«La guignolée n’est pas reconnue comme un événement, mais comme une mesure d’urgence», lance le porte-parole de la banque alimentaire, Éric Vachon.
«La guignolée n’est pas reconnue comme un événement, mais comme une mesure d’urgence», lance le porte-parole de la banque alimentaire, Éric Vachon.

Une guignolée à réinventer

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
SOS Dépannage Moisson Granby n’entend pas mettre une croix sur sa 30e guignolée annuelle dans la région, même si la pandémie force l’annulation d’une flopée d’événements et d’activités. Mais la formule sera revue et le nombre de bénévoles réduit pour répondre aux règles sanitaires.

«La guignolée n’est pas reconnue comme un événement, mais comme une mesure d’urgence», lance le porte-parole de la banque alimentaire, Éric Vachon.

Selon lui, il a été envisagé à un moment d’annuler la collecte de denrées qui permet d’aider les moins fortunés à se nourrir tout au long de l’année. Mais l’idée a vite été écartée.

«On ramasse l’équivalent de près de 750 000 $ en nourriture, calcule M. Vachon. On s’est dit que si on ne fait pas de guignolée, ça va être catastrophique pour 2021. On s’attend à ce qu’il y ait une hausse des demandes, à la suite de l’arrêt de la PCU et s’il y a beaucoup de fermetures d’entreprise. On ne sait pas comment les choses vont aller. On nage un peu dans l’inconnu.»

SOS Dépannage a, pour le moment, le feu vert de la Santé publique et l’appui de la Ville de Granby pour recueillir les denrées non périssables. Mais, le moment venu, ce seront néanmoins les autorités sanitaires qui auront «le dernier mot», précise Éric Vachon.

L’option de mettre sur pied une campagne de sociofinancement pour remplacer la guignolée, prévue le premier dimanche de décembre, a aussi été évaluée, dit le porte-parole, mais l’objectif financier à atteindre serait trop grand.

Tout à revoir

«Cette guignolée-là devait être la 30e. Mais ça va plutôt être la toute première guignolée de la version 2.0. Il y a beaucoup de détails à repenser», fait pour sa part valoir le président du conseil d’administration de SOS Dépannage, Sylvain Larivière.

Selon lui, la collecte des denrées ne pose pas réellement problème. Souvent, les «guignoleux» sont composés de petits groupes appartenant à la même «bulle», soit des couples, des familles.

Les citoyens recevront donc, comme à l’habitude, les sacs de la Guignolée par le biais du Publi-Sac. Ils seront invités à les remplir et à les déposer à l’extérieur, le 6 décembre. De cette façon, les bénévoles n’auront pas à entrer dans les résidences, explique M. Larivière.

Le triage des denrées recueillies lors de la guignolée s’effectuera sur une plus longue période, avec une équipe réduite afin de respecter les règles sanitaires.

Le triage représente cependant un autre défi. Habituellement, plusieurs centaines de personnes déterminées — environ 400, l’an dernier — s’activent dans les locaux de SOS Dépannage pour trier les dons recueillis.

Cette opération est impensable cette année. La distanciation sociale, notamment, serait tout simplement impossible à respecter.

Tout n’est pas encore réglé à 100%, dit Éric Vachon, mais les sacs de nourriture seront vraisemblablement apportés à un entrepôt. «Ça va faire fi de quarantaine pour les denrées. En janvier, les employés de SOS et quelques bénévoles vont faire le tri. Ça va peut-être nous prendre deux semaines, au lieu de trois jours, comme d’habitude. Mais on va mettre en place un système sécuritaire pour tous», explique-t-il.

D’où l’importance, relève Sylvain Larivière, de n’offrir que des denrées non périssables cette année.

Générosité

«Si on dépasse les 85 tonnes de nourriture de l’an dernier, qui avaient été un record, ça prendra plus de temps pour le traitement. La population de Granby a toujours été généreuse, particulièrement dans les moments difficiles», affirme le président du conseil d’administration.

Éric Vachon souligne que les citoyens seront aussi sollicités pour effectuer des dons monétaires en ligne. Cela permettra de parer aux imprévus, dont une annulation à la dernière minute de la guignolée.

«Si on peut faire la collecte de denrées, les sous sont quand même importants. Malgré ce qu’on reçoit durant la guignolée, on fait des achats de viande, de produits laitiers, d’oeufs et de fruits et légumes. Même si notre magasin général est notre principale source de revenus, on a beaucoup de dépenses pour des denrées périssables et les dons permettent de les absorber», note le porte-parole de l’organisme.

Dans le contexte de la COVID-19, l’organisme sans but lucratif a dû se réinventer pour être en mesure de répondre à une demande d’aide alimentaire accrue. «On évolue avec la crise. On a appris à s’ajuster rapidement», avait lancé en entrevue le printemps dernier le fondateur et directeur général de l’organisme, Norman Dunn.