La mère de Mélina Martin, Françoise Algier, s’accroche à l’espoir de savoir un jour où elle est.

Une cérémonie à la mémoire de Mélina Martin

Lorsque le soleil se couchera dimanche, le parc Roch-Bourbonnais de Farnham s’illuminera. Parents, amis et citoyens seront ainsi réunis pour un hommage à la chandelle afin de se recueillir à la mémoire de Mélina Martin, cette adolescente disparue depuis maintenant 14 ans.

« Ça fait 14 ans. C’est long, 14 ans. Ça nous tracasse. Est-ce qu’elle est décédée ? Tant qu’on n’aura pas de corps, on ne le saura pas. Et tant que je n’aurai pas de corps, je ne ferai pas de deuil », confie Françoise Algier, la mère de la disparue. 

La dernière fois qu’elle a vu sa fille Mélina, celle-ci venait tout juste de célébrer son 13e anniversaire. Elle l’avait alors déposée au parc Roch-Bourbonnais, où se déroulaient des activités dans le cadre d’une fête hivernale. Puis, plus rien. L’adolescente s’est littéralement évanouie dans la nature. Et elle demeure introuvable. 

« On garde espoir. Des fois, après 10 ou 12 ans, ils retrouvent des personnes disparues. Il faut garder espoir qu’un jour ce sera notre tour », laisse tomber la mère de famille. 

Cet espoir de savoir enfin ce qui s’est passé ce jour de janvier 2005 a été ravivé en novembre dernier. Meurtres et disparitions irrésolus du Québec, un organisme à but non lucratif lancé par Stéphane Luce, a alors tenu son premier exercice d’investigation criminelle sous l’eau, en partenariat avec Sauvetage médical Québec, dans la rivière Yamaska à Farnham.

« Le but est de faire ce type d’exercices à des endroits près du lieu des disparitions ou parce que, pour une raison ou une autre, nous croyons que ça vaut le coup d’aller voir. Nous croyons que nos actions nous mèneront peut-être vers des indices pertinents », explique M. Luce, précisant qu’un deuxième exercice sera organisé au même endroit ce printemps. 

C’est justement ce que la famille de Mélina espère. Depuis que l’adolescente est disparue, peu de choses ont été faites, estime sa mère. « Depuis 14 ans, rien n’a été fait à part ce qu’on a fait par nous-mêmes, dit-elle. Les battues, c’est mon neveu qui les a faites dans le bois en compagnie de chasseurs. C’est pas drôle quand tu n’as même pas les policiers qui sont là pour t’aider. »

Mme Algier a expliqué qu’un nouvel enquêteur a hérité de l’investigation de la disparition de sa fille, mais qu’elle ne s’est pas encore entretenue avec lui. 

Hommage

L’histoire de Mélina a bouleversé de nombreux citoyens, dont le maire de Farnham, Patrick Melchior. Il est d’ailleurs l’instigateur de l’hommage aux chandelles à la mémoire de l’adolescente prévu ce dimanche. « C’est une situation qui me touche beaucoup, dit-il. J’ai dit à la famille que je ferais tout ce que je peux en tant que maire, d’où l’idée de faire l’événement commémoratif. On veut donner espoir à la famille, leur dire qu’on est là. »

La commémoration de la disparition de Mélina se déroulera au parc Roch-Bourbonnais à compter de 16 h. Les participants seront invités à lui écrire un message qui sera accroché sur les branches d’un arbre planté il y a quelques années en son honneur. 

Un hommage aux chandelles est ensuite organisé. « On ne veut pas que les gens oublient », souligne Françoise Algier.

Marie-Claude Barrette anime la série Où es-tu ?, dont un épisode est consacré à la disparition de Mélina Martin.

SÉRIE DOCUMENTAIRE OÙ ES-TU?: POUR NE JAMAIS OUBLIER

La disparition de Mélina Martin sera au cœur d’un épisode de la nouvelle série documentaire Où es-tu ? , diffusé le 29 janvier sur la chaîne de Moi et Cie. Pendant une heure, l’animatrice Marie-Claude Barrette trace le portrait de l’adolescente, revient sur le jour de sa disparition et les heures qui ont suivi. 

La série de six épisodes, produite par Attraction Images, permet un retour sur des disparitions qui ne sont pas résolues. « Je trouvais qu’on pouvait faire une différence avec un projet comme ça et faire du bien à des gens, estime Mme Barrette. Quand une personne est disparue, j’imagine que ce que tu veux, c’est qu’on en parle et qu’elle ne soit jamais oubliée. »

Chaque épisode est consacré à une personne disparue. L’approche n’est pas journalistique et ne prend pas la formule d’une enquête. « C’est une disparition avec une vision 360 degrés, explique l’animatrice. On apprend qui est la personne disparue, à quoi elle ressemblait, ce qu’elle représentait pour sa famille. Ensuite, qu’est-ce qui s’est passé le jour de sa disparition, dans quelles circonstances elle est disparue, à quel moment on décide d’appeler les policiers. On apprend ce qui s’est passé dans les heures qui ont suivi. »

Les familles sont au cœur des récits. « Il fallait entrer dans l’histoire, revenir sur les traces du passé. Ils l’ont tous fait volontairement avec beaucoup d’amour pour la personne disparue », raconte Mme Barrette­. « Ces gens-là sont dans un état de vigilance, poursuit-elle. Ils sont toujours en attente. Le téléphone sonne la nuit, ils pensent que c’est la personne qui est disparue. Ils se promènent dans la rue, n’y pensent plus quelques minutes et voient une personne en pensant que c’est elle. C’est unique. Je pense que c’est le pire drame. »

« Une famille attachante »

Les membres de la famille de Mélina Martin ont été réunis autour d’une même table pour partager un repas et discuter de sa disparition à l’occasion du tournage. Un premier exercice du genre pour eux depuis qu’ils sont sans nouvelles de l’adolescente. « C’est une famille qu’on a trouvé particulièrement attachante, raconte l’animatrice. Françoise, la mère, est une femme que j’ai trouvé extrêmement attachante, très marquée par le départ de sa fille, qui a eu un cancer quelques années après. On sent qu’elle vivote, qu’elle n’est pas pleinement dans sa vie parce qu’il lui manque un morceau. Elle est allée la reconduire à la fête des neiges et elle ne l’a jamais revue. »

L’une des sœurs de Mélina, Roxanne Demers, a aussi participé à une émission spéciale de Deux filles le matin, également animée par Marie-Claude Barrette. « Roxanne porte une boule de colère de la façon dont les recherches ont été faites pour sa sœur. Elle veut poursuivre la mission de sa mère, qui est de retrouver Mélina. Ce sera ça toute sa vie, dit-elle. On voit à quel point c’est marquant dans une vie, à quel point il y a une vie avant la disparition et après la disparition. La vie après est difficile. Et dans cette famille-là, on le sentait beaucoup. »

Des intervenants et des policiers sont aussi interviewés. « Les familles, souvent, vont démontrer des insatisfactions par rapport à certains moments de l’enquête. On va questionner les policiers, poser les mêmes questions que la famille pour essayer de comprendre pourquoi ça n’a pas été fait. »

« Quand on a interviewé les policiers, renchérit l’animatrice, on ne sent pas qu’il y a tant de choses qui ont été faites pour retrouver Mélina parce que rapidement on a conclu à la fugue. En même temps, elle venait d’avoir 13 ans. C’est quand même jeune pour faire une fugue. Il y avait d’autres avenues à explorer à mon avis. »

La série documentaire permet aussi de montrer aux téléspectateurs ce qui se passe notamment au quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal. On voit les policiers qui procèdent à des prélèvements pour un test d’ADN et le centre d’intervention où sont déclenchées les alertes Amber lors de l’enlèvement d’un enfant. 

La disparition de Mélina n’a pas laissé indifférente Mme Barrette, elle-même maman. Au contraire. « C’est un cas qui est venu me chercher beaucoup. Vraiment. Je pense que cette petite-là mérite ça. Et sa famille mérite ça », dit-elle à propos de l’épisode qui sera consacré à l’adolescente.