Le projet commercial estimé à quatre millions de dollars est conditionnel à un changement de zonage qui permettrait l’ajout d’une station-service dans le secteur nord de la route 112. L’épicerie Super C qui s’y trouve serait du même coup agrandie.

Un site internet contre le projet de station-service à Saint-Césaire

L’opposition au projet commercial devant voir le jour à l’intersection de la route 112 et de la rue de l’Horizon se mobilise afin de bloquer le changement de zonage nécessaire à sa réalisation. Un site internet a récemment été mis en ligne afin d’encourager les citoyens concernés à voter contre au référendum qui aura lieu prochainement.

Rappelons que le projet commercial, estimé à quatre millions de dollars, est conditionnel à un changement de zonage qui permettrait l’ajout d’une station-service dans le secteur nord de la route 112, une quatrième sur un tronçon de moins de deux kilomètres. Le commerce serait construit là où se trouve l’ancienne succursale de la Société des alcools du Québec, qui serait démolie aux fins du projet. L’épicerie Super C serait pour sa part agrandie alors que la succursale de la Banque Nationale diminuerait de superficie. Un magasin à grande surface se grefferait aussi au projet.

Le règlement modifiant le zonage dans le secteur a été adopté par le conseil municipal en juillet dernier. Un registre tenu à la fin août avait recueilli suffisamment de signatures pour forcer la municipalité à déclencher un référendum.

Celui-ci se déroulera de 10 h à 20 h le dimanche 4 mars. Les citoyens inscrits sur la liste du référendum doivent se présenter au complexe sportif de la municipalité.

Arguments
Le copropriétaire des terrains sur lesquels se trouve entre autres une station Ultramar, Alain Généreux, est derrière Stationnon.ca, dont le nom de domaine a été enregistré le 6 février dernier.

S’il ne s’y nomme pas, l’homme d’affaires assure ne pas se cacher derrière son site pour militer contre le projet. « Les gens qui me contactent par le site savent qui je suis et je suis facilement rejoignable », clame-t-il, ajoutant que son site reflète un point de vue partagé à Saint-Césaire.

Un site Internet appelé Station Non a récemment été mis en ligne afin d’encourager­ les citoyens concernés à voter au référendum qui aura lieu le 4 mars prochain à ce sujet.

Avec son site, M. Généreux, qui fait valoir ses nombreuses années d’expérience et ses connaissances dans le domaine, souhaite « donner l’information la plus transparente possible » aux gens à propos des tenants et aboutissants du projet.

Sur Station Non et dans un communiqué qu’il a fait parvenir à La Voix de l’Est, l’homme d’affaires fait valoir que l’ajout d’une quatrième station-service ne fera pas diminuer le prix de l’essence et que l’arrivée de ce commerce empirerait la problématique de la circulation automobile dans le centre-ville de Saint-Césaire, en plus de polluer un terrain non contaminé situé à proximité d’un cours d’eau.

« Il existe des terrains déjà contaminés qui sont disponibles et pour lesquels un changement de zonage n’est pas nécessaire », allègue-t-il, ajoutant que l’avènement des véhicules électriques et de nouvelles normes gouvernementales amèneront les Québécois à revoir leur consommation de carburant.

Il indique ensuite que les citoyens n’ont pas à craindre le rejet du règlement du zonage, puisque cela n’aurait aucun impact sur leur compte de taxes. Au contraire, écrit-il, « l’impact financier de ce projet est négligeable dans le budget global de la ville. »

Pas de sang neuf
M. Généreux affirme ne pas en avoir contre Picard Constructions ou contre la municipalité. Il se dit en faveur de projets commerciaux qui encourageraient le développement économique de Saint-Césaire et soutient avoir lui-même refusé d’ouvrir une autre station-service sur ses propres terrains pour les motifs qu’il met de l’avant.

L’homme d’affaires s’oppose au projet, estimant que celui-ci n’apportera pas de sang neuf au village. « Saint-Césaire a besoin de nouveaux types de commerces qui offriront un apport aux citoyens » plutôt que d’une quatrième station-service, soutient-il. C’est pourquoi un refus de la municipalité ne découragerait pas d’éventuels investisseurs, comme l’ont fait valoir des élus en séance publique. « Si c’était un Costco ou un Canadian Tire, avec des pompes à essence, qui attirerait autre chose au village, je serais totalement en faveur », affirme-t-il.

« Je suis convaincu que d’amener une nouvelle station-service ici va simplement en faire fermer une autre », clame-t-il.

Me Marc-Antoine Cloutier est l’avocat des promoteurs du projet.

«DIFFAMATION», CLAME L'AVOCAT DES PROMOTEURS

Les promoteurs du projet, les frères Francis et Louis-Jasmin Picard, ont répondu à la demande d’entrevue du journal par la voix de leur avocat, Me Marc-Antoine Cloutier. L’existence du site Internet a été portée à leur connaissance en début de semaine. 

Le procureur-associé du cabinet montréalais Deveau avocats a tenu à préciser d’emblée que ni lui ni ses clients ne s’opposent au référendum. « C’est un processus démocratique important et nous ne contestons pas le fait que les citoyens s’expriment contre le projet », a-t-il déclaré. 

Le fait que l’exploitant d’une station-service concurrente soit à l’origine de cette campagne change toutefois la donne, nuance-t-il, parce que des intérêts commerciaux sont en jeu. 

« Après vérifications, nous sommes convaincus qu’au moins une personne qui se cache derrière ce site a un intérêt à ce que le projet de mes clients n’aille pas de l’avant, explique Me Cloutier. Sachant cela, ça change l’analyse des propos tenus sur le site. Par exemple, l’argument selon lequel une station-service est polluante et dangereuse pour l’environnement : quand on sait que la personne qui dit cela possède elle-même un tel site, on peut se questionner sur ses intentions. »

D’ailleurs, renchérit Me Cloutier, le projet de ses clients comprend des cuves de verres et des tuyaux protecteurs pour répondre aux normes environnementales actuelles beaucoup plus strictes. « Maintenant, c’est devenu très sécuritaire », plaide-t-il.

Mise en demeure
Selon Me Cloutier, des allégations publiées sur le site sont incomplètes ou inexactes, notamment en ce qui a trait aux bénéfices que la municipalité pourrait retirer du projet. Combinées aux intérêts commerciaux qu’il prête au créateur de Station Non, il s’agit de diffamation « pure et simple », avance-t-il. « Ce sont toujours des demi-vérités, alors qu’il y a des nuances importantes à faire », affirme l’avocat, qui a l’intention de mettre en demeure celui qui est derrière le site « Station Non ».

Le procureur se défend d’intenter un recours-bâillon contre l’administrateur du site. « À nos yeux, cette initiative n’est pas citoyenne, mais commerciale. On ne serait pas fâchés s’il s’agissait du site d’un simple citoyen, et ce, même si les propos tenus n’étaient pas tout à fait exacts. On parle ici d’une entreprise concurrente. »

« Légitime et démocratique »
Invité à réagir, le maire Guy Benjamin affirme que les instigateurs du site sont dans leur plein droit de militer pour leur position. « Il y a des gens pour [le projet], il y a des gens contre. C’est légitime et démocratique. En bout de ligne, ce sont les citoyens qui vont prendre la décision », s’est-il contenté de répondre.

Bien que lui-même et des conseillers municipaux se soient prononcés en faveur du projet lors de séances publiques, faisant valoir qu’une telle opportunité se présente rarement, le maire n’entend pas prendre parti dans cette affaire. « Si le promoteur veut publiciser son projet, c’est à lui de le faire », a commenté M. Benjamin.

Selon nos informations, davantage de détails sur le projet commercial devraient être dévoilés lors de la séance publique du conseil municipal, mardi prochain.