Marc Poirier est le coordonnateur de la Coopérative Bois d’exception, qui regroupe des membres propriétaires forestiers et artisans.
Marc Poirier est le coordonnateur de la Coopérative Bois d’exception, qui regroupe des membres propriétaires forestiers et artisans.

Une foresterie renouvelée

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Valoriser, récolter et travailler le bois de la région tout en respectant l’écosystème de la forêt, voici la mission dont s’est dotée la Coopérative Bois d’exception, regroupant des propriétaires forestiers et des artisans de la région de Frelighsburg.

Fondée en 2019 par six personnes, et composée aujourd’hui d’une centaine de propriétaires et d’artisans du bois, comme des luthiers, des sculpteurs et des ébénistes, provenant de municipalités du sud de la MRC Brome-Missisquoi comme Bedford, Stanbridge East, Dunham et Frelighsburg, Bois d’exception est une coopérative offrant du bois local, coupé de façon écoresponsable, et transformé selon les désirs du client.

Les forêts de cette région occupent 75 % du territoire, où on retrouve des essences nobles telles que le pin blanc, l’érable à sucre, le bouleau jaune, le cerisier tardif, la pruche ou encore le noyer cendré. La municipalité de Frelighsburg à elle seule comprend 110 propriétaires de boisés totalisant 3270 hectares.

« Le pedigree, l’histoire du bois, c’est important pour les artisans. Par exemple, le gros érable sur lequel tu t’es balancé toute ta vie, quand tu le coupes et qu’il devient une table, cette table aura une valeur et une connexion particulières », explique le coordonnateur de la coop Bois d’exception, Marc Poirier.

Des ingénieurs forestiers et des spécialistes sont mis à la disposition des membres, qui auront toutefois le dernier mot sur les décisions prises. « La coop va éduquer les propriétaires, à savoir, comment bien récolter leur forêt, de façon écoresponsable, avec une mise en valeur du bois. »

Tirer plus de revenus de la forêt

La coop avance qu’actuellement, un arbre abattu sur une terre privée rapporte, selon l’essence, plus ou moins 200 $, moins les frais de transport. Grâce aux méthodes coopératives et aux outils et services mis à la disposition des propriétaires de la coop, ces derniers pourraient obtenir un revenu jusqu’à 10 fois plus élevé pour un bel arbre de leur forêt.

Ces nouveaux revenus valorisent des emplois reliés aux activités forestières et assurent l’approvisionnement d’un bois de qualité exceptionnelle sur les marchés locaux et régionaux, d’après le plan d’affaires de la coop.

La coop Bois d’exception, dont le président est Pierre Jobin, vise un marché de proximité, et « ne veut pas devenir trop gros. On préfère être un modèle, et que plusieurs autres coops voient le jour dans les régions où il y a des feuillus, parce que c’est le bois que les artisans veulent, et non des résineux ».

Le séchoir sous vide diminue le temps de séchage du bois à environ trois semaines.

« La coop va éduquer les propriétaires, à savoir, comment bien récolter leur forêt, de façon écoresponsable, avec une mise en valeur du bois. »
Marc Poirier, coordonnateur de la coop Bois d’exception

Abatage respectueux

L’abatage des arbres se fera dans les règles de l’art, assure Marc Poirier. « Les producteurs sont beaucoup des jeunes, qui ont à cœur l’environnement, et qui ont vu ce que les anciennes générations ont fait à la forêt, avec les coupes à blanc, et les forêts qui prenaient des décennies à se régénérer. »

Dans les débuts de la coop, le professeur et spécialiste William Keaton, de l’Université du Vermont, une sommité dans le domaine de la foresterie, est venu donner des conférences et partager son savoir aux membres. « Il nous a aidés dans notre désir d’exploiter la forêt de façon plus socialement acceptable. Abattre un arbre, c’est une opération violente. Mais quand on le fait de la bonne façon, l’opinion des gens change », rapporte le maire de Frelighsburg, Jean Lévesque, membre de la coop.

La « cuisine » du bois

Les élans de la coop ont été freinés par la pandémie, laisse entendre M. Poirier, puisqu’il était impossible de tous se réunir. « La COVID a rendu les communications difficiles, rapporte Jean Lévesque. On avait plein de journées éducatives au programme, comme sur l’affutage des scies ou le prélèvement des essences, mais tout a été annulé. »

Toutefois, Bois d’exception a tout de même réussi à se doter d’un séchoir sous vide, qui accompagnera le séchoir à air déjà utilisé, permettant de sécher le bois une fois coupé. Le séchoir à air auquel la coop a accès, une sorte de grand garage ventilé de près de 4000 pieds carrés, est capable de tenir un inventaire d’environ 250 m3 solides.

« Sécher une planche de 2 par 4, ça va relativement vite, mais une planche de bois noble de plusieurs pouces qui mesure 10 pieds de long, ça peut prendre jusqu’à trois ans. »

Ainsi, le nouveau séchoir sous vide, qui sera installé près du séchoir à air, diminue le temps de séchage à environ trois semaines, ce qui permet d’assurer un approvisionnement plus rapide aux artisans. Selon M. Poirier, il n’existerait pas de ce type de séchoir dans la région. « On a cherché la plus belle technologie au monde. On a opté pour un fabricant du Vermont. »

Bois d’exception se donne au moins trois ans pour apprivoiser cette nouvelle technologie. « C’est comme la cuisine du bois. On met une batch dans le four et quand elle est prête, on la sort et on en met une autre. »

La coopérative sèchera et commercialisera d’abord le bois auprès des membres utilisateurs (artisans, ébénistes, menuisiers) selon leurs besoins identifiés au sein du regroupement. Les revenus des ventes serviront à rembourser les services de la coop et les profits sont retournés aux producteurs forestiers au prorata de leur approvisionnement, précise le plan d’affaires.

Le contrat qui liera les artisans à la coop reste à finaliser, ce qui sera fait au début de l’année 2021, rapporte le coordonnateur. Pour plus d’informations sur la coop et son fonctionnement, visitez le site web www.boisdexception.com.

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UN FESTIVAL POUR CÉLÉBRER LE BOIS

Le Festi’bois, un festival dédié aux artisans du bois, a servi de tremplin au démarrage de la Coopérative Bois d’exception lors de sa première édition tenue à la fête du Travail 2019, dans le village de Frelighsburg. Il a toutefois dû être annulé cette année, mais ce n’est que partie remise, indique le maire de Frelighsburg, Jean Lévesque.

« Ça a été une réussite au-delà de nos espérances. Tous les artisans voulaient revenir. Aussitôt que les conditions sanitaires vont le permettre, on va remettre l’événement en marche. »

Le Festiv’art ayant été mis sur pause après s’être tenu de nombreuses années dans le village, le Festi’bois a pris la relève pour mettre en valeur les artisans du bois, comme des luthiers, des fabricants de meubles ou des charpentiers.

« On veut faire plus qu’avoir des artisans, on veut sensibiliser la population à la forêt, à ses arbres et à ses métiers », a déclaré Denise Bélanger, coorganisatrice de l’événement.

Jean Lévesque invite les artisans qui voudraient participer à la prochaine édition à s’inscrire via la coop Bois d’exception.