De septembre 2019 à août 2020, tout juste après les Laurentides, c’est en Montérégie qu’il s’est vendu le plus de maisons intergénérationnelles avec un total de 322 transactions, soit 62 de plus que l’année précédente.
De septembre 2019 à août 2020, tout juste après les Laurentides, c’est en Montérégie qu’il s’est vendu le plus de maisons intergénérationnelles avec un total de 322 transactions, soit 62 de plus que l’année précédente.

Une maison, trois générations

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Revenir du boulot et retrouver maman à la maison ? Même s’il n’est plus adolescent, c’est tout de même le cas de Patrick Dubois qui, avec sa conjointe Bianca et ses trois enfants, habite dans une maison intergénérationnelle depuis 12 ans.

Cette décision s’est imposée tout naturellement, mentionne d’emblée Patrick. « On avait une petite maison à Saint-Alphonse-de-Granby et ma mère avait un bloc appartement qu’elle était tannée d’entretenir », résume-t-il.

Ils ont alors joint l’utile à l’agréable en bâtissant une maison intergénérationnelle. À l’époque, ils étaient en quelque sorte des pionniers à Granby, quand on sait que ce n’est que depuis 1998 que la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permet aux municipalités d’octroyer des permis pour construire ce type de propriété au Québec. Cette année, seulement quatre permis ont été délivrés à Granby.

Patrick ne cache pas qu’il a entre autres fait ce choix pour une question d’économie, alors que les coûts associés à la maison sont partagés entre les deux ménages.

Patrick ne cache pas qu’il a entre autres fait ce choix pour une question d’économie, alors que les coûts associés à la maison sont partagés entre les deux ménages. Mais par-dessus tout, le père de famille profite de l’aide que sa mère, Diane, lui apporte au quotidien avec sa fille de 7 ans et ses deux garçons de 13 et 15 ans. « Ils aiment pas mal ça, mes enfants, dit Patrick à propos de ce mode vie. Et c’est pratique pour nous. Si on veut juste aller faire l’épicerie le soir ma blonde et moi et que les enfants dorment, j’ai juste à ouvrir la porte et ma mère peut les surveiller. »

Savoir que les uns peuvent compter sur les autres apporte un sentiment de sécurité important, estime Diane.

« Pour plus tard, c’est encore mieux pour elle. Tant qu’à aller dans une résidence, on serait prêts à prendre le relais là-dessus », affirme Patrick.

« Ma vie, c’est mes petits-enfants »

Évidemment, Diane s’estime choyée de pouvoir voir ses petits-enfants grandir, et ce, à chaque jour. « Ce n’est pas donné à tous les grands-parents de pouvoir vivre ça. Partager le quotidien avec eux, ça te garde jeune! C’est un beau cadeau de la vie », croit la femme de 64 ans, qui est directrice dans une résidence pour aînés.

Elle ne cache pas d’ailleurs que ses petits-enfants représentaient sa principale motivation pour embarquer dans le projet. « Ma vie, c’est mes petits-enfants. Et je ne voulais rien manquer, même pas une minute! »

Comme toute bonne grand-mère qui se respecte, bien sûr, Diane gâte la marmaille, mais elle s’occupe aussi de la routine du matin et du soir. « Ça m’arrange et eux autres aussi. »

Le fait de ne pas avoir à se soucier de l’entretien d’une maison est un aspect non négligeable pour Diane. « Pat fait tout ça avec ses gars. On a le meilleur des deux mondes : on a une grande maison avec un grand terrain. On vit avec nos enfants et petits-enfants, je ne peux pas demander mieux », affirme la dame.

Une question de respect

Il va sans dire que le clan a dû établir très tôt des règles pour éviter les conflits ou les malentendus.

« Notre cage d’escalier, c’est notre aire commune, mais on a chacun une porte. Ça prend des règlements pour les enfants, parce qu’eux, ils n’ont pas de problème avec ça, traverser de l’autre côté », donne en exemple Patrick.

Quant à elle, Diane martèle que pour réussir à vivre dans une maison intergénérationnelle, il faut d’abord et avant tout se respecter mutuellement, et aussi de se « mêler de ses affaires ».

« Je ne suis pas le parent, je suis un grand-parent. Je suis là pour les gâter, pas pour les élever. Ils ont leur façon d’élever leurs enfants et je respecte beaucoup ça, même si je les trouve toujours trop sévères avec eux », rigole-t-elle.

La relation avec sa belle-fille semble elle aussi bien se dérouler. « Je la considère comme ma fille. »

Avant de se lancer dans un tel projet, Patrick prévient toutefois qu’il est primordial de partir sur de bonnes bases en ayant des documents notariés en cas de pépin.

« Il faut être en règle au niveau juridique. Parce que oui, en ce moment ça va bien, mais on n’est jamais à l’abri de rien », nuance-t-il.

C'est quoi, une maison intergénérationnelle ?

La filliale Centris définit la maison intergénérationnelle comme une propriété unifamiliale qui comporte un logement supplémentaire permettant la cohabitation parents-enfants. L’unité intergénérationnelle apparaît généralement sous forme d’annexe sur le côté de la maison, mais il arrive parfois d’observer l’ajout d’un étage à la propriété, un sous-sol converti ou un agrandissement du rez-de-chaussée.

 Il importe toutefois de souligner que, contrairement à la garçonnière (souvent appelée « bachelor »), il est possible d’avoir une seule adresse et une cuisine unique pour les deux unités dans le cas d’une maison intergénérationnelle. En outre, l’apparence d’une maison unifamiliale conventionnelle doit être conservée afin que celle-ci ne détonne pas dans les secteurs résidentiels où les bâtiments multifamiliaux ne sont généralement pas permis en raison du zonage.

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UN MARCHÉ ENCORE MARGINAL

Pendant que 67 947 maisons unifamiliales ont trouvé preneur en une année, il s’est vendu 1444 maisons intergénérationnelles au Québec. Quoique modeste, ce type de propriété connaît une hausse en termes de ventes, comme tout le reste du marché immobilier. On n’observe toutefois pas encore de « boom pour l’intergénérationnelle », affirme Charles Brant, directeur, analyse de marché, à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).

M. Brant remarque qu’il y a une augmentation de demandes pour les maisons intergénérationnelles, notamment en Montérégie et à Laval. Il ne faut toutefois pas oublier que cette demande suit la tendance du marché, qui est très actif en ce moment. « Le marché est porteur pour toutes les propriétés. C’est vrai qu’avec la hausse fulgurante des prix, on a vu que l’intergénérationnelle était de plus en plus prisée dans la RMR (Région métropolitaine de recensement) de Montréal. »

Cette catégorie de résidence devrait en effet gagner en popularité auprès de certains segments de la population, notamment les personnes âgées, mais aussi les communautés culturelles, qui semblent privilégier la cohabitation. « Avec l’évolution de l’immigration, on les soupçonne d’être actifs sur ce marché. Mais il y a beaucoup de Québécois qui optent pour ça aussi », nuance M. Brant. 

De septembre 2019 à août 2020, tout juste après les Laurentides, c’est en Montérégie qu’il s’est vendu le plus de maisons intergénérationnelles avec un total de 322 transactions, soit 62 de plus que l’année précédente. La majorité d’entre elles ont été achetées entre juin et août en raison du rebond du marché immobilier que l’on connaît. Alors que le délai moyen de vente était de 139 jours, il est passé à 102 jours pour en Montérégie. Sans surprise, les maisons unifamiliales ont la cote avec 16 154 ventes réalisées au cours des 12 derniers mois, toujours en Montérégie.

Peu d’inventaire

Le fait que ce ne soit que depuis 1998 que Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permet aux municipalités d’octroyer des permis pour construire des maisons intergénérationnelles expliquerait pourquoi il y a peu d’inventaire dans certains marchés en ce qui concerne ce type de propriété.

« Sur l’île de Montréal, il y a peu d’intergénérationnelles par rapport à la Rive-Sud, comme c’est un marché qui s’est développé plus tard. À partir de 1998, c’était plus facile à réaliser en périphérie de l’île, car tout était plus ou moins bâti pour l’unifamiliale sur l’île », explique M. Brant. 

Avec son parc immobilier âgé, l’Estrie a elle aussi peu à offrir dans ce créneau spécialisé : seulement 24 maisons intergénérationnelles ont été achetées au cours des 12 derniers mois.  « S’il y a une demande c’est sur du neuf essentiellement que ça va se faire. Il n’y a pas beaucoup de maisons qui sont configurées intergénérationnelles dans certains secteurs géographiques. Il y en a beaucoup plus en Montérégie et dans les Laurentides qu’en Estrie. Alors, ça limite le nombre de transactions possible. »

Mais avant de se lancer dans la construction, il importe toutefois de prendre connaissance de la règlementation municipale en vigueur. 

Les données statistiques proviennent de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec