Capture d’écran du vidéo de la mise en orbite de trois satellites en 2019.
Capture d’écran du vidéo de la mise en orbite de trois satellites en 2019.

Une entreprise de Dunham collabore avec l’Agence spatiale canadienne

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
Une entreprise de Dunham, INSARSAT, fait partie d’un groupe sélect qui travaillera en collaboration avec l’Agence spatiale canadienne pour préparer l’avenir de l’observation de la Terre. 

«Il faut proposer à l’agence différentes façons de résoudre leurs besoins en utilisant différentes approches : des données commerciales, des données qui sont disponibles gratuitement pour le gouvernement canadien, comme celles de l’Agence spatiale européenne, ou bien des données crées par des nouvelles missions satellitaires canadiennes», précise le Dr Guy Seguin, propriétaire de l’entreprise INSARSAT, fondée en 2015 à Dunham, et expert qui compte plus de 37 ans d’expérience dans le programme Canadien d’Observation de la Terre à partir de l’espace RADARSAT.

INSARSAT figure parmi les huit entreprises — sept canadiennes et une allemande — qui se sont vu remettre 350 000$ par l’Agence spatiale canadienne (ASC) pour analyser les besoins et les enjeux du futur de l’imagerie satellite.

En 2019, le gouvernement canadien a placé en orbite de nouveaux satellites qui ont une durée de vie de sept ans, soit jusqu’en 2026. L’ASC «lève les yeux vers le futur» et veut se préparer pour l’après-RADARSAT, indique l’ingénieur principal à l’ASC, Éric Dubuc. Pour ce faire, l’ASC s’est tournée vers l’industrie privée pour fournir des pistes de solutions pour assurer un accès aux données d’observation de la Terre, une fois que les satellites auront atteint leur fin de vie utile

Le docteur Guy Seguin.

«Au gouvernement, on ne prétend pas avoir toutes les solutions et on fait appel aux meilleurs cerveaux. On a lancé une compétition et on a invité les entreprises à soumettre des propositions», explique Éric Dubuc.

L’utilisation d’images satellites permet au gouvernement canadien de fournir des données à plus de 90 programmes et services du gouvernement administrés par une douzaine de ministères. D’abord développé dans les années 80 pour guider les navires à travers les eaux canadiennes en hiver, le programme RADARSAT offre aujourd’hui un large éventail de possibilités : détection de l’humidité dans les prairies pour évaluer la santé des champs, identification de fuites de carburants dans les eaux pour faire des interventions rapides ou encore l’analyse des zones inondables afin de prévoir les catastrophes.

Les ministères fédéraux se sont consultés et ont dressé une liste de plus de 75 besoins pour la période 2026-2041.

Le rapport, attendu d’ici cinq mois, doit faire une analyse comparative des solutions basées sur leur conformité avec les besoins des utilisateurs fédéraux, les bénéfices et les coûts afin d’aider l’Agence spatiale à choisir l’option plus appropriée.

Image radar du sud-est de la région de Montréal reconstruite à partir de donnée radar (ESA Sentinel-1). À gauche, le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Châteauguay et à droite, la rivière Richelieu avec la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Enjeux d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Pour éviter qu’un drame comme celui du Titanic, survenu en 1912 au large de Terre-Neuve, se reproduise, le Canada a développé un programme d’imagerie radar à partir d’avions pour guider les embarcations à travers les eaux canadiennes l’hiver. Toutefois, par mauvais temps, les avions étaient cloués au sol, incapables de fournir ces précieuses données pour parcourir le détroit de Cabot ainsi le golfe et le fleuve Saint-Laurent. «Le Titanic n’était pas un cas isolé, il y avait souvent des naufrages en hiver dans les eaux canadiennes à cause des glaces», explique le Dr Seguin.

La solution : se fier sur des données fiables et constantes prises peu importe la météo et l’heure de la journée grâce à un satellite en orbite autour de la Terre. Dès les années 80, indique-t-il, l’ASC s’est concentrée sur la technologie radar, puisque le Canada compte sur des périodes d’ensoleillement plutôt courtes en hiver et qu’il est un pays nuageux, surtout sur les zones maritimes, ce qui rend caduque l’utilisation de la technologie optique.

Guy Seguin a commencé à plancher sur le programme RADARSAT alors qu’il travaillait sur le satellite RADARSAT-1, le premier de la constellation, en 1983, sous les ordres de la compagnie Spar Aerospatial. En 1993, il a été embauché par l’ASC comme directeur du développement des technologies d’observation et le premier satellite radar a été lancé dans l’espace en 1995.

Au tournant des années 2000, la gestion des approches maritimes au Canada est devenue une priorité. «C’est ce qui a déterminé le développement de trois satellites pour être capable de faire des observations sur une base journalière», explique-t-il. Le radar génère sa propre illumination du sol et permet une bonne discrimination du type de glace afin de distinguer la glace neuve plus mince des glaces plus anciennes et donc plus épaisse, poursuit le Dr Séguin.

Satellite de la constellation RADARSAT (RCM) prenant des images.

«La complexité c’est qu’on a beaucoup de besoins et on veut réussir à satisfaire le plus possible ces besoins dans un cadre efficace et contraint au niveau des coûts. C’est un peu ça l’équation qu’on veut résoudre et c’est le défi qui se présente à nous pour la période 2026-2041», estime Guy Seguin.

Le Canada, meneur dans le monde

Un autre volet du programme est l’identification de pays avec lesquels l’Agence spatiale canadienne peut collaborer pour accéder à de l’imagerie spatiale.

«On a l’avantage, au Canada, d’être parmi les leaders en observation de la Terre, ce qui nous permet d’avoir des échanges avec nos homologues dans les autres pays qui n’ont pas les mêmes technologies et qui sont complémentaires. On veut trouver la complémentarité entre ces programmes et en bénéficier», explique Éric Dubuc.