Jacques Laplante est atteint de l'hépatite C depuis une quinzaine d'années. Son traitement devait débuter d'un jour à l'autre.

Un service qui fait la différence

Le Centre L'Envolée, à Shefford, est le premier établissement de traitement des dépendances au Québec à abriter une clinique de dépistage et de traitement de l'hépatite. Le fait de pouvoir être soignés pendant leur thérapie devrait inciter davantage de pensionnaires à compléter leur traitement.
Depuis avril, plus de 150 résidents ont subi le dépistage. Du nombre, 17 ont reçu un diagnostic d'hépatite, ce qui correspond à la prévalence de la maladie observée dans les centres de traitement des dépendances, qui oscille autour de 10 %. 
Dans la population générale, elle est plutôt de 0,8 %. Cela s'explique par le fait que dans 70 % à 80 % des cas, la source d'infection provient d'une contamination lors de l'injection d'une drogue. 
C'est ce qui est arrivé à Jacques Laplante, qui est atteint de l'hépatite C depuis une quinzaine d'années. Il a contracté la maladie en utilisant des seringues souillées. « Mon foie est bien fatigué, ça me préoccupe », note l'homme pour qui l'annonce du diagnostic avait été un véritable choc.
Comme quatre autres pensionnaires, son traitement devait débuter d'un jour à l'autre. « Il était temps », dit celui qui avait, par le passé, déjà tenté de se soigner, mais qui avait abandonné en raison des nombreux effets secondaires. 
Dépistée plus vite, mieux traitée
Le projet mijotait depuis quelque temps à L'Envolée. Avant l'ouverture de la clinique, aménagée dans la foulée des travaux d'agrandissement du centre, les résidents devaient se rendre à Saint-Hyacinthe pour être suivis. « Pour notre clientèle, ça leur enlève un stress, souligne le directeur du centre de traitement pour hommes, Nicolas Bédard. Ils savent qu'ils sont malades, mais aussi qu'il y a un traitement pour les guérir et qu'ils peuvent y avoir accès. »
Une infirmière du pénitencier de Cowansville se déplace deux fois par mois pour effectuer un test de dépistage chez les nouveaux pensionnaires du centre, aux frais de l'établissement. 
Ce test, similaire à un glucomètre pour les diabétiques, consiste à obtenir une goutte de sang pour détecter la présence d'anticorps de l'hépatite chez le patient. S'il s'avère positif, un bilan sanguin déterminera si le virus est actif. 
« Le fait d'avoir le virus ne signifie pas qu'on est porteur de l'hépatite, mais qu'on a été en contact avec lui », nuance le Dr Sébastien Poulin, microbiologiste et infectiologue au CISSS des Laurentides, à la Clinique I.D. et à la Clinique médicale du Quartier latin de Montréal.
Celle-ci dépêche, en rotation, trois médecins qui effectuent le suivi des patients infectés à L'Envolée. Un scan de leur foie permet d'évaluer l'avancement de l'hépatite, qui se traduit par une fibrose, et de prescrire un traitement adapté.
Ce dernier, qui se présente désormais sous la forme de comprimés à ingérer trois fois par jour pendant environ trois mois, n'a pas les effets secondaires du traitement traditionnel par injections. Il s'avère aussi beaucoup plus efficace, avec un taux de guérison dépassant 90 %. 
« Un des problèmes avec l'hépatite, c'est que beaucoup de gens ignorent qu'ils en sont atteints, et qu'on perd beaucoup de patients entre le diagnostic et la prise en charge, constate le Dr Poulin. En les soignant pendant leur thérapie, on augmente nos chances qu'ils complètent leur traitement et guérissent. »
Un traitement fructueux ne rétablit toutefois pas entièrement le foie et n'immunise pas le patient contre une réinfection, prévient le médecin spécialiste. 
Traiter pour économiser
Si Québec rémunère les médecins de la clinique, un flou demeure quant au remboursement du traitement de certains pensionnaires par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). « Le gouvernement ne souhaite que payer pour les cas les plus graves, déplore M. Bédard. C'est insensé, car un jour ou l'autre, sans traitement, les cas moins avancés deviendront les plus urgents. Ce serait une économie pour les contribuables si l'hépatite était soignée rapidement. »
Une hépatite non traitée peut en effet mener à une cirrhose ou à un cancer du foie, en plus d'être une cause de diabète et d'autres cancers, ce qui est plus dispendieux en soins de santé.
D'ailleurs, les pensionnaires qui quitteront L'Envolée en cours de traitement pourraient être suivis jusqu'au terme de celui-ci afin de s'assurer de leur guérison, précise M. Bédard.
D'autres centres de thérapie pourraient éventuellement se doter d'un service similaire. Elles ont exprimé de l'intérêt en ce sens, indique M. Bédard, qui est également président de l'Association provinciale des organismes en dépendance. 
Éventuellement, quand la clinique sera bien rodée, il espère aussi pouvoir offrir le service de dépistage et de traitement aux autres ressources de la région et aux clientèles vulnérables.