Ma vie en main souhaite fabriquer des meubles et les offrir à prix d’ami aux organismes du territoire, dit Luc Racicot.

Une deuxième vie pour le frêne

Une filière de revalorisation du frêne, cet arbre affecté par l’agrile, cet insecte nuisible originaire d’Asie, se met en place à Granby. Le programme Ma vie en main souhaite fabriquer des meubles et les offrir à prix d’ami aux organismes communautaires du territoire.

« Comme c’est du bois qui nous est donné par la Ville, pour être conséquent, nous aimerions faire du petit mobilier et le vendre pas cher à des organismes. Le prix nous permettrait juste de couvrir nos frais d’électricité et autres. Mais si la demande n’est pas présente du côté du communautaire, nous pourrions vendre à la population », a expliqué le responsable du programme, Luc Racicot.

Ma vie en main a reçu un lot de planches de frêne l’an dernier de la Ville de Granby. Elle pourrait aussi en recevoir cette année. Luc Racicot affirme que ces planches, dont toutes traces potentielles de la présence de l’insecte ont été effacées au séchage, pourraient être utilisées pour fabriquer de petites étagères, des bibliothèques, des tables de chevets, voire des bases de lits simples pour les ressources d’hébergement.

« C’est du bois de qualité, très solide », lance M. Racicot.

Logé dans les locaux de la Société de formation industrielle de l’Estrie, Ma vie en main, fondée il y a huit ans, est un programme d’entraînement aux habiletés de travail pour des personnes qui ont des problèmes de santé mentale graves et persistants. Entre les mains habiles des participants de ce programme de menuiserie naissent autant des chevaux de bois, des bancs de parc, que des chaises Adirondack. Le fruit des ventes est réinvesti dans le bois et les outils, précise M. Racicot.

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La mise en place d’une filière de valorisation s’impose, car l’insecte, lui, ne cesse de gagner du terrain. En 2018, ce sont près de 100 frênes, répartis surtout dans les boisés publics (parcs Comeau, Miner et Terry-Fox), qui seront coupés et remplacés, souligne le directeur des travaux publics à la Ville, François Méthot-Borduas.

En 2018, près de 100 frênes, répartis surtout dans les boisés publics (parcs Comeau, Miner et Terry-Fox), seront coupés et remplacés.

Un inventaire réalisé au cours des dernières années a révélé la présence de 865 frênes sur le domaine public et 1318 sur des terrains privés. Pour ralentir l’infestation, 174 frênes sont traités au Treeazin, note M. Méthot-Borduas.

La présence de l’insecte a été confirmée à Granby en 2013 par l’Agence canadienne d’inspection des aliments dans un parc de la rue Brignon.

Différentes mesures ont depuis été mises en place. La Ville participe notamment depuis l’an dernier à un programme de recherche développé par l’Institut national de recherche scientifique de l’Institut Armand-Frappier et Ressources naturelles Canada. Une série de pièges contenant des champignons microscopiques de type Beauveria bassiana, nocifs pour l’agrile, sera à nouveau disposée cet été à la cime d’une quinzaine de frênes du parc Daniel-Johnson, relève le coordonnateur de la division environnement à la Ville, Serge Drolet.

2025
M. Drolet rapporte d’ailleurs qu’en 2025, de 90 à 95 % des frênes devraient être disparus à Granby, selon des modèles théoriques élaborés avec la collaboration de la consultante, Hélène Godmaire, du Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes.

Mais, contrairement à d’autres municipalités, comme Carignan et Montréal, les frênes granbyens ne sont pas de gros calibre. L’impact financier et visuel de cette disparition de feuillus est ainsi moins grand, fait valoir François Méthot-Borduas. « À Granby, on a quand même une canopée assez variée. Ça veut dire qu’on est moins à risque quand il y a des infestations d’insectes comme ça », dit-il.

Le directeur des travaux publics affirme que la Ville verrait d’un bon œil une entente de partenariat à long terme avec Ma vie en main, s’il y a un intérêt de leur côté, pour permettre aux frênes coupés d’avoir une deuxième vie. Les arbres de plus petits diamètres sont transformés en paillis pour les aménagements municipaux, souligne-t-il. « On essaye vraiment de revaloriser le plus possible les frênes qu’on va abattre », assure François Méthot-Borduas.

Serge Drolet réitère qu’il est recommandé de couper les frênes affectés par la maladie entre les mois d’octobre et de mars pour éviter la propagation de l’insecte durant la saison chaude. L’écocentre dispose de l’équipement nécessaire pour les réduire en copeaux.

Le coordonnateur de la division environnement à la Ville rappelle en outre l’existence d’un programme de subvention pour favoriser la plantation d’arbres. Celui-ci s’adresse à l’ensemble de la population, mais peut intéresser particulièrement les propriétaires qui souhaiteraient remplacer un frêne abattu. En vertu de ce programme, la Ville rembourse jusqu’à 50 % des arbres achetés, jusqu’à concurrence de 100 $.