Plusieurs signataires de la pétition craignent une dévalorisation des propriétés si des jumelés sont construits dans ce quartier composé exclusivement de résidences unifamiliales.

Une pétition contre des jumelés à Saint-Paul

Un groupe de citoyens s’oppose à la construction de résidences multilogements dans la rue des Éperviers, à Saint-Paul-d’Abbotsford. De son côté, la Ville affirme qu’aucun projet n’est encore mis en branle.

À la première période de questions de la séance régulière du conseil municipal, mardi soir, l’un des instigateurs d’une pétition de près de 170 signatures, déposée à la Ville la semaine dernière, a fait part de ses inquiétudes aux élus.

« Y a-t-il eu une étude sur la biodiversité ? », a demandé Daniel Bussières, rappelant que la petite zone boisée située le long de la rue, qui relie les extrémités des rues des Milans et des Cardinaux, servait de brise-vent. « Le déboisement dans ce secteur pourrait causer des dommages sur les maisons », a-t-il ajouté alors qu’un concitoyen a souligné la présence possible d’ocre ferreuse dans le sol.

Certains résidents du quartier ont déploré le fait de ne pas avoir été informés des intentions de la municipalité. « J’ai su qu’il se passerait quelque chose parce qu’un voisin est venu m’en parler. Si vous ne deviez pas acheter des terrains pour aller de l’avant, on ne l’aurait jamais su », a déclaré un citoyen.

Or, ont fait valoir le maire et le directeur général, la municipalité n’a pas encore autorisé de projet. Tout est encore à l’étude : il n’y a donc pas d’annonce à faire pour le moment. « On ne fait rien en catimini, s’est défendu Robert Vyncke. Depuis que je suis maire, on a un changement radical d’approche à l’hôtel de ville. »

« Il n’y a pas de lotissement de prévu. On a rencontré certains propriétaires pour savoir ce qu’ils en pensent, mais il n’y a rien de décidé, a poursuivi le directeur général Daniel-Éric St-Onge. C’est à ce point que l’une des premières personnes à intervenir dans ce genre de dossier, notre urbaniste, n’est même pas encore impliquée dans le dossier. »

M. Vyncke, qui avait précédemment pris acte de la pétition et a fait savoir que le conseil s’y pencherait à son prochain caucus, déplore pour sa part que les citoyens aient pris les grands moyens pour faire connaître leur mécontentement plutôt que d’approcher les élus au préalable.

Il a souligné que certaines affirmations contenues dans la pétition sont erronées ou inexactes, et qu’il était ouvert au dialogue. « Votre missive m’a choqué parce qu’on peut s’asseoir. On veut une discussion ouverte, pas sur des préjugés ou des présomptions », a-t-il martelé.

Inquiétudes
Plusieurs signataires de la pétition craignent une dévalorisation de la valeur des propriétés si des jumelés sont construits dans ce quartier composé exclusivement de résidences unifamiliales.

Le cachet et la valeur des propriétés existantes seront pris en compte dans le futur projet, a fait savoir Daniel-Éric St-Onge. Il a aussi indiqué que la municipalité souhaitait moduler la densification de certains secteurs de son territoire pour éviter d’hétérogénéiser ceux-ci tout en atteignant la cible fixée à 18 unités de logement par hectare de superficie.

Pour prouver ce que la municipalité avance, des plans préliminaires de ce à quoi pourraient ressembler les futures constructions ont été dévoilés aux citoyens présents dans la salle.

La présentation de ces ébauches de jumelés, plutôt que de rassurer les citoyens, en a effarouché davantage, ces derniers ayant eu l’impression d’avoir été mis devant un fait accompli. « Une Smart, ça reste une Smart. Ça ne devient pas une Mercedes », a rétorqué M. Bussières en faisant référence à une éventuelle implantation de multilogements dans son quartier de résidences unifamiliales.

« On vient ici pour vous dire qu’on n’est pas d’accord et ça semble tout être réglé », a déploré une dame.

M. St-Onge a rappelé que rien n’était joué, au contraire, puisque des citoyens ont été rencontrés et que d’autres le seront afin d’obtenir leur son de cloche. « On a reçu des propositions, et on s’est engagés à faire le suivi avec les gens avant d’aller de l’avant », a-t-il dit.

Le statu quo réclamé
La possibilité de ne pas développer les terrains a été évoquée par quelques résidents du secteur, qui ont fait valoir qu’ils ne voulaient pas d’un nouveau projet domiciliaire. Il a été proposé que les terrains en zone blanche situés derrière l’hôtel de ville soient construits en priorité.

Le maire a été catégorique : « Le conseil s’est prononcé majoritairement : on veut construire », a-t-il répondu.

Le conseiller Mario Blanchard a d’ailleurs spécifié qu’il était lui-même réfractaire au projet, ce qui lui a valu des applaudissements de la salle. « Le statu quo fait partie des possibilités encore sur la table, a-t-il laissé savoir. Il y a des vifs débats au sein du conseil : ce sujet-là, on en a parlé plusieurs fois, mais on doit prendre la décision qui bénéficiera le plus à toute la population. »

« Rien n’est canné, ajoute-t-il. On est toujours en processus, mais l’objectif est de voir les gens avant de finaliser quoi que ce soit. »