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Un agriculteur canadien sur trois répond aux critères de la dépression
Un agriculteur canadien sur trois répond aux critères de la dépression

Une application pour prévenir la détresse chez les agriculteurs

Philippe Julien-Bougie
Philippe Julien-Bougie
La Voix de l'Est
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Inquiets de la santé psychologique des agriculteurs, le viticulteur de Stanbridge East Étienne Gosselin et l'éducatrice spécialisée Hélen Bourgoin souhaitent développer une application d'auto-évaluation servant à détecter les premiers signes de détresse pour leur venir en aide.

Pour mener à bien leur projet, ils ont lancé une campagne de socio financement et se sont associés au peintre de renommée internationale et agriculteur à ses heures, Marc Séguin. Ils espèrent recueillir 35 000$. 

« Derrière l’image bucolique [de l’agriculture] qu’on se fait parfois loin des rangs et de la campagne, il y a des gens qui vivent certaines détresses », indique l'artiste qui fera tirer l'une de ses gravures pour inciter le public à donner. 

Le peintre Marc Séguin s’est associé à LA BÊCHE

Plus d’un agriculteur canadien sur trois répond aux critères de la dépression. Malgré un taux de détresse psychologique élevé, 40 % des gens qui travaillent dans ce domaine se disent mal à l’aise à demander l’aide d’un professionnel. Pour ceux qui développent LA BÊCHE, l’application permettra de surmonter le problème.

« C’est un secteur composé majoritairement d’hommes d’un certain âge qui sont faits fort et qui n’ont peur de rien. L’idée de consulter peut ébranler leur fierté, précise Mme Bourgoin, ancienne travailleuse de rang, elle-même mariée à un producteur laitier. Une application, c’est accessible et moins intimidant. »

L’éducatrice spécialisée en milieu agricole Hélen Bourgoin

Un outil de première ligne

« Les agriculteurs ont accès à plusieurs types d’applications numériques sur leur téléphone que ce soit pour suivre le prix des grains ou pour suivre la productivité de leur troupeau. Étrangement, les producteurs et productrices agricoles n’ont pas d’application pour se suivre eux-mêmes », remarque M. Gosselin qui, en plus de posséder la Ferme 45e Parallèle, spécialisée dans le raisin de table, travaille comme recherchiste pour l’émission Arrive en campagne à TVA.

L’application aura trois fonctionnalités. La première incitera les agriculteurs et agricultrices du Québec à répondre à un court questionnaire pour connaître l’état de leur santé mentale. Ils seront invités à passer le test régulièrement. La seconde offrira des réponses et des solutions concrètes à ceux qui en ont besoin. La dernière mettra les travailleurs et travailleuses en contact avec des intervenants appropriés ou avec des gens qui ont vécu des défis similaires aux leurs.

Les dons recueillis par la campagne de socio financement serviront à la programmation informatique de l’application, à la validation scientifique par des experts en santé mentale de l’outil et à l’obtention d’un avis juridique qui sera affiché lors du téléchargement de l’application.

Sources de stress multiples

« Ce n’est pas tout le monde qui est déprimé, mais j’en ai côtoyé assez pour savoir qu’il y a un problème », déplore M. Gosselin.

Les agriculteurs sont soumis aux mêmes angoisses que tous les entrepreneurs. Cependant, à ce stress s’ajoutent l’isolement en région et une quantité phénoménale d’incertitudes, dont la météo, les épidémies animales, les pressions de marché international et les politiques gouvernementales. « Tout ça, ça génère une pression énorme dans le milieu agricole », plaide M. Gosselin.

L’agronome et journaliste agricole Étienne Gosselin

« Ce sont souvent des entreprises familiales et ça demande énormément de travail. Alors, si ça ne va pas bien dans ton couple par exemple, tu vas trouver le temps long », souligne Mme Bourgoin.

Bonifier les ressources déjà en place

S’ils veulent en faire davantage, les instigateurs de LA BÊCHE constatent une amélioration des services en santé mentale au cours des dernières années et assurent que le Québec se démarque dans le domaine.

Les travailleuses de rang, dont Mme Bourgoin a fait partie pendant trois ans, arpentent les routes du Québec pour venir en soutien aux agriculteurs, agricultrices et leurs familles. Le concept est inspiré des travailleurs de rue. Contrairement aux autres personnes-ressources en santé mentale, les travailleuses de rang connaissent très bien les réalités du terrain. Elles sont chapeautées par l’organisme Au Cœur des familles agricoles (ACFA), fondé par Maria Labrecque Duchesneau en 2001.

Les quelque 1700 sentinelles agricoles au Québec ont, quant à eux, la mission d’observer des signes au niveau du suicide. Il s’agit d’une formation d’un jour offerte à ceux qui travaillent de près ou de loin avec le secteur agricole, comme les vétérinaires. Étienne Gosselin et Hélen Bourgoin se sont d’ailleurs rencontrés à l’une de ces formations. L’intervenante en santé mentale y donnait une conférence.

« Ce qu’il manque, c’est une application numérique. Quelque chose que le producteur ou la productrice pourrait avoir à portée de main, dans sa poche », conclut Mme Bourgoin.