La copropriétaire de la ferme Rusé comme un canard à Granby, Fernande Ouellet, est l’une des membres fondatrices de la coopérative de solidarité le Petit abattoir.

Une coop pour un micro-abattoir à Granby

Une nouvelle coopérative de solidarité, le Petit abattoir, a été créée à Granby afin de mettre en place une infrastructure qui répondra à un besoin en matière d’abattage pour les productions à plus petite échelle. Cela permettra aussi de favoriser une agriculture de proximité, estime l’une des membres fondatrices, Fernande Ouellet.

« L’idée, c’est d’avoir un micro-abattoir qui réponde aux plus hauts standards de qualité et qui nous permette de solidifier la production agricole autour de nous, dans un rayon relativement élargi », fait valoir celle qui est aussi copropriétaire de la ferme granbyenne spécialisée dans l’élevage de canards et d’oies, Rusé comme un canard.

Fernande Ouellet n’est pas seule dans ce projet, pour lequel une campagne de financement a été lancée. Martin Campbell, ex-propriétaire d’abattoir et maintenant enseignant en boucherie au Centre de formation professionnelle Brome-Missisquoi, Marc Séguin, propriétaire d’une fermette en autoconsommation à Hemmingford et réalisateur du documentaire La ferme et son État, Simon Mathys, chef du restaurant Manitoba à Montréal, ainsi que Carole Verreault, experte en financement d’entreprises collectives et ex-gestionnaire à la Caisse d’Économie Solidaire de Québec sont aussi engagés dans l’aventure.

Selon la productrice agricole, les petites fermes comme la sienne, qui prônent par exemple l’élevage en pâturage, trouvent difficilement leur place dans les abattoirs industriels et automatisés, qui favorisent les gros lots.

Autre réalité à l’origine du projet : les grandes distances à parcourir pour recourir aux services d’un abattoir freinent le développement des petites fermes. Rusé comme un canard fait, pour sa part, appel aux services du dernier abattoir d’oies au Québec, situé à l’île d’Orléans.

Fernande Ouellet précise que la problématique de l’abattage ne touche pas que les producteurs d’oies, mais tous les types d’animaux, « y compris la viande rouge ». « Ça empêche d’avoir une viande véritablement locale. Les animaux et la viande parcourent de très grandes distances et c’est difficile, à cause du manque d’infrastructure, de réduire notre empreinte environnementale en production de viande au Québec », expose-t-elle.

Campagne de financement

C’est à Granby qu’il est prévu d’implanter le petit abattoir. Granby Industriel travaille avec les membres fondateurs afin de cibler un site dans le parc industriel. Dans un premier temps, il est prévu de transformer quatre conteneurs maritimes en une unité fixe d’abattage. L’endroit répondra aux normes d’inspection HACCP de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

« Si on démontre que ça vaut la peine de construire dans le solide, on pourra revendre cette unité-là pour qu’elle aille développer un nouvel écosystème d’affaires ailleurs. On pourra récupérer ces sommes-là pour les réinjecter dans une construction », relève Mme Ouellet.

La formule coopérative a été privilégiée parce qu’elle a entre autres pour avantages d’assurer la pérennité de l’infrastructure et de permettre aux « parties prenantes » d’en choisir la destinée, souligne Fernande Ouellet.

Selon elle, une campagne de financement participatif a été lancée cette semaine sur la plate-forme de La Ruche Montréal. L’objectif à atteindre d’ici la fin de l’année a été fixé à 20 000 $. Cela contribuera à la mise de fonds. Des demandes de subventions seront aussi logées, de même qu’un ou des soupers-bénéfices seront organisés au début de l’année 2020.

Pas besoin d’être propriétaire d’une production agricole pour devenir membre de la coopérative de solidarité. Il est aussi possible de devenir membre de soutien pour « contribuer à l’essor d’une agriculture à petite échelle et à la vitalité des territoires », note Fernande Ouellet.

« Nous faisons aussi le pari qu’avec une infrastructure à proximité et bien adaptée à leur réalité, les agriculteurs augmenteront leur cheptel, d’autres diversifieront leur production, et de nouveaux agriculteurs s’installeront sur le territoire », affirment les membres fondateurs de la coop sur La Ruche.