Lexy, une femelle labernois de six ans, a été abandonnée et attend maintenant une nouvelle famille. Selon Carl Girard, directeur de la SPA des Cantons, la période d'abandon en raison des déménagements s'échelonne d'avril à août.

Une période occupée pour la SPA des Cantons

« Pourquoi les gens abandonnent leur animal ? Parce qu'ils sont égoïstes. On va se le dire. » Le directeur de la SPA des Cantons, Carl Girard, ne mâche pas ses mots quand il est question d'abandon des animaux domestiques durant la saison des déménagements.
Plusieurs chats sont en adoption, mais la quarantaine déborde à la SPA des Cantons.
Mais la journée du 1er juillet n'est pas la pire de l'année. Les employées de la SPA des Cantons ne sont pas plus nombreuses pour répondre aux appels qu'en temps normal. À preuve, elles étaient parties dîner tranquillement pendant l'entrevue avec La Voix de l'Est.  
Carl Girard explique qu'en région, les baux ne sont pas toujours du 1er juillet au 30 juin, ce qui élargit la période des abandons. Celle-ci débute vers la fin d'avril et se termine à la mi-août, ce qui donne un certain avantage au refuge animalier.
L'endroit n'a jamais connu la folie du 1er juillet. Cependant, M. Girard affirme recueillir 10 à 12 chats par jour depuis quelques semaines. Encore jeudi passé, une douzaine de chats ont été abandonnés en même temps, en fin de journée. Il est ici question de deux portées, dont une avec des chatons de trois ou quatre semaines qui ne survivront­ probablement­ pas, lâche-t-il. 
Les chats doivent être mis en quarantaine de deux à trois semaines, le temps de voir s'ils sont malades. Or, le moindre stress peut provoquer une maladie­ chez un félin. 
« Tu le déplaces, tu le vaccines, tu en rajoutes un, tu en enlèves un, il vit un stress, explique M. Girard. Les chats, c'est beaucoup plus compliqué à garder parce que ça a des infections à rien. » Dès qu'une infection ou une maladie se confirme, l'animal est transféré dans la salle d'isolement. Tous les félins sont gardés dans des cages indépendantes.
Actuellement, la quarantaine pour les chats déborde. « On doit faire des euthanasies, on n'a pas le choix. On garde les plus en santé. Sinon, je fais quoi ? Je vais me ramasser avec 500 chats dans une grange ? Personne ne veut trouver de solution, personne ne veut prendre ses responsabilités, donc on nous refile le problème. » 
« Irresponsable »
Du côté des chiens, Lexy, une femelle labernois de 6 ans abandonnée en mai, est prête pour l'adoption. Même chose pour un doberman trouvé dans la rue le 1er juin. Une dizaine d'autres chiens sont en quarantaine, mais il y a encore de la place. La SPA des Cantons fait régulièrement des transferts de chiens dans d'autres refuges animaliers, ailleurs au Canada, où ils pourront­ être adoptés.
Trop souvent, M. Girard reçoit des appels de locataires qui doivent se départir de leur animal parce qu'ils n'y ont pas droit dans leur nouveau logement. 
« L'abandon, c'est une chose. Ce qui m'écoeure, c'est que tu le sais depuis trois mois que t'as pas le droit, lance-t-il. Pourquoi t'attends la dernière semaine ? Il faut que je pèse mes mots, mais on est irresponsable au Québec­ et l'animal est encore perçu comme un bien jetable. Tu l'as, tu l'aimes, c'est le fun. T'es tanné, tu t'en débarrasses et tu passes à autre chose. C'est ça, la game, et ça va toujours être de même. Puis, c'est plate à dire, mais c'est souvent les gens les plus démunis. Où il y a des taudis, il y a de l'insalubrité et de l'abandon. C'est multiplié par dix. »
Un nouveau fléau
Un nouveau fléau a fait son apparition dans la région cet été, raconte Carl Girard : celui de rescaper les animaux errants et de se les approprier. 
Dernièrement, une dame a ainsi gardé un chien qui s'était fait frapper. « Elle nous appelle le lendemain pour nous dire qu'il ne va pas bien, qu'il faut aller le récupérer. Pourquoi ne pas nous avoir appelés tout de suite ? Si quelqu'un le cherche, ce chien-là, on ne sait pas où il est ! », s'insurge le directeur de la SPA des Cantons.
Il y a deux semaines, son équipe a vécu une situation similaire. « Une madame ramasse un chien, ne nous prévient pas. Et là, elle nous appelle parce qu'il ne va pas bien, elle pense qu'il est mourant. Ça faisait deux semaines qu'elle l'avait... Elle pensait le garder, mais il appartient à quelqu'un ! Mon employée arrive là, le chien de moins de six mois a le parvovirus, une maladie virale, c'est mortel. Le temps qu'elle prépare la van et l'équipement, le chien était mort. »
La SPA des Cantons a des moyens de retrouver les propriétaires d'un animal égaré, notamment s'il porte une médaille ou s'il est « micropucé ». Un propriétaire va aussi se tourner vers la fourrière pour vérifier si son compagnon de vie s'y trouve. Mais si l'animal domestique a été gardé par une personne qui se croit bien intentionnée, il est impossible pour son maître légitime- de le retrouver.
Plutôt que de contacter le refuge animalier, certaines personnes déclarent aussi avoir trouvé un animal sur des pages Facebook servant par exemple au potinage. Des internautes vont parfois leur proposer de conserver l'animal. « Ça me scie les deux jambes ! S'il arrive de quoi, tu es responsable parce que tu l'as gardé », prévient M. Girard. Cynthia Laflamme