Pierre Paradis, député de Brome-Missisquoi.

« Une carrière entachée »

Le scandale ayant mené à la destitution de Pierre Paradis a porté un coup fatal à sa carrière politique, croit un spécialiste de la communication politique. L'opinion publique décidera toutefois de sa rédemption, ajoute un spécialiste des relations publiques.
Selon Thierry Giasson, professeur titulaire au Département de science politique de l'Université Laval et chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique, le fait que M. Paradis soit un député d'expérience est un facteur aggravant. « Ce qui est dommageable, c'est qu'il est un politicien de carrière. C'est le deuxième député le plus ancien à l'Assemblée nationale, pas un néophyte, rapporte-t-il. Il a occupé des tâches et des charges très importantes au sein de l'État. »
« Les hommes en situation d'autorité, surtout ceux dont le travail est de représenter les citoyens, doivent être des exemples irréprochables », ajoute-t-il.
« Les gens sont fascinés par le pouvoir, mais ils sont devenus beaucoup moins tolérants face à ce genre d'inconduite, soutient pour sa part Gary Arpin, conseiller en relations publiques au cabinet National. Même si quelqu'un est innocenté devant un tribunal de justice, le tribunal de l'opinion populaire peut être catastrophique pour sa carrière. »
Le PLQ éclaboussé
De plus, ajoute le professeur Giasson, la situation est non seulement « extraordinairement problématique pour son image à lui, mais aussi pour l'image des hommes du Parti libéral du Québec », d'autant plus que M. Paradis est le second député du caucus libéral à en être exclu en quelques mois après avoir été éclaboussé par un scandale à teneur sexuelle.
Rappelons que Gerry Sklavounos a été écarté du caucus en octobre après qu'une jeune femme, Alice Paquet, ait affirmé avoir été agressée sexuellement en 2014 par le député de Laurier-Dorion. « C'est quelque chose de très embêtant pour le parti », souligne à gros traits M. Giasson.
« Le milieu politique actuel en est encore un de type old boys club. Les hommes sont plus souvent en position d'autorité, et les femmes qui travaillent dans les cabinets sont souvent plus jeunes que leurs supérieurs hiérarchiques, renchérit-il. Il ne faut pas minimiser la gravité des gestes pouvant avoir été posés, que ce soit par un député d'arrière-ban ou un ministre. Si c'est toléré en cabinet, il y a un énorme problème. »
Un salut
Pierre Paradis pourra-t-il se relever de toute cette histoire ? 
Que les accusations à son endroit s'avèrent fondées ou non, il lui serait difficile de demeurer en politique, estime pour sa part M. Giasson. « C'est une tache terrible à sa carrière de politicien qui a investi toute sa vie dans le service public, dit-il. Qu'il revienne ou non, sa carrière et son bilan sont déjà entachés. »
M. Giasson croit toutefois que peu importe la suite des choses, le député de Brome-Missisquoi ne se retrouvera pas complètement démuni. « Comme c'est un homme qui a des racines profondes dans sa région, il conservera quand même l'appui de certains de ses partisans », ajoute-t-il.
Gary Arpin croit plutôt que la suite des choses, c'est-à-dire le dépôt ou non d'accusations, sera déterminante pour le salut du ministre déchu de l'Agriculture. « M. Paradis est quelqu'un de très résilient, souligne-t-il. Sous l'ère Charest, il a mangé son pain noir. Ce qui importe dans la gestion de l'image, c'est comment les gens vont juger. Or, qu'il y ait des accusations ou pas, ça ne change généralement pas la nature du jugement des gens. »
Une pensée pour la victime
En entrevue, M. Giasson a déploré que l'on s'interroge sur les conséquences de la situation pour M. Paradis alors que la plaignante traverse une épreuve dans l'ombre. « Ça ne sert à rien de s'épancher sur la carrière de M. Paradis ; ce n'est pas lui la victime », mentionne M. Giasson.
Les informations révélées par différents médias indiquent que la plaignante, dont l'identité n'a pas été dévoilée, était à l'emploi du ministre au moment des faits. « C'était une de ses collaboratrices. Elle travaillait pour lui. Elle n'avait aucun intérêt politique à le dénoncer. C'est une démarche excessivement pénible pour la victime de témoigner de ce qu'elle a vécu. Ça a dû être très dur pour elle d'assumer ce geste-là (ndlr : porter plainte) », allègue le professeur.