Les problèmes remontent à la construction de l’immeuble par le choix d’un revêtement «inadéquat et mal installé de surcroît», indique-t-on dans le rapport d’expertise commandé par les copropriétaires.

Une poursuite de 885 000$ pour des infiltrations d’eau dans des murs d'immeubles à Sutton

Un groupe de copropriétaires de condos poursuit plusieurs entreprises de la région impliquées dans la construction de leurs immeubles sous prétexte que le revêtement extérieur de ceux-ci aurait été mal installé, permettant à l’eau de s’infiltrer et de s’accumuler entre les murs.

À la fin septembre, soit trois ans jour pour jour après la découverte d’importantes infiltrations d’eau dans les murs des copropriétés construites à Sutton en 2004, l’avocat du syndicat des copropriétaires Altitude Phase II a déposé un recours en Cour supérieure à l’encontre de l’entreprise césairoise Gestion et construction Girel et son ancien dirigeant, Pierre Gingras, Systèmes Adex inc., de même que le Groupe Bâtimex et Monsieur Stucco, toutes deux de Granby. La requête a été signifiée aux défendeurs le 21 octobre dernier.

Les demandeurs réclament à ceux-ci la somme de 885 222 $, soit le montant déboursé pour des travaux correctifs effectués en 2017 pour endiguer la problématique d’accumulation d’eau découverte dans la structure des immeubles lors de travaux d’entretien.

Les demandeurs réclament à ceux-ci la somme de 885 222 $, soit le montant déboursé pour des travaux correctifs effectués en 2017 pour endiguer la problématique d’accumulation d’eau découverte dans la structure des immeubles lors de travaux d’entretien.

« Chaque année, je faisais le tour de nos bâtisses et j’identifiais, avec un ruban bleu, les endroits où le crépi devait être réparé, indique Sylvie Tardif, présidente du syndicat des copropriétaires. Quand l’entrepreneur s’est mis à faire les réparations, il a constaté que le mur était mou. Il a ouvert un peu plus, et il a remarqué que tout était mouillé derrière. C’était pareil dans les autres blocs. »

« Il m’a demandé la permission de faire venir un entrepreneur pour faire des vérifications. Celui-ci m’a rappelé plusieurs fois pour me demander la permission d’agrandir les ouvertures dans les murs. Tout était mouillé », ajoute celle qui a été l’unique propriétaire de son condominium depuis la construction de celui-ci.

Expertises

« Plus spécifiquement, il est apparu que le revêtement en acrylique et/ou la membrane d’étanchéité qui recouvrait le revêtement étaient hautement déficients. Il en est résulté une détérioration prématurée de l’enveloppe extérieure de l’ensemble des blocs de l’immeuble, ainsi que de plusieurs matériaux de la structure », peut-on lire dans la requête.

Le revêtement en question en est un de type SIFE, c’est-à-dire système d’isolation des façades avec enduit.

Des expertises réalisées à l’automne 2016 par la firme granbyenne Tremblay Maître Constructeur et par Groupe Leclerc Architecture + Design pour les copropriétaires concluent que « les solins situés au-dessus des ouvertures sont trop courts, comparativement à la largeur des ouvertures et qu’ils ne permettaient pas à l’eau de s’évacuer correctement »; que le taux d’humidité est de deux à trois fois au-dessus de la normale; que le pare-vapeur est percé à certains endroits et que la « pression négative au niveau du plafond du sous-sol pourrait favoriser la migration de l’humidité au niveau des matériaux à l’intérieur de l’immeuble. »

Des problèmes qui remontaient à la construction de l’immeuble par le choix d’un revêtement « inadéquat et mal installé de surcroît », indique-t-on dans le rapport.

« En plus, le constructeur a scellé le pourtour des bâtisses au bas des murs et de la fondation, ce qui a permis à l’eau de s’accumuler. C’était une piscine creusée à ciel ouvert ! », illustre Mme Tardif. 

« Ça a dû commencer à couler de goutte-à-goutte depuis 2004, ajoute-t-elle. Avoir attendu un an ou deux de plus avant d’agir, ça aurait pu atteindre les poutres de structure et il aurait fallu vider les unités. On ne parlerait pas de 900 000 $ de travaux, mais plutôt de deux millions. »

Sylvie Tardif, présidente du syndicat des copropriétaires Altitude Phase II.

Quatre immeubles voisins, bâtis un an plus tôt et comptant 12 logements, ont été aux prises avec la même problématique. « Quand ils ont su pour notre problème, ils ont fait faire des tests et pour eux, c’était déjà rendu à la structure », relève la présidente.

Sans être un cauchemar, cet onéreux imprévu a causé bien des maux de tête aux copropriétaires. « Deux copropriétaires sont arrivés chez moi en larmes, parce que c’était problématique pour eux de payer ça. D’autres ont dû emprunter de l’argent, raconte Mme Tardif. Pour ma part, j’ai donné un été plus deux mois à temps plein dans ce dossier-là, en plus de mon emploi. J’ai supervisé les travaux. »

Connaissance de cause

Dans leur poursuite, les copropriétaires allèguent que Gestion et construction Girel, l’entrepreneur général et promoteur du projet immobilier, « savait ou aurait dû savoir que le revêtement de SIFE était à la source de problèmes majeurs ayant affecté de nombreux immeubles au pays depuis les années 1990 et aurait dû en informer les acheteurs. » 

On prétend également que M. Gingras, qui a été le représentant légal de l’entreprise césairoise jusqu’en décembre 2014, aurait été « personnellement touché par le problème quelques années auparavant à sa résidence personnelle », en 2007.

Les Systèmes Adex et Monsieur Stucco sont, pour leur part, visés par le recours parce qu’ils ont fourni et installé le matériau problématique, alors qu’on reproche au Groupe Bâtimex de ne pas avoir fait mention des risques d’un revêtement de type SIFE dans ses rapports d’inspection, « alors qu’elle savait ou aurait dû savoir les problématiques [y étant] associées ».

« Je ne peux pas croire qu’autant de professionnels en construction n’auraient pas été au courant d’une problématique aussi connue que le SIFE. C’est sûr qu’ils le savaient », allègue Mme Tardif.

Ce faisant, les demandeurs, qui indiquent tous avoir acquis leur immeuble avec garantie légale, réclament aussi la nullité de la quittance ayant été signée en 2012 entre le syndicat de copropriétaires et le promoteur, entre autres, puisque les problèmes étaient alors cachés d’au moins une des deux parties.

Cette quittance avait été signée au terme d’un litige s’étant étiré sur quelques années entre les copropriétaires d’alors et Construction Girel, afin de corriger certaines déficiences sur le bâtiment.

« On ne s’attend pas à se faire payer la totalité des coûts pour les matériaux, reconnaît Mme Tardif. Mais on n’allait quand même pas installer la même chose. Le SIFE, c’est un paquet de problèmes. Aujourd’hui, croyez-moi que l’eau s’écoule très bien ! »

« Des choses qui arrivent »

Anthony Cornish, propriétaire de Monsieur Stucco, estime que l’infiltration d’eau est due entre autres à l’application de scellant là où l’eau aurait dû être évacuée, le mauvais entretien de celui-ci et l’absence de joints de scellant là où il aurait dû y en avoir.

Malgré tout, soutient-il, le tout a été installé conformément aux normes de construction de l’époque. « On sait que notre job était bien faite, selon les normes du jour. Elles changent tout le temps. Malheureusement pour les clients, la construction c’est souvent par essais-erreurs, dit-il. Les techniques utilisées aujourd’hui permettent à l’eau de s’évacuer. »

C’est lui-même qui a découvert la problématique en 2016 en effectuant l’entretien du crépi des immeubles. Son entreprise est ciblée par la poursuite, bien qu’il n’en était pas le propriétaire au moment de leur construction. « J’avais environ 12 ans cette année-là ! Mais ça fait partie de la vie, ce sont des choses qui arrivent. »

De son côté, le directeur technique de Systèmes Adex, André Delisle, se disait bien mal placé pour commenter la situation, jeudi, étant donné que l’entreprise qui l’emploie a été mise au parfum de la situation il y a à peine trois semaines. 

« On a reçu une mise en demeure, mais avant ça, on n’avait jamais été avisés, dit-il, même si le problème et les réparations ont eu lieu en 2016. On n’a pas pu envoyer quelqu’un sur place. »

Roger Lévesque, copropriétaire de Girel Construction, a refusé de commenter l’affaire étant donné qu’elle se trouve devant les tribunaux.

Bâtimex et Pierre Gingras n’ont pas retourné les appels de La Voix de l’Est.