Esther Laframboise sera à la barre du Centre de prévention suicide de la Haute-Yamaska dès lundi. Elle succède à Yves Bélanger qui demeure en poste le temps de la transition.

Une nouvelle direction générale au Centre de prévention suicide de la Haute-Yamaska

Faire rayonner les services du Centre de prévention suicide de la Haute-Yamaska (CPS H-Y) par la création de nouveaux partenariats avec la communauté sera la mission première de la toute nouvelle directrice générale de l’organisation, Esther Laframboise. Elle prendra dès lundi la relève d’Yves Bélanger, à la tête de l’organisme depuis 11 ans.

M. Bélanger partageait ses semaines entre son poste à temps partiel de directeur général du CPS et son emploi de commissaire aux plaintes à l’hôpital de Granby. Il se retire pour commencer sa transition vers la retraite, dans quelques années.

Le conseil d’administration du centre souhaitait aussi une plus grande présence à la direction générale pour aller au fond des dossiers.

Mme Laframboise, qui œuvre dans le milieu communautaire depuis dix ans, occupera donc l’emploi à temps plein, avec comme adjoint temporaire M. Bélanger. La transition se fera en douceur durant les six prochains mois. M. Bélanger se retirera ensuite.

« La première chose qu’on recherchait, c’était le côté humain, souligne Michel Nadeau, membre du conseil d’administration. Les employés sont ici depuis longtemps, on voulait garder cette ambiance et cette façon de faire très humaine de Yves. »

La nouvelle directrice générale répond bien à ces critères. Non seulement elle a perdu une amie par suicide l’an dernier, elle cherchait justement un boulot qui servait une cause lui tenant à cœur.

« Je suis une personne qui a besoin d’une cause pour être épanouie, c’est important que mon travail soit significatif. En plus, je pense que la personne qui nous a quittés l’année dernière m’aurait encouragée beaucoup à appliquer pour le poste. Ça a pris une signification particulière pour moi, c’est officiel. »

Le communautaire tatoué sur le cœur

Les astres étaient bien alignés pour elle. Mme Laframboise venait de terminer un mandat de dix ans à Waterloo.

« J’étais coordonnatrice d’Espace familles Waterloo et région. Il n’y avait pas de services pour les familles à Waterloo il y a dix ans. La Maison des familles devait desservir cette région-là, mais c’était plus difficile étant donné l’éloignement du grand centre. Mon travail était de créer des liens avec les partenaires pour pouvoir implanter des services et rejoindre les familles qui étaient isolées des services. Ça a été complété au mois de mars », explique-t-elle avec fierté.

Durant ce mandat, elle a donc pu côtoyer des gens du milieu communautaire et politique en plus de créer des liens avec ceux-ci. C’est un bagage important qu’elle apporte avec elle au CPS H-Y. Elle compte bien utiliser ces outils pour « faire rayonner l’organisme dans la région et dans les dossiers qui s’en viennent. »

Depuis plus de dix ans, il n’y a plus de stratégie globale de prévention du suicide, renchérit Lorraine Deschênes, membre du conseil d’administration, qui connait bien les dossiers provinciaux.

« La prévention du suicide et la santé mentale ne sont plus des priorités au niveau du ministère de la Santé et du gouvernement, évoque Mme Deschênes. Il y a des reculs. Il y a des mesures qui avaient été mises de l’avant et qui étaient en voie d’implantation, mais qui ont reculé. Il y a actuellement un gros effort pour remettre de l’avant, au niveau de la province, la priorité en santé mentale et en prévention du suicide. Et ça va interpeler tout le monde. »

Le programme des sentinelles en milieu de travail, qui a vu le jour partout au Québec en 2005, en est un exemple. Le CPS H-Y a reçu une petite enveloppe budgétaire pour lancer le programme, mais la somme n’a jamais été renouvelée. Le programme survit grâce à l’implication citoyenne. Quelque 548 sentinelles ont été formées jusqu’à présent dans 25 réseaux différents. Le CPS garde le cap d’en former 100 à 150 par année pour atteindre un jour l’objectif de 1000 sentinelles.

Faire connaître les services

« Ce qui va être important de regarder aussi, c’est l’accessibilité des services. Des fois les gens ne connaissaient pas le service, reprend la nouvelle directrice générale. Je vais voir avec l’équipe ce qu’on peut faire pour accueillir les gens dans leurs différentes réalités. [...] Et je veux tâter le pouls dans les secteurs ruraux pour voir quelle est leur réalité et ce qu’on peut mettre en place pour être connus. »

Yves Bélanger souligne que pour 17 suicides dans les régions de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi, que dessert aussi le CPS, l’organisation ne connaît souvent qu’une ou deux de ces personnes puisqu’elles avaient reçu des services chez eux.

Les partenariats, comme celui avec l’urgence de l’hôpital de Granby, permettent de relier les gens en crise suicidaire ou leurs proches inquiets avec le CPS.

Il y a du travail à faire, des dossiers à mener de front, mais « on laisse un bateau sur une mer calme à Esther, avec de bons partenariats, une équipe performante, un CA exceptionnel et des états financiers corrects », conclut Yves Bélanger.