Guy Bohémier se dit «pris en otage» en raison de la pénurie de personnel qui, clame-t-il, prive sa conjointe de soins à domicile, l’obligeant ainsi à rester en CHSLD.

Une dame privée de soins à domicile est forcée de rester en CHSLD

Guy Bohémier en a ras le bol. Il y a quelques semaines, il croyait avoir gagné son combat de longue haleine pour que sa conjointe, aux prises avec des problèmes de santé, restreignant notamment sa mobilité, puisse revenir à la maison. Or, le septuagénaire vient d’entamer un nouveau bras de fer. L’homme déplore que sa femme doit rester au CHSLD Les Foyers Farnham, faute de préposés aux bénéficiaires pour du soutien à domicile.

Au bout du rouleau, c’est pancartes en mains devant le CLSC de Cowansville que Guy Bohémier a décidé de lever le voile sur ce qu’il décrit comme un « véritable cauchemar ». Il implore la ministre des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, de se mêler du dossier pour dénouer l’impasse.

« Ministre Blais, rendez moi [sic] mon épouse à la maison », peut-on lire sur un des écriteaux qu’il brandit.

Selon M. Bohémier, ce « calvaire » a commencé en octobre dernier. Après quelques chutes, sa conjointe, âgée de 76 ans, a dû être admise à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. Étant donné son état de santé fragilisé, la dame a été transportée deux mois plus tard au centre d’hébergement de Farnham. Selon le septuagénaire, elle serait également atteinte d’Alzheimer à un stade précoce.

Dès le jour un, son mari dit avoir entamé des démarches pour qu’elle revienne le plus vite possible dans sa demeure.

« J’ai fait installer un élévateur à l’extérieur pour qu’elle puisse entrer dans la maison en fauteuil roulant. J’ai aussi acheté une [minifourgonnette] adaptée. Ça fait des mois que je me démène. Tous les jours, je vais la voir au CHSLD. Et elle me dit qu’elle veut partir. Ça mine énormément son moral. Ça me fait mal de la voir comme ça. Ça fait 54 ans qu’on est ensemble. Je veux ce qu’il y a de mieux pour elle. »

M. Bohémier dit également avoir embauché une physiothérapeute pour accompagner sa conjointe durant sa réadaptation. Le fardeau financier devient toutefois très lourd à porter, concède-t-il.

« J’ai de la difficulté à payer près de 2000 $ par mois pour que ma femme reste en CHSLD. Sans compter tous les équipements. Il faut que ça arrête, autant pour moi que pour elle. Je ne veux pas me ramasser dans le mur », a illustré l’homme de 78 ans.

Otage 

Selon M. Bohémier, au terme d’une réunion tenue le 7 juin, de nombreux représentants du réseau de la santé, regroupés pour étudier le dossier, auraient donné le feu vert pour que sa conjointe réintègre sa maison. Cette victoire fut toutefois de courte durée.

« Pas longtemps après, on m’a dit au CLSC Larouche (Cowansville) qu’elle devait rester à la résidence. Qu’on n’avait personne pour m’aider dans les soins à domicile à cause de la pénurie de préposés aux bénéficiaires. Je me sens comme un otage dans tout ça. »

Guy Bohémier se dit néanmoins conscient qu’il devra peut-être faire des choix déchirants au cours des années à venir.

« Demain, après demain, ça peut tomber à pic pour moi ou ma femme. Mais les dernières années qu’il nous reste, on aimerait les passer ensemble. Si ça ne fonctionne plus à la maison, on la vendra et on ira dans une place adaptée. Mais on n’est pas là pour le moment. »

De son côté, le CIUSSS de l’Estrie n’a pas voulu commenter le dossier. « Nous avons l’obligation légale d’assurer la confidentialité des dossiers de nos usagers », indique par courriel la conseillère en communications, Geneviève Lemay.

« Bien que la disponibilité de la main-d’œuvre soit un défi sur l’ensemble de notre territoire, la situation n’est pas plus critique pour le secteur des soins à domicile du RLS (réseau local de services) La Pommeraie, a ajouté la représentante du CIUSSS. Lorsqu’une personne souhaite recevoir des soins à domicile, les besoins cliniques de la personne sont analysés. Il se peut, dans certains cas, que le service ne puisse être offert, et ce, pour de multiples facteurs, dont la complexité et la fréquence des soins à recevoir. D’autres alternatives peuvent alors être discutées avec l’usager et ses proches. »

Malgré ce nouvel obstacle, M. Bohémier n’entend pas baisser les bras. « Ma femme perd sa dignité en ce moment. Je vais continuer à me battre pour elle. Le jour où elle reviendra à la maison, je serai l’homme le plus heureux sur la Terre. »