Considérant les deux témoignages comme étant contradictoires, mais tous deux honnêtes, sincères et sans exagération, le juge Champoux a indiqué que « chacun a semblé vouloir rendre un compte-rendu le plus fidèle et le plus conforme à ses souvenirs, ou encore, un compte rendu fidèle à tout le moins à sa perception des événements. »

Une altercation entre collègues tourne au vinaigre

Une altercation entre deux collègues de travail a mené à un verdict de culpabilité pour avoir proféré des menaces de mort. Le travailleur a toutefois été acquitté des accusations de voies de fait qui pesaient contre lui par le juge Serge Champoux, de la Cour du Québec, qui a cru qu’il ne cherchait qu’à se défendre.

Daniel Fortin était accusé de s’être livré à des voies de faits et d’avoir infligé des lésions corporelles à un collègue de travail, en plus de lui avoir proféré des menaces de mort.

M. Fortin et son collègue travaillaient ensemble depuis plusieurs années dans un atelier d’usinage de Bromont, lorsque leur relation, déjà tendue semble-t-il, a tourné au vinaigre le 20 avril 2017.

Ce jour-là, l’accusé est rabroué par son collègue qui juge que la qualité de son travail est insatisfaisante. Selon la victime, M. Fortin lui aurait dit « charge-moi pas » en lui donnant un coup sur le torse, avant de le pousser à deux mains et de lui asséner trois coups de poing au visage, au point de lui faire perdre ses lunettes de sécurité.

Devant d’autres collègues ayant assisté à la scène, la victime aurait affirmé à son assaillant qu’il venait « de perdre [sa] job », ce à quoi son interlocuteur aurait répondu que « si je perds ma job, toi t’es mort. »

À l’hôpital, on relève que la victime présente une fracture à l’os derrière la joue et une blessure à la mâchoire, dont il présente encore des séquelles aujourd’hui. « La preuve établit sans aucun doute que la gravité des blessures permet de les qualifier de lésions corporelles », écrit le juge Champoux dans sa décision rendue plus tôt ce mois-ci.

Légitime défense
L’accusé, qui n’avait pas d’avocat, a plaidé la légitime défense pour expliquer l’altercation physique. Il a aussi indiqué avoir proféré les menaces de manière spontanée et irréfléchie.

Lors de son témoignage, à l’audience tenue en juillet, M. Fortin indique que si certaines pièces qu’il avait produites le matin du 20 avril 2017 étaient de mauvaise qualité, c’était parce que l’appareil qu’il utilisait avait besoin d’être ajusté.

Il allègue que c’est son collègue qui l’a d’abord poussé et intimidé, et qu’il n’a cherché qu’à le repousser. « Convaincu d’une suite violente, d’une attaque imminente, il frappe de quelques coups de poing au visage » son collègue, qui plie les genoux. C’est à ce moment-là que l’accusé réalise qu’il aurait pu blesser l’homme, et cesse de le frapper, relate le jugement.

Pour expliquer la menace de mort proférée à l’endroit de la victime, M. Fortin a déclaré au juge qu’il avait répondu « comme on le faisait dans la cour d’école ».

Verdict
Considérant les deux témoignages comme étant contradictoires, mais tous deux honnêtes, sincères et sans exagération, le juge Champoux a indiqué que « chacun a semblé vouloir rendre un compte-rendu le plus fidèle et le plus conforme à ses souvenirs, ou encore, un compte rendu fidèle à tout le moins à sa perception des événements. »

Il n’avait toutefois aucune raison légale de rejeter la version de Daniel Fortin, qui a soulevé un doute raisonnable. « Celui-ci témoigne avec assurance, il ne se contredit pas, présente une histoire cohérente et qui ne semble jamais avoir varié, reconnaît certaines faiblesses de caractère, reconnaît ses erreurs. [...] De son témoignage, je retiens et crois que celui-ci, à tort possiblement, mais de manière honnête et sincère, a cru être attaqué par son collègue de travail », écrit le magistrat pour justifier sa décision de l’acquitter de l’accusation de voies de fait.

« En m’exprimant de cette façon, je ne dis pas que je rejette le témoignage de [la victime] et ne veux d’aucune façon laisser entendre que celui-ci aurait menti ou voulu rendre un témoignage qui induise la Cour en erreur », a-t-il tenu à préciser par la suite.

En ce qui concerne la menace de mort, le juge Champoux considère la version de l’accusé comme un aveu plutôt qu’une défense, c’est pourquoi il l’a reconnu coupable de ce chef d’accusation.