En circulant dans une allée de l'entrepôt, le chariot élévateur a dévié vers le côté pour emboutir les conteneurs.

«Un triste et banal accident»

Pour une raison inconnue, le chariot élévateur qu'opérait Adam Metiguee chez KDC Knowlton dans la nuit du 7 au 8 février dernier a dévié de sa trajectoire pour percuter un empilage de deux conteneurs. En basculant, l'un d'eux a coincé mortellement le Bromois de 47 ans dans l'habitacle, révèle le rapport d'enquête de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) rendu public mercredi.
Cette nuit-là, un peu avant deux heures du matin, M. Metiguee s'affairait à charger des palettes vides dans une remorque à l'aide du chariot qu'il faut conduire en position debout. En circulant dans une allée de l'entrepôt, le chariot élévateur a bifurqué vers le côté pour emboutir les conteneurs. 
« Le travailleur se retrouva alors coincé dans le compartiment du conducteur du chariot, entre la structure de son poste de conduite et le conteneur du haut », peut-on lire dans le rapport d'enquête. Ledit conteneur, dont le poids est estimé à
624 kilos (1373 lbs), a ensuite basculé dans l'habitacle du chariot.
Une quinzaine de minutes plus tard, un collègue de travail aperçoit M. Metiguee et tente de le sortir de sa fâcheuse posture. Les services d'urgence sont contactés et le décès de l'employé est constaté plus tard, à l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins de Cowansville. 
Dans les heures suivant le drame, les dirigeants de l'entreprise, qui a immédiatement cessé ses opérations jusqu'à la fin de l'inspection de la CNESST, avaient fait savoir qu'ils collaboreraient pleinement à cette enquête. Les employés ont pu être rencontrés pour être informés de la situation et pour obtenir du soutien psychologique. 
Réaction en chaîne
Pour mener à bien son enquête, qui a duré quatre mois et demi, la CNESST a interrogé 18 témoins et experts, dont une dizaine d'employés de KDC Knowlton. Elle a aussi utilisé les images captées par les caméras de surveillance de l'entreprise pour établir la chronologie des événements, et a reconstitué la scène de l'accident. La commission a également mandaté le fabricant du chariot pour une inspection mécanique complète de l'appareil, qui n'a détecté aucune anomalie. 
La commission a aussi relevé que les nouveaux travailleurs sont formés par l'entreprise pour opérer le chariot et que le volet santé et sécurité au travail fait partie des priorités de l'entreprise. L'entreposage des conteneurs n'était pas problématique.
La réaction en chaîne provoquée par la collision entre le chariot et les conteneurs, puis le basculement du conteneur du haut vers la victime, pourraient expliquer le décès du travailleur, conclut la CNESST. L'enquête n'est toutefois pas parvenue à identifier la cause de la déviation de trajectoire du chariot élévateur à l'origine de cet effet domino. 
La CNESST ne formule aucune recommandation à la suite de cet accident. Aucun constat d'infraction n'a été remis à KDC Knowlton « puisque l'employeur n'a pas agi de façon à compromettre la santé et la sécurité de ses travailleurs », précise Marie-France Roulier, porte-parole régionale de la CNESST. 
« De notre côté, il n'y a aucun autre élément pour expliquer ce qui s'est produit. C'est un triste et banal accident », déplore-t-elle, ajoutant que la famille de la victime et l'entreprise ont été rencontrées pour prendre connaissance du rapport.
Des copies de celui-ci ont été déposées à la direction de la santé publique de l'Estrie et à la coroner Krystyna Pecko. L'autopsie pratiquée par celle-ci pourrait permettre, entre autres, d'établir si M. Metiguee a été victime d'un malaise pendant qu'il opérait le chariot.
« Comme un bête accident de voiture »
« Que ce soit une conclusion ou une autre, ça ne nous ramène pas Adam », a laissé tomber Mario Allaire, président de KDC Knowlton. 
Le décès de l'un des leurs a été un « choc énorme » pour les employés, rapporte-t-il. Personne au sein de l'entreprise ne s'explique ce qui a pu se produire. 
« Pour faire une analogie, c'est comme si quelqu'un roulait sur une route droite et sèche, par beau temps, et que tout d'un coup, il tourne, prend le champ et frappe un arbre, illustre le dirigeant. C'est comme un bête accident de voiture. Pourquoi c'est arrivé ? On ne comprend pas. »
Depuis 5 ans, au Québec, 13 travailleurs sont décédés des suites d'un accident impliquant un chariot élévateur, indique la CNESST.