Nancy Melanson, du Collectif de Défense des Droits de la Montérégie, et Denise, une citoyenne de Granby qui lance une pétition pour augmenter le nombre de travailleurs de rue.

Une pétition pour soutenir le travail de rue

Excédée de voir les travailleurs de rue débordés par l'ampleur de leur tâche, une citoyenne de Granby fait signer une pétition afin d'avoir davantage de ressources dans la région.
Denise se considère chanceuse d'avoir pu compter sur la présence de Sarah dans diverses épreuves qu'elle a traversées. « Moi j'en n'ai plus de famille, personne pour m'aider. Mais une chance que Sarah est là. Elle est toujours présente pour moi. Je l'aime beaucoup », lance l'instigatrice de la pétition, bien reconnaissante de tout ce que la travailleuse de rue a fait pour elle.
Au fil du temps, Sarah est devenue une personne significative pour Denise. Celle-ci voudrait que d'autres personnes, vulnérables comme elle, puissent profiter de l'aide d'un travailleur de rue. 
« Elle a souvent été là pour m'accompagner, pour m'aider à résoudre mes problèmes de toxicomanie et d'alcool. Lorsque j'ai voulu faire des tentatives de suicide, elle m'a conseillé pour éviter ça. Je vais mieux grâce à elle », soutient Denise, une preuve vivante de « l'importance des travailleurs de rue ». 
Dans un contexte où les besoins sont grandissants et les demandes décuplées depuis quelques années, la Granbyenne de 53 ans souhaite maintenant redonner au suivant et voudrait contribuer à améliorer les conditions de travail de celle qui l'a tant aidée. « Le plus difficile dans mon travail présentement, c'est de ne pas pouvoir répondre assez rapidement aux personnes qui ont besoin d'aide », admet d'ailleurs­ Sarah.
« Moi, de voir qu'elle est autant débordée, ça me décourage ! J'étais bien tannée et je voulais que les choses changent. Le nombre de travailleurs de rue est insuffisant­ », reprend Denise. 
Maximum de signatures
Depuis juin, la dame multiplie donc les démarches afin d'obtenir un maximum de signatures à sa pétition, qui sera ensuite présentée devant le conseil municipal. « J'ai marché, j'ai pédalé, je suis allée dans plusieurs endroits pour obtenir mes signatures­ », affirme-t-elle.
À ce jour, 581 personnes ont appuyé la requête de la citoyenne. « Mais c'est pas assez, il en faut encore plus », estime-t-elle.
L'initiative de Denise est appuyée par le milieu communautaire, qui ne peut que saluer les bienfaits qu'apportent les travailleurs de rue. La Table de concertation jeunesse de la Haute-Yamaska, le regroupement Impact de rue, le GASP (Groupe Action Solution Pauvreté), le Partage Notre-Dame et le Collectif de défense des droits de la Montérégie­ sont du nombre.
« Le travail de rue, c'est prouvé que ça aide beaucoup, grâce à la prévention et aux bienfaits que ça apporte. On le voit que c'est très important. Présentement, il y a deux travailleuses à Granby et une à Waterloo, mais il faudrait doubler le nombre d'intervenants de rue pour répondre au minimum à la demande. À Granby, on pourrait facilement augmenter à six pour être efficace et atteindre de nouvelles personnes dans de nouveaux quartiers », affirme le coordonnateur du GASP Nicolas­ Luppens, chiffres à l'appui. « 3500 interventions ont été faites en une année par les deux travailleuses à Granby et celle à Waterloo », fait-il valoir.
Il ajoute qu'un meilleur financement des travailleurs de rue en Haute-Yamaska est « prioritaire ».
L'objectif serait d'obtenir au moins 1000 signatures. Il est possible de signer la pétition au Partage Notre-Dame (309, rue Racine à Granby) entre 9 h 30 et 14 h. Pour toute question, on peut composer le 450-775-9303.
« Nous n'avons pas fait la pétition de façon électronique, car la clientèle ciblée pour signer n'a pas accès à ça », explique Nancy Melanson­, du Collectif de défense des droits de la Montérégie­, qui a épaulé Denise au niveau technique.
Un travailleur de rue, c'est quoi?
En plus de 10 ans à Granby, la travailleuse de rue Sarah a aidé beaucoup de gens pour une panoplie de raisons. Pourtant, son travail reste méconnu du grand public.
« Un travailleur de rue, ça sert un peu à faire un pont entre une personne en difficulté et plein d'organismes, explique-t-elle. Ça crée des liens, c'est un genre de filet social. On aide des personnes qui sont en difficulté dans de nombreuses sphères de leur vie. Ça peut aller de l'accompagnement chez le médecin ou à la Cour à donner des conseils à une personne. »
Selon le site monemploi.com, le travailleur de rue intervient auprès de jeunes ou d'adultes en difficulté dans la rue, dans un quartier ou dans tout autre lieu d'appartenance. 
Il tente d'abord de développer des relations significatives en s'intégrant à l'environnement et au quotidien des individus susceptibles d'avoir besoin d'aide. Il décèle leurs besoins spécifiques et leur fournit une assistance directe (écoute, soutien moral, recherche d'un gîte temporaire, recours aux ressources locales de dépannage alimentaire ou autre, etc.) ou les achemine vers des programmes d'aide adéquats. 
Il intervient également dans un but préventif afin de détecter les situations propices au suicide, à la toxicomanie, à la prostitution, au décrochage scolaire, à la délinquance, et pour favoriser chez les individus le désir et les moyens de se prendre en main.
Parmi les personnes accompagnées par le travail de rue, certaines auront évité une hospitalisation, un placement institutionnel ou un séjour en prison. D'autres auront réglé des problèmes de toxicomanie, prévenu une infection transmise sexuellement, réintégré l'école ou la société et se réinscriront dans l'économie.
« Le but, c'est de prendre la personne dans son ensemble et d'être à l'écoute de ce dont elle a besoin. Après, je peux la référer aux bons endroits pour lui venir en aide, même l'accompagner dans son cheminement », précise­ la travailleuse.
Il est possible de joindre Sarah au 450-204-6646, Karine (une autre travailleuse de rue à Granby­) au 450-558-5854 et Anick (à Waterloo) au 450-531-4578.
Un financement difficile
Le financement pour le travail de rue à Granby est difficile, explique Nancy Melanson, du Collectif de défense des droits de la Montérégie. « On est trop petit pour être un grand centre, mais trop gros pour être un milieu rural, on dirait qu'on tombe entre deux chaises », estime-t-elle.
Même son de cloche du côté de Sarah, qui se dit constamment débordée. « Le travail de rue est reconnu, mais nous ne sommes pas financés à proprement dit par une subvention ou un programme. On aide sur tellement de fronts qu'on ne rentre pas dans une petite case du gouvernement. L'idéal serait qu'on reçoive de l'argent de façon récurrente par le gouvernement », lance-t-elle.
C'est la Maison des Jeunes de Granby, la Table jeunesse, ainsi que la Ville de Granby qui financent la travailleuse de rue.