pris avec cette problématique depuis des années. Il dit également avoir dû dépenser d’importantes sommes pour réparer les dommages.

En plus de faire des dommages matériels, ils abîment l’environnement. « Ce qui est triste là-dedans c’est qu’ils vont passer dans la rivière, ils vont circuler dans des endroits qui ne sont pas prévus pour ça, ils vont embarquer sur l’autoroute pour contourner certains obstacles », dénonce Jean Houle. Une liste de gestes qui irritent aussi le MTQ et qui nuisent aux négociations.

C’est pourquoi le président du Club de 3 et 4 roues de l’Estrie réitère sa demande aux contrevenants de respecter la signalisation en place. « On demande aux membres, en attendant qu’on réussisse à en faire une piste durable, de respecter la loi et de ne pas y aller l’été. C’est plus facile pour nous autres, à ce moment-là, de négocier avec le MTQ. »

Il n’a pas été possible de discuter avec le MTQ et le FQCQ.