«Les raisons pour lesquelles on nous dit non sont d'une faiblesse épouvantable, comparativement au gain économique que la région aurait pu faire», estime le maire de Granby et préfet de la Haute-Yamaska, Pascal Bonin.

Une décision de la CPTAQ «fait mal à la région au complet»

Le refus de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) d'exclure du territoire agricole une partie du territoire de la Ville de Granby pour permettre la réalisation d'un mégaprojet commercial «fait mal à la région au complet», a déploré lundi le maire de Granby et préfet de la Haute-Yamaska, Pascal Bonin.
«C'est hyper décevant», a-t-il laissé tomber. «Ce sont des centaines et des centaines d'emplois, ne serait-ce que pour la construction du projet, et aussi un hôtel, qu'on n'aura pas. C'est un investissement de 100 millions $ qui ne se réalisera pas», a repris M. Bonin. 
La Voix de l'Est rapportait la semaine dernière la décision de la CPTAQ dans ce dossier, qui chemine depuis 2011. La Commission a notamment argué que, selon elle, d'autres sites auraient pu permettre la réalisation du projet commercial, piloté par l'architecte granbyen Denis Favreau. 
Celui-ci souhaitait construire un centre des congrès de 60 000 pieds carrés et un hôtel de 120 chambres. Un complexe commercial de 500 000 pieds carrés aurait aussi pu voir le jour sur le site visé, soit un terrain en partie boisé situé au nord du boulevard David-Bouchard, en face du cinéma Élysée. 
«Le terrain préconisé par la CPTAQ est le terrain voisin du site visé, où il y a un poste électrique. Mettre un hôtel à côté d'un poste électrique, je pense que c'est assez évident que ça ne va pas là», lance Pascal Bonin qui avait préféré attendre quelques jours la semaine dernière avant de commenter cette décision. 
Salamandres
Autre hic, selon le maire et préfet: un biologiste, dont les services ont été retenus par la MRC, a démontré à la CPTAQ que le terrain voisin abrite la salamandre à quatre orteils, susceptible d'être désignée espèce menacée ou vulnérable.
«Le ministère de l'Environ-nement ne laisserait même pas les travaux s'effectuer dans une partie de cette zone-là. On se demande vraiment à moment donné le fondement du refus. Je me demande sincèrement s'il y a eu une ouverture», déplore Pascal Bonin. 
«On nous dit que les MRC et les villes doivent être des acteurs de l'économie. On a un projet de 100 millions $ dans une communauté comme la Haute-Yamaska et on se fait dire non sous prétexte qu'on peut le faire ailleurs, où il y a pourtant un frein environnemental, c'est décevant. (...) Il y a comme une indifférence pour les gens de Haute-Yamaska», ajoute le maire. 
Le potentiel agricole du site convoité par Denis Favreau a aussi été évoqué par la CPTAQ dans son argumentaire. Mais Pascal Bonin doute fort que les activités agricoles y soient développées davantage. «Y a-t-il quelqu'un qui va aller faire de la culture à côté de la 139 (route), à côté des centres d'achats et du Zoo? C'est illusoire. On respecte la décision et l'instance (la CPTAQ). Mais les raisons pour lesquelles on nous dit non sont d'une faiblesse épouvantable, comparativement au gain économique que la région aurait pu faire. Je suis déçu pour les citoyens de la Haute-Yamaska et pour la région touristique qui avait besoin d'un hôtel», déclare Pascal Bonin. 
Celui-ci affirme que la MRC n'a cependant pas l'intention de contester la décision de la CPTAQ. Celle-ci avait déjà donné une orientation préliminaire défavorable au projet en 2014. «Ils nous ont écoutés, mais ils ne nous ont pas entendus. Maintenant, ce projet-là va aller dans une autre ville», craint Pascal Bonin.
En arrière
Denis Favreau a pour sa part affirmé vouloir «enterrer le projet pour le moment». «Peut-être que la conjoncture va changer, mais je trouve ça quand même aberrant que ce soit deux commissaires qui disent à une ville, une MRC, qu'ils ne peuvent pas développer là. Il me semble que la gestion des territoires devrait être plus près des municipalités et des MRC. Toutes les villes nous appuyaient dans le dossier, autant Bromont que Saint-Alphonse ou Saint-Paul (d'Abbotsford). Il faut croire qu'il y a eu des pressions quelque part de groupes ou de gens qui ne voulaient pas que ça se réalise», déplore le promoteur. 
Selon lui, l'offre commerciale restera ainsi «20 ans en arrière à Granby». 
«Pour faire un projet comme ça, ça prenait toutes les conditions gagnantes et le seul site qui était gagnant pour nous, c'est celui qu'on a présenté. Malheureusement, les commissaires n'ont peut-être pas compris la portée du projet», conclut Denis Favreau.