Depuis vendredi, les pharmaciens ont l'obligation de préciser sur leurs factures la marge du distributeur, ainsi que leurs honoraires.

Une nouvelle règle qui fait réagir

En vous présentant à votre pharmacie, les étapes pour obtenir vos médicaments devraient être similaires à votre dernière visite. Toutefois, une chose aura changé : les détails sur votre facture. En effet, dès le 15 septembre, les pharmaciens auront l'obligation d'y ajouter la marge du distributeur ainsi que leurs honoraires. Cette nouvelle règle aux multiples ramifications ne fait pas l'unanimité chez des pharmaciens de la région interviewés par La Voix de l'Est.
Donner des services de qualité à un prix concurrentiel ne pose pas de problème, a fait valoir en entrevue Jean Provost, pharmacien propriétaire du Jean Coutu de la rue Principale à Granby. Là où le bât blesse, a-t-il dit, c'est d'être obligé de divulguer ses profits, contrairement à d'autres professionnels.
« La transparence, je n'ai jamais été contre ça. [...] Par contre, si c'est ce que l'on veut, ça doit se faire pour tout le monde, pas seulement pour les pharmaciens. Il y a des points positifs dans ces nouvelles règles. Mais la façon dont ça a été imposé, sans nous consulter, c'est négatif. »
Simon Campagna, pharmacien propriétaire d'une succursale Brunet à Bromont, abonde dans le même sens. « Ce ne sont pas les patients qui ont demandé une telle norme, a-t-il mentionné. [...] Pourquoi ne réclame-t-on pas la même transparence aux assureurs qui ont fait un lobby auprès du gouvernement libéral pour la mise en place de cette mesure ? »
D'autre part, M. Provost voit l'entrée en vigueur des obligations découlant du projet de loi 92 comme une « belle occasion » de cristalliser les liens avec la clientèle. Idem pour M. Campagna. « Il y a une loi et on va s'y conformer, a indiqué ce dernier. On va tenter de saisir cette opportunité pour établir un nouveau dialogue avec nos patients. On pourra souligner l'importance et la qualité des services offerts. »
Disparité
La facture détaillée devrait avoir peu d'incidence pour les patients qui adhèrent au régime public, dont les coûts sont assumés par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). Ceci principalement parce que le gouvernement a mis la barre à 9 $ en ce qui concerne les honoraires des pharmaciens. 
Or, il en va tout autrement dans le cas d'une assurance privée, à laquelle souscrivent 60 % des Québécois, car on assiste alors à une grande disparité des coûts à ce chapitre. C'est du moins ce qui ressort de l'étude que vient de dévoiler le magazine Protégez-Vous dans son édition d'octobre.
L'enquête a été menée auprès de 280 pharmacies affiliées à neuf bannières différentes à travers le Québec pour connaître le prix de quatre médicaments : le Pantoloc (problèmes digestifs), l'Effexor XR (antidépresseur), le Lipitor (cholestérol) et le Norvasc (hypertension). À titre d'exemple, les prix du Pantoloc variaient de 18 $ à 45,99 $. Notons que des écarts significatifs, allant de 15,37 $ à 27,99 $, ont été enregistrés pour tous les types de médicaments, souvent au sein d'une même chaîne. 
Concurrence
Selon M. Provost, les nouvelles informations dévoilées sur les factures des médicaments n'engendreront pas de « guerre de prix » entre les pharmaciens. Il croit néanmoins que cette situation pourrait éventuellement amener une certaine uniformité au niveau de la facture globale des clients pour un même produit.
« Dans un marché concurrentiel, chaque propriétaire est libre d'avoir sa gestion des prix. Un pharmacien qui vit dans une municipalité de 5000 habitants n'aura pas un débit qui va lui permettre d'avoir le même coût pour les médicaments qu'ailleurs, a-t-il fait valoir. Il y a une multitude de facteurs qui vont faire qu'un prix peut être raisonnable même s'il est différent. [...] D'un autre côté, la loi 92 va sans doute permettre une réflexion chez les pharmaciens et un ajustement [des prix]. »
Pour sa part, Simon Campagna estime que « magasiner » le prix des médicaments serait une « erreur monumentale ».
« Prendre un tel risque pour économiser quelques dollars, c'est insensé. [...] Comme le DSQ (dossier santé Québec) n'est pas du tout au point, en acheter [des médicaments] à gauche et à droite peut avoir de très fâcheuses répercussions. Pour bien servir et conseiller un patient, un pharmacien doit connaître son dossier médical pour éviter l'usage inapproprié des médicaments qui, dans certains cas, peut mener à des décès. On doit donc évaluer un pharmacien pour l'ensemble de ce qu'il a à offrir, plutôt que de rechercher seulement un prix. »
Les dérives chez certains assureurs sont par ailleurs probables, met en garde l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires. « C'est votre droit de choisir votre pharmacien et nul ne peut vous obliger à changer de pharmacie, peut-on lire dans un dépliant destiné aux patients. Si vous subissez de telles pressions de la part d'un assureur privé ou d'un administrateur de régime d'avantages sociaux, la [RAMQ] vous invite à dénoncer la situation. »
Les pharmaciens des bannières Uniprix, Familiprix et Accès pharma contactés jeudi n'ont pas retourné nos appels.