Dominique L’Heureux a passé une nuit difficile dans une chambre du cinquième étage, à l’hôpital de Granby, qui se trouve à être, en réalité, une civière dans le couloir.

Une chambre improvisée dans le couloir de l'hôpital

Une nouvelle chambre a été créée à l’hôpital de Granby. Elle porte le numéro 526-3, a vue sur le poste de garde et sa position stratégique permet de n’avoir à faire que deux pas pour accéder à la bruyante machine à glace. Le hic, c’est que le patient qui s’y trouve ne profite d’aucune intimité puisque le rideau qui fait office de mur ne fait même pas le tour de la civière.

La Granbyenne Dominique L’Heureux, qui est atteinte d’une maladie auto-immune multiple depuis 24 ans, a eu droit à cette chambre de vendredi à samedi. Elle a ensuite insisté pour retourner à la maison, où elle pourra guérir plus facilement que dans ces conditions spartiates. « Ça fait 24 ans qu’on me dit de faire attention à ma santé, mais là c’est le système qui me met en danger. »

En entrevue avec La Voix de l’Est, elle déplore la situation dans laquelle sont plongés tant le personnel que les patients. Elle fait hommage à maintes reprises à l’excellent travail du corps médical, mais elle compte porter plainte au sujet de cette chambre inappropriée pour traiter des patients.

Mme L’Heureux ne semblait pas être la personne la mieux désignée pour occuper la « chambre 526-3 ». En effet, contrôler sa maladie nécessite de mettre à zéro son système immunitaire tous les six mois, ce qui l’expose aux infections lorsqu’elle n’est pas isolée.

dégradation
Elle est entrée en urgence à l’hôpital lundi soir en raison d’une péricardite — une infection du sac à double couche qui enveloppe le cœur. En détresse respiratoire et victime de vives douleurs, elle a été prise en charge en salle de choc pendant qu’un membre de son entourage dressait le portrait de son état de santé à un médecin.

Au bout de trois heures de travail pour la stabiliser, elle a été prise en charge aux soins intensifs pendant quelque temps. Mercredi, à 2 h du matin, on l’a réveillé pour la transférer dans une chambre au 6e étage. Elle était alors encore dans une vraie chambre où elle était isolée sommairement et recevait de bons soins. Son dossier était connu.

« Le service est numéro un, les infirmières sont des amours. J’ai constaté leur surcharge, mais elles sont dévouées », souligne Mme L’Heureux.

La chambre 526-3 est en réalité une civière dans un couloir, juste à côté du poste de garde et d’une machine à glace bruyante.

La douleur s’étant estompée grâce à la morphine, on lui a donné son congé avec médication. L’un de ses yeux avait toutefois commencé à s’infecter, ce qui dans son cas peut provoquer une phlébite ou une thrombose.

Exposée aux infections
Dans la nuit de mercredi à jeudi, Dominique L’Heureux est de retour à l’urgence à cause de douleurs au cœur. On l’a placé cette fois-ci sur une civière près du comptoir de l’observation à l’urgence, et ce, malgré la faiblesse de son système immunitaire. Les soins sont une fois de plus bons.

Vendredi soir, on lui annonce qu’une chambre l’attend. La surprise fut grande quand elle a réalisé qu’il s’agissait plutôt d’une civière dans le couloir du cinquième étage.

« La coordonnatrice qui m’a placée là n’avait aucune idée dans quel état j’étais, confie-t-elle en entrevue. Le seul critère pour être placé-là est d’être autonome. Les infirmières ne connaissaient pas mon état, elles n’ont pas eu le temps de lire mon dossier, elles ne savaient pas que j’étais “immunosupprimée”. La communication est vraiment importante quand on transfère un patient comme moi. [...] »

En plus du bruit de la machine à glace et des rapports de fin de quart de travail au poste de garde qu’elle entendait, un courant d’air froid tombait directement sur la civière, ce qui l’a empêchée de dormir, lui a causé une sinusite et a amplifié sa conjonctivite.

Plainte
« Les employés avaient commencé à faire circuler une pétition quand ils ont ouvert cette pseudo chambre en janvier, parce que, pour eux, c’est inacceptable, rapporte Mme L’Heureux. Mais la pétition a disparu. »

Qu’à cela ne tienne, Dominique L’Heureux a entrepris des démarches pour que la chambre 526-3 ne soit plus.

« Je me sens un devoir moral de le faire. Je vais faire une plainte au commissaire local aux plaintes et au comité des usagers. Le personnel m’a donné tous les documents à remplir. J’essaie, et on verra ce que ça donne. »

À sa demande, elle était de retour chez elle samedi après une nuit difficile dans la chambre du couloir.

S’adresser au commissaire aux plaintes: la chose à faire

Mise au fait de la situation vécue par Dominique L’Heureux, la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Annie-Andrée Émond, assure que la Granbyenne fait la bonne chose en s’adressant au commissaire local aux plaintes puisqu’il sera plus simple d’assurer un suivi. 

« On va porter une attention particulière à son histoire et voir qu’est-ce qui s’est passé », indique Mme Émond. Le commissaire peut faire des recommandations, d’autant plus que l’urgence n’était pas en situation de débordement ce week-end comme c’était le cas dans les dernières semaines. Les unités de débordement n’étaient pas toutes utilisées, ajoute-t-elle. 

Le commissaire local aux plaintes est l’instance toute désignée pour s’assurer d’avoir des réponses. « On encourage les gens à faire une plainte au commissaire quand ils veulent nous aider à améliorer nos services. »

En janvier, La Voix de l’Est révélait que le débordement à l’urgence était tel que des patients étaient envoyés partout ailleurs dans l’hôpital, notamment en chirurgie d’un jour et au cinquième étage.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, commentait alors la situation : « ajouter une civière dans le couloir en médecine [5e étage], c’est inacceptable », avait-elle déploré. Elle avait par ailleurs annoncé qu’une pétition lancée par le personnel circulait. 

Mme Émond ne savait pas où en était la pétition, dimanche, puisqu’il est plus difficile d’obtenir des réponses la fin de semaine.