Pierre et François Jodoin, copropriétaires des Vergers Paul Jodoin avec leur frère Sylvain (absent sur la photo), sont à l’origine d’une nouvelle variété de pomme produite au Québec, la Smitten.

Une nouvelle variété de pomme produite aux Vergers Paul Jodoin

Avec sa chair croquante, juteuse et sucrée, la Smitten, une variété de pommes développée par des chercheurs néo-zélandais, arrivera-t-elle à séduire les consommateurs québécois ? C’est le pari qu’ont décidé de prendre les Vergers Paul Jodoin, à l’origine de son introduction dans la Belle Province.

La pomme Smitten, dont le nom signifie « enchantée », est le croisement de quatre variétés : Falstaff, Fiesta, Breaburn et Gala, explique Pierre Jodoin, vice-président ventes et marketing de l’entreprise de Saint-Jean-Baptiste. Pour l’heure, la production de la Smitten est contrôlée au Québec, en Ontario et dans certains États américains.

Au Québec, Les Vergers Paul Jodoin sont en quelque sorte à la tête du « club de production » de cette variété. « C’est nous qui décidons si on met 50 000 arbres en terre ou bien 200 000. On ne veut pas en avoir trop, mais il faut qu’il y en ait quand même assez pour avoir une masse critique », fait valoir M. Jodoin.

Celui-ci oeuvre pour le moment avec quelques « producteurs associés », dont certains se trouvent à Saint-Paul-d’Abbotsford et à Saint-Pie.

C’est pour répondre à la demande des nouvelles générations et des nouveaux arrivants que l’entreprise familiale, qui a aussi une division transformation avec les jus Tradition, a décidé de se lancer dans cette aventure. Les jeunes consommateurs, en particulier, recherchent des pommes plus sucrées, croquantes et moins acides, souligne Pierre Jodoin.

La pomme Royal Gala, entre autres, répond à cette description. « Elle est vendue à l’année longue. Quand elle ne vient pas du Québec, elle vient de l’Ontario, de l’État de Washington ou du Chili. Tout le monde en produit », note-t-il.

« Comme il y a déjà plein de Royal Gala partout, on s’est dit que ce n’est peut-être pas la variété qu’on devrait développer. On va essayer de faire quelque chose d’un peu mieux. Et, à nos yeux, la Smitten est vraiment intéressante. La fermeté et le goût de la pomme sont bien balancés. Sa conservation est bonne aussi. Ça crounche tout le temps », lance M. Jodoin.

Développée en Nouvelle-Zélande, la Smitten est maintenant produite au Québec.

Longue haleine

Le pomiculteur, qui oeuvre au sein de l’entreprise avec ses frères François et Sylvain, affirme qu’il n’est pas question de délaisser les variétés de pommes conventionnelles, même si la McIntosh tend à décliner. Mais il y a de la place pour de la nouveauté, croit-il.

Les Vergers Paul Jodoin, qui emploient plus de 80 personnes à temps plein et une centaine durant la période de pointe en septembre, ont planté leurs premiers pommiers de Smitten il y a quatre ans. Au Québec, quelque 50 000 arbres sont actuellement en production. Il est visé d’augmenter ce nombre graduellement à 100 000. Une pause sera ensuite prise pour analyser la réponse du marché et s’assurer que les pommiers résistent bien au climat hivernal, explique Pierre Jodoin.

Lentement, mais sûrement, la Smitten devrait ainsi accroître son rayonnement. « Cette année, il n’y en aura pas tant que ça à vendre dans les chaînes d’alimentation. On va faire des dégustations et on va en vendre à travers ça. Mais il n’y a pas assez de volume pour qu’on se retrouve dans les circulaires. L’année prochaine, on va en avoir plus pour attaquer ce marché-là », affirme-t-il.

Selon le pomiculteur, c’est un travail de longue haleine. « Et ça va à la vitesse des arbres », laisse-t-il tomber.

La variété Smitten est cependant déjà connue de certains détaillants, comme Metro et Walmart, qui l’ont déjà offert à leur clientèle. Mais les pommes provenaient de Nouvelle-Zélande. Cela signifie, selon M. Jodoin, que le marché sera prêt à recevoir les Smitten québécoises.

Production contrôlée

Pierre Jodoin souligne que plusieurs variétés de pommes sont développées en Nouvelle-Zélande.

Les activités de recherche y seraient plus importantes. « Plusieurs variétés ont été inventées là-bas et ont été implantées en Amérique du Nord après, comme la Royal Gala, la Jazz, la Envy, la Sweetango », dit-il.

Variété à la popularité croissante, la Honeycrisp a pour sa part été produite au Minnesota. Le Canada a aussi le développement de certaines variétés à son actif, dont la Ambrosia.

Le contrôle de la production de la Smitten, comme cela existe aussi pour d’autres variétés, permettra d’éviter une surproduction rapide, souligne M. Jodoin. « Le but, c’est d’avoir des variétés l’fun, bien ciblées et d’aller chercher un prix intéressant, sans que ça soit nécessairement exagéré », dit-il.

Comme il s’agit d’une variété sous brevet, les producteurs doivent verser des royautés à une organisation américaine, responsable du développement de la variété en Amérique du Nord, selon le nombre de caisses de pommes produites et mises en marché. Cela vise notamment à contribuer aux activités de recherche en pomiculture, selon Pierre Jodoin.