Tracy Wing, la mère de Riley Fairholm, invite le public à signer sa pétition pour équiper les policiers et les autopatrouilles de caméras.

Une pétition pour équiper les policiers de caméras

Près d’un an après que son fils soit tombé sous les balles d’un policier de la Sûreté du Québec, Tracy Wing est toujours en croisade pour faire la lumière sur les circonstances entourant ce funeste événement. La citoyenne de Knowlton en appelle maintenant au public à signer sa pétition pour armer les forces de l’ordre de caméras.

La mère de Riley Fairholm, cet adolescent de 17 ans abattu par les policiers de la Sûreté du Québec, au cours d’une altercation à Lac-Brome dans la nuit du 25 juillet dernier, ne décolère pas.

 « J’ai encore de la difficulté à croire que c’est arrivé, confie-t-elle. Qu’il ne soit plus là, c’est une chose, mais j’ai aussi énormément de difficulté avec le manque de transparence du système. J’ai des questions et je veux des réponses. »

Selon la Bromoise, il existe encore trop de zones sombres lorsque le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) se penche sur le travail de policiers. Seulement dans le dossier de son fils, plus d’une douzaine d’enquêteurs se répartissent la tâche. « C’est toujours compliqué avoir de l’information ; je ne suis pas sûre qu’ils se parlent entre eux », laisse-t-elle tomber.

Depuis la création du BEI, environ 1800 plaintes en déontologie policière sont déposées annuellement auprès de l’organisme, qui a à ce jour mené plus de 120 enquêtes, dont aucune n’a mené au dépôt d’accusations criminelles, souligne l’auteure de la pétition.

En décembre dernier, les parents de l’adolescent avaient d’ailleurs déposé une plainte en déontologie policière après avoir constaté plusieurs vices de procédure dans l’enquête entourant le décès de Riley, dont ils ont notamment été avisés plusieurs heures après le délai établi par la loi. De plus, indique Mme Wing, le BEI s’est fourvoyé en affirmant d’abord que le premier répondant présent sur les lieux avait été interrogé au cours de l’enquête, alors que celui-ci prétendait le contraire. 

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Le traitement de cette plainte est en voie d’être terminé, confirme-t-elle. Il reviendra au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) d’analyser le dossier et de décider si des accusations criminelles peuvent être déposées contre le policier impliqué.

Demandes

Le préambule de la pétition fait état de « certaines obligations envers la population prévues au règlement du BEI [qui] ne sont pas toujours respectées », alors que les rapports du BEI et DPCP ne sont pas rendus publics. Pourtant, les contribuables ont payé des millions de dollars pour financer ces enquêtes, souligne Mme Wing.

La missive réclame que toutes les autopatrouilles du Québec soient dotées d’un GPS, d’une caméra de tableau de bord et d’une caméra fixe filmant l’intérieur du véhicule. On demande également que les policiers soient équipés d’une caméra corporelle permettant de documenter leurs interactions avec les citoyens qu’ils interpellent.

« C’est une question de transparence. En ayant une caméra, tout le monde est protégé davantage, que ce soit le policier, l’ambulancier ou le citoyen », argue Mme Wing.

« On sait qu’il y a des personnes plus à risque, plus vulnérables, comme les itinérants, des personnes souffrant de maladie mentale et les femmes autochtones, qui pourraient bénéficier d’une telle mesure », poursuit-elle.

Avantages

Selon Mme Wing, ces équipements permettraient également d’économiser en évitant de longues enquêtes, dans certains cas, mais aussi d’apprendre et d’améliorer les pratiques policières. 

« Les enregistrements des interventions qui tournent mal pourraient enseigner aux autres policiers ce qu’il ne faut pas faire, croit-elle. Ils pourraient aussi servir à la formation des policiers en devenir. Tout cela permettrait d’éviter l’escalade, dans certaines situations. »

« Ça n’est pas une vengeance, je ne peux pas blâmer personne ou chercher un coupable. Je veux simplement des réponses », renchérit-elle.

Date butoir

La pétition circule depuis mars dernier. Le député libéral de Jacques-Cartier, Gregory Kelly, présentera la pétition à l’Assemblée nationale à la mi-juin. Mme Wing compte être présente.

À quelques jours de la date limite du dépôt des signatures, la Bromoise espère en amasser un maximum, même si aucune limite n’est fixée pour rendre la missive valable devant les élus. Elle bénéficie de l’appui de plusieurs familles de personnes tuées ou blessées par des policiers.

Les personnes intéressées à signer la pétition ont jusqu’au 10 juin pour le faire en ligne, sur le site de l’Assemblée nationale, ou sur papier, auprès de Mme Wing ou dans plusieurs commerces de Lac-Brome. 

Jeudi, en fin de journée, plus de 400 signataires avaient donné leur appui à l’initiative dans sa version virtuelle, et presque tout autant l’ont fait sur l’une ou l’autre des feuilles déposées aux quatre coins de la municipalité.

Sereine, Tracy Wing a peu d’attentes quant à la suite des choses. « Je ne m’attends pas à ce que les policiers soient équipés de caméras corporelles dans les trois semaines à venir, dit-elle, je veux simplement qu’on réfléchisse à cette possibilité. »