L’implantation d’une accorderie dans la région permettrait de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, en plus de tisser des liens entre les différents groupes qui y cohabitent. Des citoyens du groupe Demain Granby, le Groupe actions solutions pauvreté (GASP), le service d’organisation communautaire du Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie - CHUS et Sclérose en plaques Haute-Yamaska Richelieu (SEPHYR) unissent leurs forces pour donner naissance à l’initiative.

Un service en attire un autre

Tout le monde est doté de talents et de compétences qu’il faut exploiter au profit du bien commun. Telle est la prémisse d’un regroupement d’organismes et de citoyens qui souhaite mettre en place une « accorderie » dans la région d’ici deux ans.

Une accorderie est un réseau local d’échange de services entre les membres d’une même communauté. Ce n’est ni du troc ni du travail au noir.

L’implantation d’un tel projet dans la région permettrait de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, en plus de tisser des liens entre les différents groupes qui y cohabitent. C’est pourquoi des citoyens du groupe Demain Granby, le Groupe actions solutions pauvreté (GASP), le service d’organisation communautaire du Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie - CHUS et Sclérose en plaques Haute-Yamaska Richelieu (SEPHYR), pour ne nommer que ceux-là, unissent leurs forces pour donner naissance à l’initiative.

« On n’a plus le même tissu social qu’avant, relève Mathieu Charland-Faucher, organisateur communautaire pour le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. L’accorderie vient ramener le bon [voisinage] dans le village. »

« Tout le monde a des compétences qu’on pourrait faire profiter à d’autres », explique Julie Bérubé, membre de Demain Granby et employée du SEPHYR. 

Déjà, le Québec compte une quinzaine d’accorderies auxquelles sont affiliés plus de 4200 membres, dont la moitié ont un revenu familial inférieur à 20 000 $. 

Le mouvement a aussi trouvé écho en France où une trentaine de regroupements du même genre ont vu le jour.

Selon les instigateurs du projet, la région de Granby est propice à l’implantation d’une accorderie en raison de sa démographie : non seulement le bassin de population est suffisamment grand pour que le réseau soit viable, mais on y retrouve des gens de toutes les tranches d’âge et de toutes les classes sociales, de même que des immigrants désireux de s’impliquer dans leur communauté d’adoption. « Il y a un beau mariage social à faire là », souligne Mme Bérubé. 

Le temps comme monnaie d’échange

Le temps sera la seule monnaie d’échange. Une heure de service donné équivaudra à une heure de service à recevoir, quelle que soit la tâche accomplie ou à accomplir. Qu’il s’agisse de tonte de pelouse, de cuisine, de déménagement, de cours divers, d’aide aux devoirs ou encore de soutien informatique. Les possibilités sont multiples et ne dépendent que des talents des membres de l’accorderie.

« C’est un projet qui permettra aux gens de contribuer sur un principe démocratique. En tant que valeur universelle, le temps ne crée pas de hiérarchie. Il n’y aura donc pas d’occupation qui sera plus valorisée qu’une autre. C’est une façon très différente de concevoir notre relation avec le temps, mais aussi avec nos occupations », explique Nicolas Luppens, coordonnateur du GASP.

Chaque nouveau membre recevra une banque de 15 heures de services au moment de son adhésion. Cela lui permettra de découvrir l’offre de services disponible dans la région et de générer les premiers échanges. L’adhésion à la future accorderie donnera aussi accès aux services offerts dans les autres régions du Québec, pour peu qu’on se trouve à proximité.


« « En tant que valeur universelle, le temps ne crée pas de hiérarchie. Il n’y aura donc pas d’occupation qui sera plus valorisée qu’une autre. » »
Nicolas Luppens, coordonnateur du GASP

Des ressources devront être embauchées lors de la création du réseau afin d’en coordonner les activités, qui se dérouleront entre autres via une plateforme en ligne. Ce sont ces personnes qui vérifieront la qualité des services offerts par les membres et qui s’assureront que le tout se déploie de façon sécuritaire. « On veut éviter des dérapages », indique M. Luppens. 

Ce faisant, il ne sera pas possible d’offrir des produits en échange d’un service ni d’offrir, sans en avoir une compétence certifiée, des services qui constituent des actes réservés à certaines professions. 

Un membre ne pourrait pas procéder à des travaux d’électricité dans une résidence sans être un électricien reconnu, par exemple. 

À la banque de services s’ajoutera éventuellement un groupe d’achats, pour permettre aux membres de bénéficier de prix plus avantageux lors de l’acquisition de certains types de bien. On envisage aussi la possibilité d’offrir du microcrédit à des membres.

La suite

L’embauche de ces ressources et le paiement d’une franchise pour pouvoir intégrer le réseau Accorderie du Québec, en 2019, nécessiteront un investissement que le regroupement estime compris entre 25 000 et 50 000 $.

À sa création, l’accorderie tombera sous l’égide de SEPHYR, qui a accepté d’en être l’organisme porteur. Pour toute la première année d’opération du réseau, le SEPHYR offrira un local à la future ressource employée et l’équipement informatique nécessaire au déploiement du réseau dans la région. 

L’accorderie pourrait voir le jour d’ici 2020, si tout se déroule comme prévu. 

À l’heure actuelle, les instigateurs consolident des appuis et des partenaires au projet, après quoi ils réaliseront un plan d’affaires et se mettront en quête de financement. Cela devrait se faire au cours de l’année 2018-2019.

On cherche également à sonder l’intérêt de la population, et à savoir quels talents elle serait prête à mettre à la disposition d’autrui. De la sorte, au lancement de l’accorderie, une banque variée de services pourrait déjà être offerte aux premiers adhérents. 

On espère, à terme, rallier quelques centaines de membres dans la région.

Pour suivre l’avancement du projet, il est possible d’aimer la page Facebook « Vers une accorderie à Granby et région ».