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Marie-Andrée Foucreault-Therrien est une fière Mère au front, avec ses filles.
Marie-Andrée Foucreault-Therrien est une fière Mère au front, avec ses filles.

Une mère au front pour protéger l'avenir de ses filles

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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«Fuck les chocolats et les fleurs, on veut du courage politique.» Ce slogan fondateur du mouvement Mères au front voulait envoyer un message clair à l’occasion de la fête des Mères : pour protéger nos enfants, le vivant, la planète, il faut des actions. Maintenant.

Marie-Andrée Foucreault-Therrien a répondu à ce cri du cœur peu de temps après avoir entendu sa jeune fille dire «l’école je m’en fiche, j’aurai pas d’enfants, parce que de toute façon il n’y a pas de futur».

Ça l’a touchée. Secouée. Elle ne «pouvait pas croire» que sa fille âgée d’à peine 13 ans n’envisageait aucun avenir. «Moi et ma génération, plus jeune, on avait le luxe de se projeter dans l’avenir, on faisait des compositions écrites sur les voitures volantes de l’an 2000, sur notre métier de rêve dans 20 ans. Mais aujourd’hui, dans 20-30 ans, si on ne fait rien, les scientifiques sont formels : il sera trop tard.»

Entendre cette fatalité de la bouche de sa fille a été un coup sonnant pour Marie-Andrée, atteinte de fibromyalgie depuis une vingtaine d’années. Elle a donc décidé d’embarquer dans le mouvement mis sur pied tout juste avant la pandémie, en mars 2020, par l’auteure et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette et Laure Waridel, militante écologiste et cofondatrice d’Équiterre, une organisation écologiste québécoise.

Le mouvement Mères au front a été mis sur pied tout juste avant la pandémie, en mars 2020, par l’auteure et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette (à gauche sur la photo) et Laure Waridel (au micro), militante écologiste et cofondatrice d’Équiterre, une organisation écologiste québécoise.

«Anaïs et moi étions habitées d’une grande tristesse face à l’avenir de nos enfants et notre planète, et face à l’inaction de nos gouvernements. On s’est dit, il faut se rassembler, se regrouper, s’unir autour de ce qui tient tout le monde à cœur : l’amour et la protection de nos enfants», mentionne Laure Waridel rejointe au bout du fil.

Le mouvement s’est alors mis en marche. Mères, pères, célibataires, avec ou sans enfants souhaitent «utiliser [leur] colère à l’égard de l’inaction politique comme source d’énergie positive afin de pousser les élus à agir», poursuit Laure, qui quittera Montréal et retournera prochainement vivre à temps plein à Frelighsburg, avec sa famille.

« Maman, pourquoi ils ne le font pas pour vrai ? »

Marie-Andrée, tout juste emménagée à Stanbridge East avec ses quatre «filles au front» âgées de 14, 16, 17 et 20 ans, a décidé de former un comité Mères au front pour Brome-Missisquoi, en décembre dernier, en plus de son implication dans celui de St-Jean-sur-Richelieu et du comité de coordination nationale. Au programme : placardage d’affiches, lettres ouvertes, éducation, sensibilisation et inclusion. «Inclusion», parce que Marie-Andrée est aussi coordonnatrice du comité veillant à inclure dans ce cri du cœur tous les gens qui le souhaitent, peu importe leur religion, âge, sexe, nationalité ou orientation. «On milite pour la protection du vivant. Que ce soit humain, plante, animal. C’est la base, c’est ce qu’on mange, ce qu’on voit et respire.»


« Les gouvernements signent des choses, mais ne les respectent pas, et disent “on va se donner encore dix ans”. Il n’y a pas assez de pression sur eux. Ils font ce qu’ils veulent. »
Marie-Andrée Foucreault-Therrien, «mère au front»

Elle déplore que malgré l’importance capitale du «vivant», les gouvernements n’agissent pas. «Ils signent des choses, mais ne les respectent pas, et disent “on va se donner encore dix ans”. Il n’y a pas assez de pression sur eux. Ils font ce qu’ils veulent.»

Ils continuent de construire des centres d’achat. D’appuyer des projets pétroliers et de gazoducs, comme le GNL et le projet Goldboro. «S’ils étaient sérieux, ils ne laisseraient pas passer ça», affirme Marie-Andrée, qui a auparavant travaillé en hippothérapie (thérapie par le cheval) avec des personnes ayant des handicaps, avant d’être forcée à l’arrêt en raison de sa maladie, il y a six ans.

«Maman, pourquoi ils signent quelque chose mais ne le font pas pour vrai?», a même demandé à Marie-Andrée sa plus jeune fille.

Des solutions existent

Bien que «les rivières et les forêts n’aient pas de frontières», Mères au front compte aujourd’hui 25 comités répartis à travers le Québec, un en Belgique, en plus d’une alliance avec le mouvement anglophone For Our Kids. Le regroupement apporte des solutions concrètes, telles qu’investir dans des infrastructures vertes, protéger la biodiversité et freiner l’étalement urbain. Il milite auprès des instances, des élus, des municipalités, de la population et des partis politiques. Le mouvement sera d’ailleurs entendu lors des auditions du projet de loi C-12 (atteindre la carboneutralité au Canada en 2050). «Des solutions existent, le Québec a tout pour être à l’avant-garde dans la transition du point de vue humain, matériel et des connaissances. En 2050, la qualité de vie sera médiocre si on n’agit pas maintenant. Il faut répéter notre message et dénoncer l’inaction», lance Laure Waridel, qui vient tout juste d’être grand-maman par alliance d’une petite fille qui sera âgée d’à peine trente ans en 2050.

Mères, pères, enfants, tous doivent être «au front», à leur manière. «Je veux pas être moralisatrice, nuance Marie-Andrée. Ça ne sert à rien de se culpabiliser d’avoir jeté une canette dans la poubelle. On se dit qu’on fera mieux la prochaine fois. On peut tous avoir un impact. Mais il faut le faire dans l’amour et la joie. Être conscients de nos gestes. Et écouter son cœur.»

Marie-Andrée Foucreault-Therrien a décidé d’embarquer dans le mouvement Mères au front peu de temps après avoir entendu sa jeune fille dire « l’école je m’en fiche, j’aurai pas d’enfants, parce que de toute façon il n’y a pas de futur ».

Les quatre adolescentes de Marie-Andrée sont toutes autant impliquées que leur mère, qui «revit» depuis qu’elle est mère au front. Un an et demi plus tard, elles tiennent un tout autre discours. Elles veulent des enfants. Elles veulent changer le monde.

Marie-Andrée Foucreault-Therrien invite tout citoyen de Brome-Missisquoi à se joindre, si le cœur lui en dit, à son comité de Mères au front.

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NE PAS LAISSER LA MAISON BRÛLER AVEC NOS ENFANTS

Mères au front est un mouvement (et non une organisation) décentralisé, d’un océan à l’autre, qui a pour objectif premier de protéger l’avenir des enfants contre l’inaction climatique. Le mouvement, créé par l’auteure et cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette et la militante écologiste Laure Waridel, a officiellement été lancé à la Journée de la femme 2020. Les instigatrices avaient alors publié des lettres-chocs, où elles écrivaient « Fuck les fleurs, fuck le chocolat : pour la fête des Mères, nous exigeons du courage politique. Nous sommes amoureusement en tabarnak, nous sommes ensemble, et nous sommes puissantes. » Peu après, la pandémie a frappé, venant bousculer leurs plans de « highjacquer- la fête des Mères ». Depuis, le mouvement s’est agrandi, et Mères au front a lancé pour la fête des Mères 2021 un autre slogan : « Nous ne laisserons pas la maison brûler avec nos enfants dedans ». Il n’est pas obligatoire d’être mère, ni femme, pour s’impliquer. Tous sont les bienvenus.

Extrait du manifeste de Mères au front :

« Nous sommes Mères et Grands-Mères, par le sang et autrement.

Nous nous levons pour protéger nos enfants. [...]

Nous sommes fières et en colère.

Aimantes et décidées.

Nous exigeons des gestes forts et immédiats.

De la droiture et du courage politique. [...]»